Qui parmi nous n’a jamais traversé une période difficile dans sa vie ? Qui n’est jamais entré dans un long tunnel obscur, forcé d’y rester un bon bout de temps ? À cause de la maladie, de conflits familiaux, de difficultés au travail, d’échecs pénibles, nous avons alors peut-être eu l’impression que tout allait mal, physiquement, psychologiquement, spirituellement.
Dans de telles circonstances, il est sans doute naturel de nous identifier aux disciples de Jésus, dont la barque était battue par les vagues à cause d’un vent contraire. En effet, ils étaient si troublés qu’en voyant Jésus marcher sur la mer, ils crurent que c’était un fantôme et la frayeur leur fit pousser des cris. Comme les disciples, nous aussi avons nos cauchemars et il arrive que nos rêveries de jour ne soient pas moins inquiétantes que nos fantasmes nocturnes.
N’est-il pas vrai que les êtres humains possèdent un potentiel sans fond de peur et de terreur ? Nous nous efforçons de nous montrer braves et de regarder le côté ensoleillé de la vie. Toutefois, nous sommes également conscients du côté sombre. Et il importe de ne pas oublier ce côté sombre, car Jésus est capable de répondre aux questions qui surgissent à partir de cette facette négative de notre expérience humaine. En fait, le salut chrétien concerne justement nos peurs et nos terreurs.
Vous avez sans doute connu des gens qui fuient leurs problèmes. Ils veulent être optimistes, ils accomplissent bien des choses fort louables ; ils sont généreux, tout en demeurant superficiels. Ils comptent beaucoup sur leur force de caractère et ils se laissent tromper par leurs bonnes intentions. Or, si nous sommes sincères avec nous-même, nous pouvons admettre franchement que nous-mêmes faisons partie de ces gens, au moins de temps en temps.
Ce qui se passe alors, c’est que nous refusons de regarder notre réalité personnelle en face. En adoptant cette attitude d’aveuglement plus ou moins volontaire, ne passons-nous pas à côté d’une chance exceptionnelle ? Ne nous plaçons-nous pas dans une situation où il est difficile de recevoir un don très généreux de la part de Dieu : sa paix ?
Il arrive ainsi qu’en méconnaissant le fait que nous sommes vulnérables, nous n’entendons pas les mots rassurants que Jésus nous adresse : « C’est moi ; n’ayez pas peur. » L’évangéliste ajoute d’ailleurs : « Quand Jésus et Pierre furent montés dans la barque, le vent tomba. »
Évidemment on nous dira peut-être : « Cette paix est une illusion ; la religion n’est qu’une manière de fuir vos tracas. » Bien sûr, Jésus lui-même nous met en garde contre une religion superficielle, contre la tentation de dire « Seigneur, sauve-moi ! » sans travailler sérieusement à nous transformer nous-mêmes.
Et pourtant, contrairement à cette religion superficielle, la religion authentique nous incite à faire face à nos réactions malsaines. Loin de nous distraire de la nécessité de croître humainement, l’Évangile nous demande de nous convertir. Ainsi, la foi en Jésus établit une atmosphère de confiance grâce à laquelle nous acquérons davantage d’insights sur nous-mêmes, une atmosphère de confiance grâce à laquelle notre connaissance de nous-mêmes progresse.
Si nous nous abandonnons à Jésus avec foi et confiance, nous nous plaçons dans une position où nous finissons par accepter plus volontiers des défis de taille, de telle sorte que nous pouvons être plus responsables et créatifs. Nous savons alors que nos efforts ne sont jamais inutiles, que l’Esprit Saint nous soutient et que de l’aide nous viendra à partir de sources imprévisibles : personnes, événements, livres, émissions de télévision, réflexions offertes dans l’internet, etc. La religion authentique nous invite à être ouverts à ces sources d’assistance, à travers lesquelles l’Esprit de Jésus nous rejoint. Ces voix qui nous encouragent ne sont généralement pas fracassantes. Ce que nous pouvons entendre, c’est plutôt « le murmure d’une brise légère », comme nous le remarquons au cours de l’expérience du prophète Élie, telle que racontée dans la première lecture de ce dimanche.
Jésus, en effet, nous dit : « N’ayez pas peur. Je suis, je suis là, je suis avec vous. Je suis fiable, je ne vous ferai jamais défaut. Vous pouvez toujours vous appuyer sur moi. Essayez honnêtement, humblement et intelligemment de résoudre vos problèmes – un problème à la fois, avec confiance. N’oubliez pas que grâce à ma présence, vous n’êtes jamais seuls. Rencontrez-moi dans l’eucharistie ainsi que dans votre vie quotidienne. »
Louis Roy, OP
Église Saint-Jean-Baptiste,
Ottawa, 2026
Matthieu 14,22-33