« Mangez le Royaume »

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Copier-Coller. Connaissez-vous le copier-coller ? C’est une manipulation que les amateurs de claviers et de logiciels de traitement de texte connaissent bien. Le but est de copier une phrase dans un texte et de la coller ailleurs, c’est-à-dire de la recopier. Jésus ose le faire aujourd’hui : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4, 17). Cette phrase de Jésus est un copier-coller exact d’une phrase du prophète Jean-Baptiste, la voix qui crie dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 2). Jean-Baptiste annonce ici la venue du Royaume. Mais le Royaume, c’est Jésus, et Jésus n’est plus proche mais il est vraiment là. Alors pourquoi Jésus ne dit-il pas plutôt : « Convertissez-vous, car le Royaume est là » ? Parce qu’il est là… mais pas encore ! Il est là devant nous, avec nous, mais pas encore en nous… Pour que le Royaume soit vraiment là, il faut encore qu’il s’établisse à l’intérieur de nous, que le Christ règne en nous. Alors, là et seulement là, le Royaume ne sera plus proche, mais il sera là. Le Royaume des Cieux n’est pas dans le ciel, mais il doit être là, en chacun de nous.

Comment faire pour avoir le Royaume en nous ? Il n’existe qu’une seule méthode, c’est de le manger. Alors passons à table, et mangeons ensemble le Royaume. Voyons le menu du repas : en entrée vous sera proposé un délice de la Parole, qui sera suivi par un banquet de l’eucharistie, avec du pain et du vin. Le dessert sera une surprise.

Commençons par l’entrée, les délices de la Parole. Dieu le Père, nul œil ne l’a jamais vu, aucune oreille humaine ne l’a jamais entendu. Mais nous, nous connaissons son Fils, le Verbe fait chair, il est la Parole du Père. Dieu nous parle par son Fils. Et ce qu’a dit le Christ, le Verbe de Dieu, est contenu dans les Écritures. Si bien qu’au travers des Écritures, c’est Dieu qui nous parle. Mais que faisons-nous de cette Parole ? Pour certains ce sont des paroles en l’air. Rappelez-vous la chanson de Dalida : « Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots, rien que des mots… des mots faciles, des mots fragiles, c’était trop beau, bien trop beau… Parole, parole, parole… et encore des paroles que tu sèmes au vent ». Mais pour d’autres, Dieu nous donne sa Parole. Et nous, nous devons prendre la Parole. À ceux qui écoutent sa Parole, qui l’accueillent dans leur cœur, et qui la mettent en pratique, Dieu donne le Royaume. Croyez-le sur parole !

Écouter la parole, ce n’est pas l’entendre. Entendre, cela voudrait dire que la Parole entre par une oreille et ressort par l’autre. Saint Augustin le dit : « Celui qui entend négligemment la Parole de Dieu, n’est pas moins coupable que celui qui par sa faute laisse tomber à terre le Corps sacré de Notre Seigneur ». Le Christ est là présent dans sa Parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les saintes Écritures.

Non, il ne faut pas entendre, mais tendre l’oreille. Le Christ est tellement présent dans sa Parole qu’il nous faut faire attention à ne pas en perdre une miette lorsque nous l’écoutons. Il faut que la Parole nous touche, pour qu’elle pénètre en nous jusqu’au cœur. Écouter la parole, cela doit ouvrir l’esprit et atteindre le cœur. Dalida, dans la même chanson ajoute : « Moi, les mots tendres enrobés de douceur, se posent sur ma bouche mais jamais sur mon cœur ». Elle a tort, et c’est peut-être pour cela qu’elle n’est pas théologienne. La Vierge Marie, contrairement à Dalida, accueillait la Parole et la méditait dans son cœur. La Parole passe de ses oreilles jusqu’à son cœur, et de son cœur à son corps. C’est un véritable copier-coller où la parole reste collée en soi. Écouter avec son cœur, c’est laisser descendre la Parole en soi, de l’oreille jusqu’au cœur, jusqu’à ce qu’elle s’y imprime, jusque dans les tripes, qu’elle fasse vibrer le corps de l’intérieur. Cela revient à boire la Parole, comme on boit les paroles de celui ou de celle qu’on aime. La parole devient alors nourriture. Il faut la ruminer, la manduquer comme disaient les anciens, pour mieux la savourer. La parole est vivante, elle me nourrit, elle me fait grandir. La Parole me fait exister, elle est créatrice : « Dieu dit et cela est. Dieu commande et cela existe ».

Mais il reste encore à la mettre en pratique cette parole. La Bible est faite pour être vécue. C’est l’Apôtre Jacques qui nous le dit : « Recevez avec douceur la Parole qui est plantée au dedans de vous, et qui peut sauver vos âmes. Mais mettez en pratique la Parole, et ne vous bornez pas à l’écouter, en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements ». La Parole de Dieu change notre cœur et affûte notre regard pour que nous regardions le monde d’un œil nouveau, cela veut dire différemment. Imaginez si nous avions l’œil de Dieu pour voir le monde à sa façon. Celui qui met en pratique la parole devient pêcheur d’hommes.

La Parole est une entrée : elle prépare la terre de notre cœur pour qu’elle soit une bonne terre, comme un agriculteur prépare la terre de ses champs avant d’y jeter des semences. La Parole, c’est l’engrais qui prépare le champ du cœur avant de planter. Mais vient maintenant le plat, le banquet de l’eucharistie.

L’eucharistie joint le geste à la Parole. Dans nos célébrations, nous commençons par écouter et méditer dans notre cœur la Parole, puis nous consacrons le pain et le vin en Corps et Sang du Christ. Car la Parole vient préparer la terre de notre cœur, et l’eucharistie vient le féconder. L’eucharistie, c’est le temps de la semence. Communier, c’est manger le Corps et le Sang du Christ qui vient féconder la terre. C’est semer dans la terre de notre cœur le Fils, la Parole, c’est permettre au Verbe de venir habiter en nous, de se faire chair en nous, pour que nous devenions celui que nous recevons. Et lorsque le Verbe germe en nous, c’est que le Royaume est là, et qu’il grandit.

Frères et sœurs, si vous avez terminé votre assiette, vous voyez que l’entrée est accordée au plat : la parole n’est pas moins importante que l’eucharistie. Et si vous avez mangé toute l’entrée et tout le plat, alors c’est que le Royaume est là. Le voilà le dessert surprise, le Royaume, en vous. Dieu est un homme de parole. Savourez-la. N’en perdez pas une miette. Et partagez avec ceux qui n’ont rien. Bon appétit !

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