On crie à l’injustice, il répond par sa bonté

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

« Injustice ! Scandale ! Honte ! » : la parabole des ouvriers au salaire égal est une provocation ! Ceux qui ont travaillé une seule petite heure reçoivent exactement le même salaire que ceux qui ont bossé toute la journée durant douze heures : pour les ouvriers de la première heure, c’est parfaitement injuste, car eux méritent leur salaire, mais les ouvriers de la onzième heure ne méritent rien. Les derniers doivent rester les derniers.

Dans la parabole, le maître de la vigne demande à ce que ce soient les derniers qui soient payés en premier. Si bien que ceux qui ont travaillé toute la journée assistent à la remise du salaire de tous les ouvriers qui ont été embauchés après eux : ils voient défiler tous ceux qui ont moins travaillé qu’eux, et ils voient le salaire qu’ils reçoivent… le même qu’eux, au centime près ! Ils voient de leurs yeux ce qui leur apparaît comme une injustice. Cette injustice, c’est la même que dénonce le frère du fils prodigue dans une autre parabole (Lc 15). Il a été un ouvrier fidèle dans les champs de son père, contrairement à son frère qui a dilapidé tout l’héritage. Pourtant le père fait tuer le veau gras, et le frère est jaloux comme un poux : « Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres ; et, à moi, tu n’as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis » (Lc 15, 29).

Mais imaginons une parabole un peu différente : imaginons que ceux qui ont travaillé dès l’aube, à 6h du matin, soient payés en premier. Ils se sentiraient satisfaits, car ils recevraient la somme qui avait été convenue au moment de l’embauche. Ils ne verraient pas ce que les autres reçoivent comme salaire, et chacun repartirait chez soi satisfait, sans jalousie ni mauvaise pensée.

Cela signifie que l’injustice que dénoncent les ouvriers de la première heure est une injustice de comparaison. C’est parce que je regarde ce que mon voisin a dans son assiette que je deviens fou de rage, mort de jalousie, et que je crie à l’injustice. Mais les pensées du maître de la vigne ne sont pas mes pensées, ses chemins ne sont pas mes chemins. Une distance infinie les sépare. De mon point de vue, ce n’est que pure injustice. De son point de vue, ce n’est que pure bonté car chacun est comblé.

Il en est ainsi pour le Royaume. Le maître de la vigne, c’est Dieu. Les ouvriers, c’est nous. Nous pensons souvent que c’est à nous de chercher Dieu, que c’est à nous d’entrer dans le Royaume de Dieu. Mais non ! La parabole nous dit tout le contraire : en réalité, nous ne méritons rien. Le Royaume, c’est un maître de maison qui sort dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. C’est lui qui sort le premier pour aller à notre rencontre. Déjà, dans le jardin d’Éden, c’est Dieu qui cherchait l’homme : « Adam, où es-tu ? » (Gn 3). Et pour lui, il n’y a pas d’heure. Il appelle n’importe quand. Ce ne sont pas les hommes qui sont demandeurs de Dieu, mais c’est Dieu qui est demandeur de nous.

Il appelle parfois très tard, juste avant le soir, à la onzième heure. N’est-ce pas le cas de Zachée à qui Jésus demande de descendre de son arbre ? C’est le dernier homme que Jésus rencontre dans l’évangile de Luc. Zachée est un pêcheur, un homme riche car probablement malhonnête, mais Jésus veut demeurer chez lui, il vient « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 15, 10). N’est-ce pas aussi le cas du centurion et même du « bon » larron (mais pour lui c’était moins une… ouvrier de 23h59).

Ce que Dieu fait avec eux et avec Zachée, il peut le faire avec chacun de nous. Mais il nous faut changer notre regard. Ce que nous dénonçons comme une injustice n’est que bonté aux yeux de Dieu. Zachée grimpe sur un sycomore : il nous faut grimper nous aussi pour voir le Royaume avec les yeux de Dieu. Et ce que nous croyons être injuste apparaîtra comme l’œuvre de la miséricorde divine.

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