Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Entendue à l’extérieur de l’Église, cette affirmation ferait certainement dire à un non-croyant, voulez-vous bien me dire pourquoi vous consentez à être chrétiens, pourquoi accepter d’être les disciples persécutés d’un chef persécuté?
La réponse brève, bien sûr, c’est que nous ne devenons pas chrétiens. La grâce de Dieu fait de nous des chrétiens.
Mais alors la question se pose autrement. Pourquoi consentez-vous à ce que la grâce de Dieu fasse de vous des chrétiens?
Voilà une question qu’il est bon de se poser, même si personne ne nous la pose de l’extérieur.
C’est vrai, nous savons d’expérience qu’il nous arrive en tant que chrétiens, des épreuves qui dérivent directement du fait que nous sommes chrétiens. Sans aller nécessairement jusqu’à la torture et la mort, nous vivons des épreuves que nous n’aurions pas vécues si nous n’avions pas été chrétiens. Et nous y consentons. Nous tenons à rester à la suite de Jésus, malgré ce que cela nous coûte. Pourquoi donc?
Les réponses sont aussi nombreuses que le sont les disciples du Christ.
Mais ne pouvons-nous pas les résumer en nous inspirant des autres textes de ce dimanche. N’avons-nous pas été séduits, nous aussi, par la parole de Dieu? Les promesses de Dieu, des prophètes, de Jésus, ne sont-elles pas en nous comme une source constante de consolation, d’espérance? Ne sont-elles pas en nous comme un feu brûlant, enfermé dans nos os. Nous avons beau souhaiter, à certaines heures, ne pas être chrétiens, disciples du christ, parce que cela nous vaut parfois la risée de l’entourage, l’insulte, la moquerie. Même lorsque le mépris de notre foi et de notre Église ne nous est pas adressé à nous directement, nous l’entendons. Il est exprimé dans des conversations, dans des écrits, par la bouche dans gens que tous prennent au sérieux. Et pourtant, nous n’y renonçons pas.
Ne sommes-nous pas comme le psalmiste. Nous avons pris le goût de Dieu, et nous ne voulons plus nous en passer. Nous ne voulons pas vivre notre vie hors de sa compagnie, de sa présence, quel que soit le prix de sa présence dans nos vies, de son évangile dans nos cœurs et dans nos esprits.
Nous ne voulons pas vivre nos vies en dehors de cette tension vers l’idéal peint si bien par l’apôtre Paul :
Présentez votre corps, que dis-je, votre personne tout entière en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu. Discernez quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.
Nous avons beau le poursuivre en vain, cet idéal, nous y tenons, parce qu’il nous inspire, il donne sens à nos vies, un sens qui ne vieillit pas, dont on ne se lasse pas, that we don’t outgrow, comme on dirait en anglais. L’idéal chrétien nous donne une direction. Nous sommes tendus vers lui. Il nous tire toujours vers l’avant. Un avant qui ne déçoit pas, dont on sent qu’il ne nous décevra jamais.
Je pourrais multiplier à l’infini les raisons que nous avons de tenir à notre suite du Christ, malgré tout ce qu’elle nous attire en fait d’épreuves, de persécution, et même de tourments intérieurs. Pour ne mentionner que le mystère douloureux du mal que Dieu permet dans nos vies, dans les vies de ceux, celles que nous aimons.
Le fait est que nous avons été choisis et saisis par le Père pour être les disciples de son Fils. Et par la grâce de Dieu, nous le serons jusqu’à la fin.
Soyons sages. Demandons-la, cette grâce. Tout en rendant grâce à Dieu du privilège de la foi, de l’espérance et de la suite du Christ dans nos vies, toute imparfaite soient-elles, demandons la grâce qu’il nous y tienne, quelles qu’en soient les conséquences adverses, jusqu’à la fin.