« Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? »

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Curieusement, alors que nous célébrons la fête de l’Ascension, l’évangile de Matthieu entendu en ce dimanche ne mentionne pas cet événement. La seule ascension qui est mentionnée est celle d’une montagne où Jésus ressuscité rencontre ses disciples pour une dernière fois.

C’est dans la première lecture, le commencement du livre des Actes des Apôtres, que nous retrouvons l’idée de l’Ascension comme d’une montée au ciel présentée en quelque sorte comme le point d’orgue de la mission terrestre de Jésus.

Avant sa mort, Jésus avait cherché à préparer ses disciples à son départ, à faire en sorte qu’ils puissent poursuivre sa mission une fois « parti ». Ressuscité, il leur est apparu à plusieurs reprises, transmettant ses derniers enseignements et leur ouvrant le sens de ce qu’ils avaient vécus avec lui.

Le moment est donc maintenant arrivé pour les disciples d’assumer l’absence physique de leur Seigneur. Et ils se sont représenté cette absence sous les traits d’une montée de Jésus au ciel pour siéger à la droite de Dieu, disparaissant à leur regard à travers une nuée.

C’est logique, et Jésus leur a lui-même annoncé, de son vivant, qu’il retournerait auprès de son Père. Et il en fut bien ainsi. Cela est significatif pour notre vie de foi : « Montant au ciel », Jésus ouvre la route entre nous et le Père, et par lui, nous sommes déjà au terme, près de Dieu.

Mais voilà qu’après que Jésus leur aie transmis ses adieux, les disciples restent là à contempler fixement le ciel. C’est un peu normal, non ? Où trouver maintenant le Seigneur sinon au Ciel où se trouve Dieu. « Notre Père qui êtes aux cieux… » C’est aussi ce que nous faisons tous assez spontanément. Dans notre imaginaire, nous représentons Dieu comme étant en haut, dans les cieux!

Mais en rester à une image géographique situant Dieu comme Celui d’en haut, garder le regard fixé au ciel pour y trouver le Seigneur, n’est peut-être pas sans risque, et en particulier celui de finir par le situer en dehors du monde.

Remarquez, ça pourrait bien faire notre affaire. Si le Seigneur est dans les cieux, nous serions en quelque sorte en droit de concentrer toute notre attention vers ce lieu. Contempler le ciel pour nous y perdre; nous échapper de notre quotidien; nous détacher de toute préoccupation terrestre, et peut-être même du souci de l’humain.

Ou alors, de façon paradoxale, le situer dans les cieux serait une manière de le tenir à l’écart, et ici encore ça pourrait bien nous convenir. À Dieu les affaires du ciel et à nous les choses de la terre. Garder Dieu à bonne distance pour avoir toute la marge de manœuvre afin de mener tranquillement notre vie terrestre comme nous l’entendons. « Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y. Et nous nous resterons sur la terre, qui est quelquefois si jolie », comme écrivait Jacques Prévert.

Dans les deux cas, cette tendance que nous avons à situer Dieu dans le ciel ne reflèterait-elle pas un peu notre difficulté ou notre résistance à lui trouver une place sur terre, dans notre vie ?

Les disciples qui cherchent désespérément à suivre Jésus du regard, déjà rendu invisible dans la nuée, se font soudainement rappeler à l’ordre par deux anges : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? »

Mais alors, s’il ne faut pas le chercher là-haut, où donc le trouver ? Où donc se rendre pour le voir et le rencontrer ?

Jésus lui-même nous donne la réponse à ces questions : « Allez! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Le mouvement ascendant du Christ engendre un mouvement horizontal : au lieu de « regarder vers le ciel », les disciples sont conviés à se mettre en route « jusqu’aux extrémités de la terre », pour faire participer « toutes les nations » à la mort et à la résurrection du Christ. Une participation signifiée et réalisée par le baptême.

Et il en est de même pour nous. Une des leçons que nous pouvons tirer de l’Ascension de Jésus au ciel est paradoxalement de nous garder les pieds sur terre. Autrement dit, la vraie vie que nous avons à mener, chaque jour, ce n’est pas d’être figé en permanente adoration devant des mystères célestes. Nous sommes, au contraire, comme ce fut le cas pour les disciples, invités à retourner à Jérusalem, à nous resituer et à vivre dans le monde bien concret, pour y être témoins du Christ dans la vie et les lieux de chaque jour.

L’absence physique du Christ n’est pas une invitation à le chercher dans le ciel, mais un appel à le reconnaître et à le faire reconnaître parmi nous, sur la terre; de trouver les moyens de le rendre visible et perceptible dans notre monde. Voilà qui représente une sacrée entreprise! Mais pour laquelle, grâce à Dieu, nous ne sommes pas livrés simplement à nous-mêmes.

Dans sa lettre aux Éphésiens, saint Paul affirme avec conviction que la puissance qui a ressuscité le Christ et qui l’a conduit à la droite de Dieu est à l’œuvre en nous; que Dieu nous donne un esprit de sagesse qui le fait vraiment connaître; qu’il ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur pour voir quelle espérance nous ouvre son appel et quelle puissance incomparable il déploie pour nous.

Nous sommes, chacun, chacune, par notre baptême, porteurs de la force  et de la vigueur que Dieu a mises en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité et l’a fait monter auprès de lui.

Évangéliser, c’est d’abord montrer à travers nos gestes, nos attitudes et nos paroles, cette force qui nous anime. C’est en chacun et chacune de nous que se manifeste la puissance qui a ressuscité le Christ et qui l’a fait siéger à la droite de Dieu. À nous de la laisser surgir. Comment ? D’abord en y croyant! C’est par la foi que nous donnons à la force de Dieu la possibilité d’agir en nous.

En fin de compte, frères et sœurs, nous ne sommes pas appelés à nous situer devant l’Ascension, comme des spectateurs, mais bien dedans, dans son mouvement même, comme des acteurs.

Désormais absent de l’espace et du temps limité, le Ressuscité reste plus que jamais présent à nous : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Dernière parole laissée par Jésus à ses disciples. Une parole, « je suis-avec-vous », qui rappelle le nom donné à l’enfant nouveau-né de Bethléem : « Emmanuel » ou « Dieu-avec-nous ».

Si le Seigneur est bel et bien avec nous, pourquoi alors resterions-nous là à regarder le ciel ? Allons! Et laissons-le se faire reconnaître en nous et par nous, tout autour de nous!

 

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