Présence, Action de grâce et communion

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Vous l’avez certainement noté. Le récit de la multiplication des pains a une place privilégiée dans les évangiles. On l’y retrouve 5 fois. Toujours avec la même surabondance. Le même souci que rien ne soit perdu. La même évocation en filigrane des gestes de la dernière cène et de l’institution de l’eucharistie.

L’évangile selon saint Jean n’a pas ce récit de l’institution. L’allusion qu’il y fait est plus brève. Jésus prend les pains, il rend grâce et il les distribue aux convives. Le long discours qui va suivre sur le pain de vie, pain vivant, sur la chair à manger, le sang à boire, ne laisse aucun doute. Ce signe est résolument orienté vers l’eucharistie.

C’est déjà révélateur d’appeler convives une foule aussi nombreuse qu’anonyme. D’autres traits propres à Jean relient encore ce signe à l’eucharistie du Seigneur. Ainsi, la proximité de la Pâque, la fête des juifs. Jésus crucifié y sera immolé, véritable agneau pascal. Ainsi, les pains d’orge, prémices de la récolte. Le Christ ressuscité est Premier-né d’une multitude admise dans les demeures de la maison du Père.

Jésus voit la foule nombreuse qui vient à lui. Sans qu’on le demande, il va au-devant de la faim des gens. Il pressent, il sait ce qu’il va faire. Il sera roi, mais c’est en bon berger qu’il le sera. Il veut rassembler tous ceux que lui donne le Père, les mener à un bon pâturage, les prendre à sa table. Il donne sa vie pour que tous aient la vie en abondance.

Le récit de la multiplication des pains est encadré de deux passages qui annoncent la Pâque de Jésus. Il est passé sur l’autre rive de la mer… il marche sur la mer et, du coup, fait passer ses disciples avec lui (6,21). Le vrai pain multiplié est celui que donne le Christ vainqueur du mal et de la mort. Nous y communions à sa victoire !

Au-delà du pain donné à satiété, au-delà des guérisons opérées sur des infirmes, Jésus est lui-même signe. La foule a raison de s’attacher à lui, de le suivre, de reconnaître en lui un saint homme de Dieu. Il est le Fils unique, l’immense amour, l’amour sans repentance, la compassion de Dieu, pour le monde malade et affamé !

Il faut que rien ne soit perdu, car cet amour va beaucoup bien au-delà des 5,000, assis dans l’herbe. Les douze paniers de morceaux restants annoncent la table de l’eucharistie où se rassasiera l’Église, nouveau peuple de Dieu. La mention de la mer de Tibériade, propre elle aussi à Jean, paraît étendre à l’univers des hommes et femmes de bonne volonté le don Dieu pour la vie du monde.

La foule est comblée en voyant le signe de Jésus. Comme nous le sommes souvent, la foule est toute centrée sur ses besoins, sa faim, sa peur du mal. Elle veut s’emparer de Jésus, en faire son roi. Jésus déjoue ce plan. Il se retire seul dans la montagne. Bizarre ! On est au bord de la mer, où il n’y a, paraît-il, que de basses collines.

Le récit est encadré par une double mention de Jésus sur la montagne. De quelle montagne s’agit-il ? Celle de la croix, ou celle de l’Ascension ? Celle du sacrifice ou celle du Règne en gloire ? Jean ne le dit pas, mais la solitude de la montagne ne peut être que celle de la rencontre de Dieu. Là où Jésus apprend ce qu’il va faire. Où il se nourrit de l’amour qui guide sa mission… Irons-nos avec lui approfondir de sens de notre vocation, de notre appel, dans le silence et la solitude ?

Avant d’être réponse à nos faims ultimes, à nos besoins de guérison, l’eucharistie de Jésus est d’abord action de grâce. C’est sur la montagne qu’elle devient Action de grâce en acte et vérité. Remise confiante de lui-même au Père, Dieu proche, juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Nos eucharisties commencent toujours par de tels mots. Irons-nous avec lui dans les hauteurs ou les abîmes de notre solitude, à la rencontre de l’Invisible, pour une d’Action de grâce reconnaissante associée à la sienne.

Le Psaume 144 nous y guide spécialement ce matin. Il célèbre l’alliance de Dieu, sa présence agissante, la communion avec lui. Sa forme elle-même est très suggestive. Comme plusieurs autres psaumes c’est un acrostiche. Un poème dont chaque ligne commence par une lettre de l’alphabet. Manière de dire que toute notre vie dans le Christ, de A à Z, est un don, un signe de la présence et de l’amour de Dieu. Tout ce que nous sommes et serons, tout ce que nous avons et aurons vient de lui.

Mais comment rendre grâce en vérité ? Sinon, en allant dans la solitude et le silence de la montagne nous mettre à l’école de Jésus. En nous laissant conduire par son Esprit. Comme nous y exhorte la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens. Avoir une conduite digne de notre vocation… L’humilité, la douceur, la patience sont évidemment liées au support mutuel dans l’amour que nous nous devons les uns aux autres. À l’unité que nous nous devons de chercher et de garder dans l’Esprit. Mais est-ce que notre solidarité, notre compassion peuvent s’arrêter là, quand le Dieu de notre foi, le Père dont nous sommes devenus les enfants est Dieu et Père de tous ?

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