Nous avons entendu, comme première lecture, un extrait du livre de la Sagesse. Un aspect intéressant de ce texte est la louange que l’auteur de ce livre dit à Dieu : « Ta force est à l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose. »
Dieu est fort, Dieu est puissant ; et parce que, contrairement à nous, il est tout-puissant, il ne doute pas de sa force et, par conséquent, il peut se permettre d’être patient. Voilà pourquoi, dans la parabole du bon grain et de l’ivraie – notre évangile de ce midi –, le maître de la ferme est patient : il tolère la présence de l’ivraie dans son champ. C’est ce que Dieu fait par rapport au mal : il tolère le mal qui est dans le monde et il espère qu’en chacun de nous, le bon grain l’emportera.
À cause des médias de communication – en particulier de la radio, de la télévision et surtout de l’internet –, nous, gens du vingt-et-unième siècle, sommes conscients, plus que jamais, de la présence du mal dans notre monde. Ce qui est nouveau, c’est que nous en sommes, je dirais, hyper-conscients.
Certes la Bible tout entière, depuis le livre de la Genèse jusqu’au livre de l’Apocalypse, souligne la gravité du mal dans nos vies humaines. Au chapitre 3 de la Genèse, un récit frappant met en scène Adam et Ève, qui se veulent les maîtres du bien et du mal, succombent à cette tentation et perdent leur bonheur. Et tout de suite après, au chapitre 4, ce livre nous présente la rivalité entre Caïn et Abel, la tentation qu’avait le frère ainé de tuer son frère cadet, et le crime violent perpétré par Caïn.
La parabole d’aujourd’hui affirme que l’ivraie dans le champ y a été placée par l’ennemi du semeur et que les serviteurs de ce dernier lui proposent d’enlever cette ivraie. Or le maître leur répond : « Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier. »
Dans son explication de cette parabole, Jésus déclare : « De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. » Et il ajoute : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. » Voilà en quoi consiste notre espérance, pour nous les croyants ; il s’agit bien d’une espérance religieuse, qui vaut surtout pour le Jugement dernier.
Il faut cependant admettre que dans notre compassion envers les personnes qui souffrent du mal, nous voulons souvent des solutions immédiates, des solutions non pas à la fin du monde, mais ici-bas, sur terre. Nous avons pourtant besoin d’une espérance pas seulement terrestre, mais également religieuse, car l’espérance religieuse nous a été donnée pour solidifier notre espérance terrestre. En d’autres termes, sans une espérance de nature religieuse, l’espérance quotidienne s’avère plus difficile.
Chers frères et sœurs, nous sommes invités à imiter la patience de Dieu. Soyons patients en supportant et en luttant contre les maladies et les injustices. Ainsi pourrons-nous vivre dans l’espérance, dans la confiance et dans la joie.
Louis Roy, OP
Église Saint-Jean-Baptiste
Ottawa, 2026
Matthieu 13,24-43 (2)