Répondre à cet appel

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Nos semaines commencent ainsi.    Un geste, un signe (✛), quelques mots disent qui nous sommes : enfants de Dieu par le baptême dans la foi.    Geste et mots montrent à quel bois nous sommes greffés.    Par l’Esprit, nous devenons membres du grand corps de ceux et celles qui marchent à la suite de Jésus.

La croix du Fils de Dieu est au cœur de notre vie.    Devenu semblable à nous, mortels, il s’est chargé de nos fragilités, de nos petitesses, de nos démesures et de nos instabilités.    Dans la foi, il est notre refuge.    Humblement, nous confessons nos péchés.    Joyeux, nous chantons : Gloire à Dieu qui nous aime… prends pitié de nous !

D’âge en âge, nos liturgies vont ainsi.    On s’assoit ensuite pour réfléchir.    Écouter, voir où allons, où nous en sommes, où nous voulons, pouvons aller…    Calculer. Le conseil étonne de la part de Jésus, lui qui se donne sans mesure.    Sa parole, toujours la même, toujours nouvelle, nous appelle : Si quelqu’un vient à moi…    Si tu veux me suivre… Veux-tu ?

Comment répondre à cet appel ? — Selon la parabole qui suit en saint Luc, l’enjeu est une tour à bâtir.    Une tour, une maison, une communauté, l’Église.    Une tour : une communion de personnes qui rejoigne celle de Jésus avec le Père et la nôtre en lui.    Une fraternité d’accueil, de pardon mutuel ouverte à tous sans exception, sans exclusions : illimitée !    Pas juste en mots, en actes.

Tel est l’objet de la Lettre à Philémon.    Onézime son esclave s’est enfui.    Il est allé trouver Paul dans sa prison.    Il est devenu chrétien.    Selon la loi de l’époque, le maitre de l’esclave a, sur lui, droit de vie et de mort.    Le châtiment du fugueur pourrait, devrait être terrible.    Que fait Paul ?

Paul parle à Philémon de la vie nouvelle reçue dans le Christ.    L’amour auquel Jésus initie ses disciples change le regard.    Mieux qu’un esclave, Onézime est un frère, tant humainement que dans le Seigneur…    Tout le règne de Dieu est en germe dans ce nouveau regard.    Son règne d’amour, de justice, de paix, où il n’y a plus de droit de vie et de mort, de laissés pour compte.

Vous voyez pourquoi l’autre petite parabole, rapportée par Luc, parle de partir en guerre quand il s’agit de suivre Jésus.    Ne faut-il pas lutter contre les ténèbres en nous et autour de nous pour accueillir le don de la foi qui nous fait fils de Dieu en communion avec le Fils ressuscité ?    Ne me faut-il pas lutter contre tout ce qui m’empêche d’aimer à la manière de Jésus, sans condition, sans restriction.    Sans cesser d’offrir, de donner ma vie avec confiance…    Jésus sait de quoi il parle.    Il nous précède sur cette route.    Il a tracé la route…

Aimer : rien de plus naturel, rien de plus difficile aussi. Si l’amour te couronne, il doit aussi te crucifier, dit le poète *). L’amour est pareil à la confiance.    Plus qu’un besoin : une conversion permanente.    Mon amour propre, mes craintes, mes habitudes, mes privilèges et mes droits m’empêchent-ils d’aimer vraiment ?    N’ai-je pas des attaches, des façons d’aimer qui pèsent plus sur les autres qu’elles ne les libèrent ?

Bâtir une tour…    Suivre un chemin qui élève…    Tenir bon jusqu’à la fin, rester éveillé…    Suivre Jésus, porter sa croix, se laisser transfigurer par son amour, s’y investir totalement, en être rassasié.    Mourir avec lui pour qu’il nous ressuscite.    10 fois, 100 fois, 1000 fois, jusqu’à la victoire.    Jusqu’à la révélation plénière des enfants de Dieu que nous sommes.

La croix de Jésus Christ renverse le dire du poète.    L’amour crucifié proclame la sagesse de Dieu.    C’est lui qui, par l’Esprit Saint, bâtit son Église.    Nous la voyons blessée, en apparence défigurée…    Que l’Esprit nous pousse hors de nos vues trop humaines.    Qu’il nous ramène à l’essentiel : la communion à vivre les uns avec les autres, sans barrières, sans exclusion.    Dans la foi qu’il nous fasse ainsi témoin, avec le Christ, de l’amour qui nous est donné en abondance.    Déjà l’amour reçu nous couronne.    Il va nous couronner pour l’éternité.

F. Jean-Marc Perreault O.P.


*) Kahlil Gibran, Le prophète, Casrterman, (25e édition. 1985) p 14

Sagesse 9,13-18, Psame 89, Philémon 9-10.12-17 ; Luc 4,25-33