« Si j’aurais su j’aurais pas v’nu ! »

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Si j’avais été parmi la foule ce jour-là, je pense que j’aurais dit : « Ah ben mon vieux, si j’aurais su j’aurais pas v’nu ». Mais les disciples qui écoutaient Jésus proclamer son sermon sur la montagne ne pouvaient pas connaître cette réplique bien connue de petit Gibus dans La Guerre des Boutons de 1962. Rendez-vous compte, les Juifs devaient déjà obéir à la Loi, les dix commandements transmis par Moïse : « Tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas d’adultère, etc. » auxquels s’ajoutaient les 613 commandements de la Torah. Mais pour Jésus, cela ne suffit pas. Voilà qu’il en rajoute une couche ! Jésus n’abolit pas la Loi mais, à nos yeux, il la radicalise.

Jésus explique que la Loi nous oblige, non pas à couper les boutons de nos chemises comme l’aurait fait petit Gibus, mais à arracher nos mains, nos yeux, nos membres à chaque fois que nous péchons. Si bien que la Loi ancienne à laquelle il était déjà difficile d’obéir devient une Loi nouvelle totalement impossible à suivre. Imaginez quel genre de peuple d’estropiés, de culs-de-jatte et de manchots nous serions si nous obéissions au moindre iota de la Loi ! Alors soyons sérieux, Jésus ne nous demande pas de couper quelque partie que ce soit de notre corps. Alors comment comprendre ce que Jésus essaye de nous dire tant bien que mal ? 

  1. Non pas arracher mais ouvrir les yeux

Jésus ne nous demande pas d’arracher nos yeux, mais de les ouvrir et d’accepter de jeter un regard sur notre péché. Souvent, nous sommes aveuglés parce que nous ne voulons pas voir ce qui est mauvais en nous.

Il m’arrive de rencontrer de temps en temps des personnes qui ne se sont pas confessées depuis 30 ans. Elles me disent : « Oh mon Père, j’ai pas tué, j’ai pas volé, je ne fais pas de gros péchés ». Mais voilà qu’avec la Loi nouvelle du Christ, tuer, ce n’est pas seulement commettre un meurtre. Bien-sûr, le Christ n’a rien aboli, si bien que tuer est toujours interdit. Cela demeure un interdit qui fonde toute civilisation humaine et qu’il ne faut jamais transgresser, quel que soit l’âge ou l’état de la personne. Mais le Christ est venu accomplir la Loi, c’est-à-dire la réaliser parfaitement et lui donner tout son sens, son plein esprit. Oui, je n’ai peut-être jamais tué personne, mais n’ai-je pas tué mon frère lorsque je me suis mis en colère contre lui ? Ne l’ai-je pas tué une deuxième fois lorsque je l’ai insulté ? Et ne l’ai-je pas achevé lorsque je l’ai traité de fou ?

Ouvrir les yeux sur notre péché, reconnaître que nous sommes pécheurs, c’est avouer que nous aimons si mal que nous en arrivons à mépriser les autres jusqu’à Dieu lui-même. Arrêtons de nous mentir en répétant sans cesse : « Mais j’ai rien fait, c’est pas ma faute ; c’est pas moi, c’est ma sœur ». Ne pas rester aveugle, regarder son péché, l’avouer à soi-même et à Dieu, c’est une première étape indispensable. 

  1. Couper court aux désirs mauvais

La deuxième étape, c’est de couper court aux désirs mauvais. Toutes sortes d’images, des belles et des moins belles, des pensées et des désirs, parfois bons parfois mauvais, se bousculent dans notre tête, ou plutôt dans notre cœur. Oh bien-sûr, nous ne sommes pas responsables de toutes ces idées qui viennent à nous sans que nous ne puissions les maîtriser. Elles ne dépendent pas de nous et nous prennent souvent de court. En revanche, je suis responsable de ce que j’en fais. Car consentir à un désir, se complaire dans une pensée, c’est poser un acte et en porter la responsabilité.

Mon cœur est comme un arrêt d’autobus. Quand un désir bon vient à passer par mon cœur, les portes de l’autobus s’ouvrent et je peux monter dedans. Mais s’il s’agit d’un désir mauvais ou d’une mauvaise pensée, alors je dois décider fermement, radicalement, de ne pas monter dedans. Je le laisse repartir. Lorsque Jésus dit : « Celui qui regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle », il dit que cet homme est déjà monté dans l’autobus. Il consent à son désir mauvais, ce qui est déjà un acte même s’il n’est pas passé à l’acte. En revanche, dire non, et radicalement non à un mauvais désir, c’est poser un acte contre le péché, c’est se protéger soi-même et les autres.

  1. Arracher radicalement le mal à sa racine

La troisième étape, c’est d’arracher le mal à sa racine. Le péché prend racine en notre cœur. Le péché, c’est la racine de tous les maux. Le mot racine vient du latin radix qui a donné le mot radicalité. La racine du mal doit donc être arrachée radicalement : que ton oui soit oui, que ton non soit non. Mais seul je suis trop faible. Il est impossible d’accomplir la Loi nouvelle du Christ par nos seules forces humaines. C’est pourquoi Jésus vient l’accomplir en nous. Il nous donne les moyens d’accomplir la Loi.

Notre cœur est comme un jardin où poussent toutes sortes de graines, des bonnes et des moins bonnes, voire de très mauvaises graines. Il ne faut pas tout laisser pousser mais il faut bien ouvrir les yeux pour faire un tri, couper les mauvaises herbes et ne laisser pousser que les belles plantes. Le pire, ce serait d’arroser les mauvaises herbes. Non, elles doivent être arrachées. Le péché peut être radicalement évité lorsque les mauvaises herbes sont arrachées à la racine, ainsi, les désirs mauvais ne repoussent pas.

Mais Jésus est un bien meilleur jardinier que nous. Jésus est capable d’atteindre notre cœur pour y arracher la racine du péché, l’amour de soi qui va jusqu’au mépris des autres et de Dieu. Il est aussi capable d’arroser la terre de nos cœurs pour les purifier. Cette eau vive qui purifie nos cœurs, c’est l’Esprit Saint qui est amour. L’amour purifie tout. L’amour est la racine de tous les biens.

À la Loi ancienne, il fallait obéir à la lettre. Désormais, le Christ donne son Esprit, la Loi nouvelle, qui répand son amour en nos cœurs. La Loi ancienne était écrite sur des tables de pierre. La Loi nouvelle, l’Esprit Saint, est inscrite dans les cœurs. La Loi ancienne était une loi de contrainte. La Loi nouvelle, l’Esprit Saint, est une loi de liberté intérieure et d’amour. La Loi ancienne ne purifiait pas les cœurs. La Loi nouvelle, l’Esprit Saint, transforme les cœurs de pierre en cœurs de chair, et nous donnent de désirer le bien. Jésus n’est pas venu abolir la Loi, mais il est venu l’accomplir en nous par le don de l’Esprit Saint qui purifie nos cœurs pour aimer : s’aimer soi-même, aimer Dieu, la nature et les autres. Obéir c’est bien, aimer c’est mieux.

One Comment

  1. Galbois Pascale says: · ·Répondre

    Merci pour cet éclairage, qui me donne beaucoup à réfléchir et m’ouvre de nouvelles perspectives quant à la confession.

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