Marcher à la lumière du Seigneur

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Le temps de l’Avent est entièrement tendu vers la fête de la Nativité qui célèbre l’inouï de la venue de Dieu en notre propre chair. Un temps de préparation et d’attente qui nous permet d’habiller notre cœur pour pouvoir vivre pleinement cette rencontre mystérieuse de Noël.

Et pourtant aujourd’hui, en ce premier dimanche qui nous fait entrer dans ce moment liturgique bien particulier, voilà que les lectures nous projettent loin en avant, bien au-delà de Noël, aux temps reculés de la venue ultime du Christ. Dans les deux cas, c’est de la venue de Dieu parmi nous dont il est question.

Le texte d’Isaïe, à coup d’images et de symboles forts, nous transporte dans ce temps de la fin, à l’heure de l’accomplissement de l’œuvre de Dieu. Un accomplissement qui prend la forme d’une humanité rassemblée et pacifiée, où les armes auront été transformées en instruments de semailles et de moisson; la grande moisson du Royaume de Dieu enfin établi dans sa plénitude.

L’enjeu pour nous serait-il alors d’attendre passivement cette venue que les premiers disciples de Jésus croyaient imminente ? Sommes-nous simplement appelés à rester inertes au cœur d’un monde déchiré, défiguré, par tant d’injustices et de violences, en attente de l’instauration de ce Royaume de Paix qui surviendra aux temps derniers ?

Ce n’est pas ce qu’évoquent les textes de ce jour. Bien au contraire. Tant chez Isaïe que chez saint Paul, les verbes qui décrivent cette période d’attente soin loin d’être passifs : « sortir », « marcher », « monter », « se tenir prêt », « veiller ». C’est à une marche, à la lumière du Seigneur et sur ses sentiers, que nous sommes invités par le prophète.

« C’est le moment, l’heure est déjà venue » nous dit saint Paul. Certes, Dieu est venu habiter l’histoire à travers la naissance d’un enfant né à Bethléem, et Dieu viendra une fois pour toute habiter une humanité pacifiée et unie. Mais pour chacun et chacune de nous, l’heure est venue, et le jour du Christ, c’est maintenant!

La venue du Seigneur se vit dans l’aujourd’hui, dans notre quotidien, comme le poète Tagore l’évoque : « Il vient, il vient, il vient sans cesse ».  Le Seigneur est venu, le Seigneur viendra, mais surtout le Seigneur ne cesse de venir dans nos vies, chaque fois que nous lui offrons l’hospitalité. C’est dans nos histoires de vie, que le Christ nous visite continuellement, que sa venue se réalise au fil des jours.

Voilà, frères et sœurs, le véritable enjeu de ce temps de l’Avent. Ne pas manquer les passages du Seigneur au cœur de notre quotidien.

Et c’est à travers trois petites paraboles que l’évangile évoque avec force cette venue du Seigneur et la disposition intérieure qui nous permet de l’accueillir et de le rencontrer.

Il y a d’abord l’évocation du déluge qui surprend les habitants affairés dans leur quotidien et qui se font engloutir par les eaux. L’image du déluge et du ravage qu’il provoque peut paraître de prime abord bien inquiétante, car seuls Noé et ses proches seront rescapés.

Ce qui sauve Noé et les siens, c’est bien sûr l’arche, le vaisseau marin, qu’il a construit; mais avant tout, c’est la confiance et l’espérance qu’il a mis dans la parole de Dieu. Une Parole qui pour lui, comme pour nous aujourd’hui, est en quelque sorte en elle-même une « arche » de salut.

Et dans le Livre de la Genèse, le déluge est suivi par une recréation du monde, un commencement nouveau, alors que Dieu s’engage, encore par sa Parole, en une alliance qu’il noue avec Noé et sa descendance, symbole d’une humanité renouvelée.

« Se tenir prêt », « veiller », c’est, aussi pour nous, guetter tous ces nouveaux commencements que la Parole de Dieu fait surgir au sein de nos vies, souvent agitées, parfois submergées. Mais sommes-nous prêt à vraiment l’accueillir ?

Dans l’évangile, Jésus évoque ensuite son retour sous la forme d’une deuxième petite parabole, toute simple, qui parle de deux femmes au moulin, de deux hommes au champ; l’un est pris, l’autre laissé. Rien ne semble distinguer ces gens en apparence. Et vue de l’extérieur, le mouvement de sélection apparaît bien arbitraire, et même injuste. Pourquoi lui ? Pourquoi elle ?

Si rien ne les distingue extérieurement, c’est peut-être que tout doit se jouer de l’intérieur. Et voilà que notre regard change, et que s’ouvre une nouvelle intelligence sur ce que provoque la venue du Christ.

Une première manière de comprendre ce qui se passe est de considérer que ce n’est pas tant le Christ qui prend l’un et laisse l’autre, mais bien que l’un des deux s’est laissé prendre par lui. Car son cœur était déjà disposé à cette visite. Plutôt que d’être pris arbitrairement, l’enjeu est peut-être bien celui de se laisser prendre intérieurement par le Seigneur. Et de s’y tenir continuellement prêt. C’est notre état de veille, d’attention qui importe alors. Attention à quoi ? À qui ? À Dieu, certes, mais aussi, aux autres, à la vie, à toutes les occasions qui surgissent comme autant d’appels à sortir de notre torpeur et à construire dès maintenant le Royaume de Dieu.

Une deuxième manière de comprendre cette mini parabole des deux hommes, des deux femmes, c’est de les voir non comme deux personnes distinctes, mais comme deux aspects de la même personne, avec sa part d’ombre et sa part de lumière, sa part de nuit et sa part de jour. L’une nous tire vers le bas, l’autre vers le haut, vers la Montagne du Seigneur, vers son royaume déjà en germes au cœur de nos vies.

Comme l’évoque Isaïe, nous sommes appelés chacun, chacune, à marcher à la lumière du Seigneur. Et cette lumière n’est pas extérieure à nous, mais bien en nous. Le Seigneur vient visiter et faire la vérité sur cette part d’ombre et cette part de lumière que nous portons; et c’est la part de lumière qu’il retient, alors que sera laissée la part d’ombre. C’est ce qu’il y a de meilleur en chacun et chacune de nous que le Seigneur à la fois suscite et révèle pour l’édification de son royaume. Un royaume auquel nous contribuons lorsque que nous cherchons à refaire la paix et l’unité, par chaque geste d’attention à l’autre, de pardon, de réconciliation…

Et l’évangile s’achève sur un appel à veiller en évoquant un maître de maison qui ne se laisse par surprendre par un voleur. Veiller, pour faire en sorte que notre maison, entendons notre vie, soit disposée de telle manière à pouvoir rencontrer le Seigneur lorsqu’il nous visite. Cela demande d’être vigilant et éveillé, mais plus encore de cultiver une disponibilité à nous laisser accueillir, à nous laisser prendre par le Seigneur qui vient sans cesse dans notre vie.

Dieu s’est incarné dans l’histoire – nous célébrerons ce grand mystère à Noël –, mais plus encore, il s’incarne chaque jour dans nos histoires personnelles, dans nos trames de vie, pour les travailler de l’intérieur et les préparer à sa venue finale. C’est le grand mouvement de l’hospitalité que Dieu initie, alors qu’il s’invite chez nous, en nous, pour qu’ayant été accueilli, il puisse à son tour nous accueillir en lui.

« Revêtons-nous des armes de la lumière », écrit Saint Paul. Frères et sœurs, prenons conscience que la lumière du Christ est appelée à éclairer notre vie dès aujourd’hui, dans son quotidien. Mais aussi que nous sommes appelés à devenir des enfants de lumière. Revêtons-nous du Seigneur Jésus-Christ, insiste encore saint Paul, et devenons à notre tour lumière pour ceux et celles qui nous entourent, afin de pouvoir éclairer leur propre marche à la rencontre du Seigneur.

  1. Didier, o.p.

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