S’étant levée, Marie se mit en chemin…

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Homélie pour le 4e Dimanche de l’Avent (C). S’étant levée, Marie se mit en chemin… autrement dit, Marie se leva et marcha… Lève-toi et marche ! Combien d’impotents, de pusillanimes, de blessés de la vie et de désespérés, ont entendu cette parole de Jésus durant son ministère ? Combien d’entre nous, peut-être, ont besoin d’entendre cette parole du Christ Sauveur : lève-toi et marche… Ne t’appesantis pas, ne t’installe pas, ne construis pas ton propre sépulcre, ne te complais pas dans tes blessures ou dans tes justifications, ne ressasse pas le passé… Ne te dis pas qu’il est trop tard pour toi… Lève-toi et marche !

Marie l’a entendue de l’intérieur cette parole, sans mots humains, en sa foi entière, ardente, audacieuse et simple. Le Verbe tout juste conçu en elle lui a soufflé cette parole : lève-toi et marche. La même parole que nous, pécheurs, entendons dans l’évangile de la voix du Verbe qui prêche dans la chair. Marie est la première des sauvés. Marie est la première qui tient debout et qui demeure en chemin. Toute sa vie, Marie sera debout et en chemin.

Marie a ainsi voyagé, quelques jours durant – probablement trois, suivant les géographes de l’époque – pour se rendre auprès de sa cousine Élisabeth.

Souvenons-nous que Marie a été bouleversée à la salutation de l’Ange. Elle a donné son fiat… mais combien de questions sans réponse, combien d’implications non résolues… une vie bouleversée! Marie n’était manifestement pas en état de lancer son Magnificat lorsque l’Ange la quitta. Elle était encore bouleversée. Et pourtant, elle se lève et se met en marche. Marie chemine avec la plénitude, le Fils, en son sein et dans la foi… La béatitude que lui lance Élisabeth suggère que Marie a marché dans l’obscurité de la foi. « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles… » anticipe une autre béatitude, ouvertement pascale : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

Comme nous, Marie avait besoin de paroles de révélation, de désignation, de dévoilement de l’œuvre de Dieu dans l’obscurité de sa marche. Non seulement des paroles d’ange, mais aussi des paroles de chair : celles d’Élisabeth, celles de Joseph, celles des bergers. Ces déclarations d’Avent et de Noël touchent Marie au cœur de sa foi.

Souvenons-nous du second récit de la création. Il n’était pas bon que l’humain soit seul. La relation de l’humain à Dieu et aux animaux laissait un grand vide de parole. Curieusement, Dieu seul ne suffisait pas pour exulter. C’est devant la femme que l’homme se mit à parler, à exulter… même s’il oublia, comme un adolescent submergé et projectif, d’écouter aussi la parole de l’autre, la femme qu’il a prise pour son double, alors qu’elle est un « secours » mystérieux.

Il n’était pas bon que Marie soit seule. Elle aussi avait besoin de la parole d’Élisabeth pour se mettre à exulter et à chanter. Comme femme de chair et de foi, Marie n’est pas dans une position essentiellement différente de nous. Elle est la première de sauvés.

Lève-toi, prends ton grabat et marche… Voilà la différence : nous, nous avons un grabat à porter, des reliques de nos histoires et de nos maladies, parfois même des cœurs de pierres. Marchons de plus en plus légers, jusqu’à oser lâcher nos grabats… Marchons en portant tout autre chose, en portant même quelqu’un d’autre, avec Marie : le Verbe qui s’est fait chair et voix, le Verbe qui s’est fait salutation et Magnificat.

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