Reconnaître la présence du Seigneur

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

L’évangile de ce troisième dimanche de Pâques nous parle de l’apparition du Christ ressuscité aux disciples d’Emmaüs. Cette expérience nous montre comment faire pour rencontrer Jésus ressuscité dans notre vie personnelle.

Cléophas et son compagnon quittent Jérusalem, lieu de la rencontre avec Dieu, tout à fait découragés, désabusés. Ils s’éloignent de la ville de Dieu pour aller tenter une chance à Emmaüs, symbole de l’espoir retrouvé. Ils en étaient partis, il y a quelque temps, enthousiasmés par un grand prophète, puissant par ses paroles et ses actes. Avec lui, la vie était agréable et les garanties de l’avenir pointaient à l’horizon. Avec lui, les estropiés se remettaient à marcher, les injustices sociales étaient dénoncées et les blessés de la vie retrouvaient le goût à la vie. Mais les grands prêtres et les chefs que cela dérangeait l’ont fait assassiner sur la croix. Cela fait trois jours qu’il est mort emportant leurs espoirs avec lui. À quoi bon rester là à Jérusalem ? Nous avons cru, nous avons suivi, nous avons espéré, mais maintenant tout est fini, se disaient-ils.

Ce qu’il importe de souligner ici est qu’ils continuent de parler ensemble alors que souvent l’échec nous replie sur nous-mêmes. Ils essaient de comprendre ce qui s’est passé : pourquoi Jésus est-il mort ? Pourquoi les forces du mal semblent-elles toujours victorieuses ? Et sur ce, Jésus les rejoint discrètement. En s’approchant, il ne leur fait pas la morale. Il leur propose, plutôt, à partir de leur situation de découragement, un nouveau regard. Au début, ils ne le reconnaissent pas parce qu’un voile de deuil est posé sur leurs yeux, un voile de tristesse est posé sur leur cœur. Aussi, ils s’étonnent que celui-ci ne soit pas au courant de leur situation. Chaque fois que nous souffrons, nous présumons que nos misères ont atteint les dimensions mondiales, et cela nous fait souffrir davantage si nous remarquons un manque de compassion.

Nous avions l’espoir que c’est lui qui allait délivrer Israël. Ce cri est lourd de toute une espérance déçue d’un peuple. Celui-ci vivait dans l’attente d’un messie-roi qui viendra les libérer de la colonisation romaine et restaurer le royaume de David. Reprenant l’ensemble du cheminement d’Israël, Jésus leur propose de quitter une conception politique d’un Dieu-vengeur accomplissant leurs rêves messianiques. Pour reconnaître le Ressuscité, la seule intelligence humaine ne suffit pas. C’est à partir des Écritures et de la foi que l’on peut comprendre la résurrection de Jésus. Le tournant de l’histoire se fait lorsque les deux disciples offrent l’hospitalité. Pendant que Jésus rompt le pain, les pèlerins le reconnaissent et, du coup, leurs yeux et leurs cœurs s’ouvrent. Oubliant leur fatigue, ils s’élancent en pleine nuit sur la route de Jérusalem pour rapporter la nouvelle aux apôtres : le Seigneur est vivant.

Cet évangile s’adresse peut-être à tous les déçus de la vie. Les déceptions, petites ou dramatiques, s’accumulent en ce temps où nous vivons en confinement, isolés les uns des autres. Nous pensons à vous, fidèles, privés de communion au Corps du Christ et, spécialement, aux jeunes qui devaient recevoir les sacrements d’initiation pendant ce temps pascal. Mais aussi à tant d’autres déceptions : échec cuisant, incompréhension familiale, pertes des êtres chers, perte d’emploi, un péché qui fait souffrir. Aujourd’hui, nous parlons souvent de la pandémie de coronavirus et ses conséquences. Nous avons l’impression que l’avenir est bouché comme il l’était pour les disciples d’Emmaüs. De cette expérience des pèlerins d’Emmaüs, je retiens deux éléments pour nourrir notre méditation.

Il nous arrive de connaître des moments pénibles, tellement lourds à vivre que nous les enfouissons en nous et qui, au fil du temps, deviennent des tourments pour notre existence. Mais l’occasion où nous pouvons enfin en parler, nous sommes libérés, car nous sommes parvenus à jeter ce mal hors de nous. C’est exactement ce que vécurent les deux disciples. Jésus les invite à parler, à vider leur sac, il les écoute longuement. Jésus nous invite, aujourd’hui, à être attentifs aux misères de nos prochains et être prêts à les aider à retrouver le goût à la vie, le goût des autres, le goût de soi-même. L’avez-vous remarqué ? Jésus consacre plus de temps à la Parole qu’au partage du pain. Selon Edgar Morin, la crise actuelle nous montre que la mondialisation est une interdépendance sans solidarité. Elle a, certes, abouti à l’unification techno-économique, mais pas à la compréhension entre les peuples. Est-il possible de profiter de ce temps de confinement pour détoxiquer notre mode de vie du temps monétisé et consacrer un peu plus de temps à la solidarité avec ceux et celles de nos prochains qui en ont besoin ?

Au début, les yeux de Cléophas et son compagnon sont aveuglés. Ils ont reconnu Jésus, après un long cheminement, à la fraction du pain. Nous aussi avons parfois du mal à voir. Dans nos vies, Dieu nous donne de nombreux signes de sa présence. Ils sont différents selon chacun de nous, selon notre histoire, selon nos sensibilités. L’important est d’avoir le cœur ouvert pour les reconnaître et en saisir la portée pour ce temps qui est le nôtre. Les disciples d’Emmaüs n’ont pas vu changer les événements qui marquaient leur histoire, mais tout a été changé pour eux. Comme pour eux, la parole de Dieu et l’eucharistie ne modifient pas les événements de nos vies. Elles nous permettent de reconnaître la présence du Seigneur avec toute la puissance de sa vie. Cette présence change notre façon de regarder notre vie, de regarder les autres, de regarder l’avenir. Alors, on voit les choses d’une autre manière. On fait la part des choses entre l’essentiel et l’accessoire.

L’histoire des disciples d’Emmaüs se termine par leur rencontre avec les apôtres et l’échange du message pascal. En ce troisième dimanche, confions nos différentes situations au Christ ressuscité pour qu’il nous éclaire sur ce qu’il faut faire et comment il faut le faire afin d’être des témoins de son espérance pour nos prochains et pour le monde de notre temps.

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