Lundi de la 26e semaine du Temps ordinaire * — 28 septembre 2026

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Le livre de Job témoigne d’une immense contradiction, d’une déception colossale.    Comme c’est encore souvent le cas aujourd’hui, la foi des anciens s’énonçait dans une conviction très concrète, terre à terre, que la figure de Job illustre parfaitement.    Les bonnes personnes, les gens droits, qui vivent dans le respect de Dieu et s’écartent du mal, ne peuvent qu’être bénis de Dieu et réussir.    En d’autres mots, Dieu les comblera de biens, les immortalisera par une postérité nombreuse et des oeuvres mémorables.    Il veillera sur eux et les gardera de tout mal.

Dès la première page du livre, Job nous donne à entendre sa réponse confiante aux violences et aux vicissitudes de la vie.    En pleine contradiction avec la croyance commune, dépouillé de tout ce qui faisait sa richesse et témoignait de son bonheur devant Dieu, le pauvre Job garde le cap.    Ses paroles anticipent l’humilité confiante qu’il manifestera devant le mystère du mal, au terme d’un long débat avec ses amis qui mettent en cause son intégrité.    « Nu, je suis entré dans la vie, nu, j’en repartirai.    Le Seigneur a tout donné, le Seigneur a repris… Béni, soit son nom ! »

Au-delà du mythe, ces paroles-là anticipent celles du « Fils de l’homme, venu pour servir et donner sa vie pour la multitude ».    Paroles d’infinie confiance, d’infinie tendresse de l’enfant bien-aimé de Dieu… « Père, que ta volonté soit faite et non la mienne : je remets ma vie entre tes mains. »    — Rendons grâce pour ces paroles de salut.    Elles ont été reprises du fond du coeur, proclamées, secrètement murmurées ou tout bonnement vécues, par les martyrs de tous les temps.    Juifs, musulmans, chrétiens ou autres, qui ont suivi les traces de Jésus, dans le service de leurs frères et soeurs, jusqu’au don de leur propre vie.

J’ai connu bien des saints hommes, des saintes femmes Job.    Accablés par le mal, en eux, en elles, autour d’eux, autour elles, dans leurs proches aimés…    Rongés de doute devant les misères, les violences, les injustices qui étouffent le monde.    Tentés de se recroqueviller sur eux, sur elles- mêmes.    — Prions pour eux, pour elles.    Prions pour nous, qui n’avons pas fini de nous dépouiller de nous-mêmes, des richesses qui nous encombrent de nos petits et grands bonheurs, de nos réussites, de nos gloires…    Prions pour nous, les uns pour les autres, nous qui savons mieux ressasser avec nostalgie le passé, qui avons tant de peine à accueillir l’avenir, à aller de l’avant vers l’inconnu, pourtant professé dans la foi. Prions pour nous, qui sommes toujours au risque de perdre, avec la confiance de l’enfant, le chemin de la véritable vie, du vrai bonheur dans l’amour du Père.

Fr. Jean-Marc Perreault O.P.


Job 1, 6-22 ; Psaume 16, 1.2-3.6-7 ; (Matthieu 10, 45) Luc 9, 46-50

* Mémoire des martyrs du XVII et XVIIIe à Nagasaki, au Japon : des frères dominicains espagnols et français tels Alphonse de Navarette, Dominique Ibanez, et Guillaume Courtet, avec plusieurs laïcs dont Laurent Ruiz, un père de famille.