Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Les récits de l’Ascension, rapportés dans la première lecture et dans l’évangile, sont fort imagés. Il y est question d’une montée de Jésus vers le ciel, de sa disparition dans une nuée, d’un siège qu’il occupe désormais au côté de Dieu, etc. Ce mystère, car il s’agit bien d’un mystère de la foi, se nourrit amplement de l’imaginaire biblique. Mais que peut-on en retenir pour notre vie de croyant ? En quoi cette fête de l’Ascension peut-elle éclairer et nourrir notre foi ? C’est peut-être bien dans la tension entre la Résurrection et la Pentecôte que l’Ascension dévoile sa signification. Mais pour cela, il faut porter notre regard au-delà des images et être notamment attentif aux détails qui accompagnent le récit de cet événement dont les apôtres sont témoins.

Une chose est sûre : le mystère de l’Ascension met en jeu beaucoup de mouvements. Le premier, et le plus évident dans le récit, est un mouvement ascendant : l’élévation de Jésus vers les cieux. Mais, cette élévation de Jésus cependant ne tombe pas du ciel, pourrait-on dire! Elle suit en fait deux autres épisodes d’élévation dont elle tire tout son sens. L’élévation de Jésus en Croix, moment clé du Mystère pascal et de la victoire de Dieu sur la Mort et les forces du Mal. Mais surtout l’élévation qui se produit à la Résurrection, véritable bondissement de Jésus dans la Vie telle qu’elle est en Dieu.

Et dans la continuité de ce mouvement vers Dieu, la montée de Jésus au ciel signale avec force ce passage dans la Vie de Dieu. Jésus, premier ressuscité, rejoint pleinement la demeure de Dieu. Il est désormais auprès de Dieu, tout comme nous sommes appelés à l’être. Car ce n’est pas un aller au ciel, unique et VIP, que Jésus a reçu de son Père. C’est un itinéraire qu’il a inauguré et rendu possible pour tous. Le chemin vers Dieu, pour vivre avec Dieu, est désormais ouvert. Il ne s’agit plus de l’inventer, mais bien de l’emprunter à la suite de Jésus qui nous a laissé tous les repères pour nous guider infailliblement à destination. Premier mouvement donc : le mouvement vertical, ascendant.

Une indication dans le récit de l’Ascension nous met sur la piste du deuxième mouvement. Jésus disparait du regard des apôtres en étant enveloppé dans une nuée. Le temps est donc venu, pour les apôtres, de faire l’expérience d’une nouvelle présence de Jésus. Cette montée au Ciel, comme le signale l’évangile, clôt le temps des apparitions du Ressuscité. Ces apparitions, dont nous avons entendu le récit tout au long du temps pascal, manifestent déjà une présence différente de Jésus par rapport à la vie qu’il avait partagée avec ses disciples. La preuve : ils ne le reconnaissent pas immédiatement. Ça prendra des paroles et des signes pour qu’ils ouvrent les yeux sur cette nouvelle présence. Avec l’Ascension, un pas de plus est franchi. Il n’y aura plus de présence physique de Jésus. Tout le mystère du Christ bascule en quelque sorte dans l’invisible : dorénavant les disciples seront sous le régime du « croire sans voir », le seul dans lequel nous pouvons nous situer.

Mais alors, où le rencontrer désormais ? En dedans de nous, dans un mouvement intérieur. En devenant invisible extérieurement, le Christ nous devient perceptible intérieurement. Jésus ne se tient plus en face de nous parce que, passant dans le Père, origine de tout, il passe en nous. Alors qu’il monte vers le Père, il descend en quelque sorte au plus profond de nous pour y faire sa demeure. On ne peut rêver d’une proximité plus grande! L’Ascension de Jésus n’est pas un éloignement, encore moins un abandon, mais bien un rapprochement inédit!

Et non seulement il est en nous, mais comme le signale l’évangile, il travaille avec nous. Mais travailler à quoi ? C’est là que se situe le troisième mouvement. Jésus quitte ses disciples avec une instruction précise. Il les envoie en mission « proclamer partout l’Évangile » et « être ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre ». Il s’agit cette fois d’un mouvement horizontal, d’une mise en route. Et cet ordre de mission des disciples, c’est aussi le nôtre aujourd’hui. C’est à chacun et chacune de nous qu’il incombe de rendre Jésus présent dans notre monde. C’est à travers nous qu’il pourra se faire visible, par nos gestes, nos attitudes, nos paroles. C’est comme si Jésus s’absentait pour nous laisser le terrain libre, nous disant : « à vous de jouer! » Saint Paul nous le rappelle lorsqu’il nous exhorte à nous conduire d’une manière digne de notre vocation. Comment ? Par l’humilité, la douceur, la patience, le soutien et l’amour fraternels, la recherche de l’unité.

Être digne de sa vocation : tâche qui semble en apparence bien simple, mais en même temps responsabilité qui pourrait être écrasante si on s’y arrête un instant. Ne faudrait-il pas que nous soyons parfaits pour bien assurer cette mission de présence du Christ au monde, pour le rendre visible à travers nos vies ? Pouvons-nous vraiment être digne de cette vocation, nous qui sommes si souvent en proie au doute, à la crainte, au repli sur nous-mêmes ?

Un dernier petit détour par le récit de l’évangile de Marc peut peut-être nous rassurer là-dessus. En fait, étrangement, le texte liturgique que nous avons entendu il y a un instant omet une phrase de la finale de l’évangile de Marc et opère, pourrait-on dire, une sorte de court-circuit entre la dernière apparition de Jésus aux apôtres et leur envoi en mission. L’évangile se lit en fait comme suit : « Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table ; il leur reprocha leur incrédulité et leur endurcissement parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. Puis il leur dit : “Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création.” » Ainsi, on passe brusquement du cinglant reproche d’incrédulité que Jésus adresse aux apôtres à leur envoi en mission universelle! Cet enchainement que fait Marc est fort parlant. Il indique que nous n’avons pas à nous attarder sur nos doutes et nos hésitations. Jésus ressuscité bouscule ses disciples : sans tenir compte de leur incrédulité, il prend l’initiative de leur faire confiance, si imparfaits soient-ils encore.

Le Seigneur n’attend pas que nous soyons parfaits pour nous confier des missions. Jésus invite ses disciples, à partir et à sortir d’eux-mêmes, pour aller à la rencontre des autres. Pour nous aujourd’hui cet envoi en mission demeure : il s’agit d’écouter les aspirations actuelles, de rencontrer, d’accueillir, de dialoguer. Cela demande de bousculer quelque peu nos tranquillités et de quitter nos habitudes.

Car cet envoi en mission que Jésus lance à ses disciples, et qu’il nous lance encore aujourd’hui, est assorti d’une promesse : celle du don de l’Esprit qui sera célébré dimanche prochain à l’occasion de la Pentecôte. C’est grâce à lui que nous pouvons vivre de l’Évangile qui nous transforme petit à petit en ancrant en nous la joie de croire. C’est à travers lui que Jésus, ressuscité et monté auprès du Père, descend au plus profond de nous et travaille avec nous, pour que nous puissions témoigner avec force de la foi qui nous fait vivre.

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