Scènes estivales

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Depuis un an, vous voyez fondre notre communauté.    C’est normal.    Nous n’existons pas pour nous-mêmes, mais pour les autres.    Dès l’origine, ce Couvent est une maison de transition.    Une communauté de formation, une communauté de passage.

Dominique a dispersé ses frères en disant : le grain qu’on entasse pourrit.    Depuis toujours, des frères sont partis d’ici.    Partis vers le Japon, Vancouver, Toronto, Québec, Montréal, Fribourg, Louvain, le Rwanda, le Burundi.    C’est normal.    Mais c’est bien visible qu’aujourd’hui, ça nous laisse diminués, affaiblis.

Fragiles face à l’avenir, mais non désemparés.    Secoués par l’ampleur des changements, mais non anéantis.    Ces mots de Paul me viennent à l’esprit quand Élisée, l’homme de Dieu, reprend son serviteur.    Ne t’attache pas, donne tout et il en restera : parole du Seigneur !    J’écoute de même l’appel du psaume : Garde les yeux sur lui, rends grâce, car il est juste, fidèle en tout, sa bonté te rassasiera.

J’arrive à du plus personnel…    Presque chaque jour je me trouve trop peu digne de ma vocation.    En manque d’humilité, de douceur, de patience.    Trop centré sur mes idées, mes intérêts, mes projets.    Pas assez disponible, attentif pour aider et supporter les autres.

Ça serait bien triste que notre sainteté, notre éternité ne dépende que de nous, de notre fidélité, de nos réussites.    Dans la Lettre aux Éphésiens, j’entends que notre vocation est objet d’espérance.    Dans la foi, elle nous baptise, nous fait passer de la mort à la vie avec le Christ.    Nous fait enfants du seul Dieu et Père : un seul corps, dans un seul Esprit.

L’évangile selon Saint Jean a la même couleur pascale.    Il ne décrit pas la dernière cène comme font les autres.    Son récit de la multiplication des pains, avec le grand discours qui suit, en tient lieu.    Même contexte de la Pâque des Juifs toute proche.    Même souci pour Jésus d’impliquer ses disciples.  Mais c’est nettement lui qui préside.    Il sait ce qu’il va faire, il en sait le sens.

Jésus prend le pain, rend grâce et distribue.    Les mots sont sensiblement ceux de la cène.    Cette Pâque toute proche est la sienne.    On va  l’enlever, l’élever sur la croix, le proclamer roi.    Roi, d’un royaume pas de ce monde.    Du royaume où il nous appelle et entraine.

Celui qui donne à manger est passé sur l’autre rive.    Il a traversé l’empire du mal et des ténèbres.    Ressuscité d’entre les morts, il a gravi la montagne.    Élevé auprès de Dieu, il est le bon berger qui mène où il y a beaucoup d’herbe fraiche.    Il donne à manger, le pain de son action de grâce, littéralement de son eucharistie.

En nos eucharisties comme à la cène, le Christ Jésus est lui-même ce pain.    Le pain surabondant dont il faut rien perdre, qui remplit douze paniers.    Le pain qui rassemble le peuple de Dieu, comme jadis les douze tribus d’Israël.    Ce pain pascal guérit les fragilités et  nourrit l’espérance.    Il donne la force de traverser les épreuves, les déserts de la vie.    De passer vers le Père à la suite de notre Seigneur.

Le pain de la cène et de nos eucharisties nous relie à Jésus.    Par l’Esprit Saint, il refait et affermit notre communion avec lui et entre nous.    Donné en surabondance, ce pain traverse les âges et les cultures.    Porté par le Verbe de Dieu, la vraie parole prophétique, il se dit dans toutes les langues.    Il n’est certainement pas exagéré d’y voir le signe qui accomplit la Bonne Nouvelle pascale : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Dans la joie de l’Esprit, vivons avec confiance cette eucharistie de notre Seigneur… Qu’elle éclaire et soutienne notre route vers Royaume de Dieu notre Père.

F. Jean-Marc Perreault O.P.


2Rois 4,42-44 ; Psaume 144 ; Éphésiens 4,1-6 ; (Lc 7,6) Jean 6,1-15