L’Esprit Saint et nous

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci qui s’imposent » (Ac 15, 1-2.22-29)

« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé … » C’est ainsi que s’expriment les premiers Apôtres lors de l’importante rencontre à Jérusalem que nous rapportent les Actes. On serait tenté de dire, de prime abord, que les Apôtres ne manquent pas de front en recourant à une telle formule. Et on pourrait même aller jusqu’à les taxer d’une petite dose d’orgueil et de présomption. « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé … »
Mais, ce serait se méprendre sur le véritable sens de cette expression et surtout sur la démarche dont elle rend compte. La décision que les Apôtres prennent est loin d’être banale. Elle est en fait décisive pour l’Église du Christ naissante. Il s’agit de décider de l’ouverture du salut à tous, alors qu’il était jusqu’alors canalisé par l’observance de la loi juive. Décision d’ouverture, donc, mais aussi décision de transition. L’accent est désormais mis sur la nécessité de vivre l’Alliance, et non sur la pratique de coutumes méticuleusement codifiées.

Il y a là tout un changement de critère puisque ce n’est plus l’inscription dans une tradition reçue par héritage qui sera déterminante, mais l’adhésion au Christ et à son Évangile de salut. L’accueil de la diversité est désormais inscrit au cœur même de l’unité que garantit une foi commune au Christ.

Les Apôtres sont bien conscients que cette décision ne peut simplement être l’expression de leur propre volonté, mais bien de celle de Dieu. Ils savent qu’ils doivent s’en remettre à l’Esprit pour discerner le projet de Dieu pour son Église, issue de la venue de son propre Fils dans les méandres de l’histoire humaine. Une décision qui ne peut donc se prendre que dans une ouverture et une soumission à l’action de l’Esprit. C’est le sens véritable et profond de l’expression « l’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé ».

Et qu’en est-il pour nous dans notre vie personnelle, familiale, communautaire ? Sommes-nous spontanément portés à faire appel à l’Esprit Saint au cœur de nos délibérations sur les choix et les engagements important de notre vie ? Cherchons-nous à bien discerner, avec l’aide de l’Esprit, le projet que Dieu a pour chacun et chacune de nous ? Faisons-nous de l’Esprit ce Défenseur, comme le nomme saint Luc dans l’évangile, qui nous aide à bien saisir ce que Dieu attend de nous, qu’on écoute plaider pour que Dieu occupe une plus grande place dans notre vie, qui nous rend apte à comprendre et à parler des choses de Dieu autour de nous ?

Voilà déjà une interpellation importante qui nous est faite par la Parole de Dieu aujourd’hui. Mais il y a aussi le contenu même de la décision prise par les Apôtres qui peut nous donner à penser. La décision qui consiste, comme ils le soulignent aux nouveaux croyants issus du monde païen, à « ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang des viandes non saignées et des unions illégitimes. »

Seules trois obligations sont énumérées dans cette décision des Apôtres qui a été discernée avec l’Esprit. La première, s’abstenir des viandes offertes aux idoles, correspond au refus de l’idolâtrie et à l’attachement au Dieu unique. La deuxième, s’abstenir du sang des viandes non saignées, se comprend dans le lien établi entre le sang et la vie. Elle évoque symboliquement le respect de la vie comme don de Dieu, et par le fait même, le refus de la violence, comme c’était déjà le cas des premières alliances de Dieu avec Caïn, Noé et Moïse. La troisième obligation, s’abstenir des unions illégitimes, rejoint le domaine symbolique de la sexualité, en prohibant ce qui porte atteinte à l’harmonie relationnelle et peut mener à la division.

Un attachement exclusif à Dieu et un rejet de la violence et de la division, voilà finalement les conditions qui ont été jugées essentielles, sous l’emprise de l’Esprit, pour entrer dans la Nouvelle Alliance que Dieu a noué avec l’humanité en son Fils.
Cette Alliance nouvelle signe une grande ouverture, alors que l’accent n’est dorénavant plus mis sur les multiples prescriptions rituelles mais sur les conditions relationnelles qui rendent possible la vie d’une communauté fondée sur l’Évangile; communauté vivante mais toujours à risque d’être fragilisée par la violence dans toutes ses formes.

Et c’est aussi par son Fils que Dieu communique à l’humanité l’antidote contre cette violence. Un Fils livré au monde comme Prince de la paix et que l’évangile nous présente comme porteur de cette paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » Ces mots résonnent au cœur du discours d’adieu de Jésus à ses disciples, alors même que toute la violence et la haine du monde se déchaineront sous peu sur lui. Mystère d’une paix donnée au cœur même de la mort, la plus violente qui soit, du Fils de Dieu.

Quelle réponse Dieu a-t-il donné à la violence ? Il s’est offert lui-même en son Fils par Amour. L’Amour est la réponse définitive et décisive de Dieu face à tout ce qui divise, déchire, déshumanise. L’amour, qui n’est autre que Dieu lui-même. L’amour qu’il nous communique par son Esprit. Et seul l’amour nous permet de surmonter les courants de violence : ceux que nous rencontrons et subissons, mais aussi ceux qui sont en nous, toujours prêts à se manifester de manière insidieuse ou brutale.

Et nous, dans notre vie, sommes-nous capables, au cœur des forces de division tapies en nous, de nous laisser apaiser par l’Esprit de paix ? Sommes-nous disposés à nous faire nous-mêmes ambassadeur de cette paix par nos gestes et par nos paroles ? Laissons-nous cet Esprit nous conduire sur les pas de l’Évangile de la paix; nous pacifier pour que résonne en nous cette parole de Jésus au seuil de sa Passion : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » ?

C’est en fin de compte le même Esprit qui peut éclairer notre intelligence dans le discernement de ce qui est bon et qui peut guider notre cœur dans l’engagement dans ce qui est bon et pacifiant. L’Esprit Saint et nous. L’Esprit Saint en nous.

Car laisser notre cœur et notre tête être conduits par l’Esprit dans notre adhésion amoureuse au Christ, c’est laisser Dieu venir habiter en nous, comme Jésus nous le rappelle dans le passage de l’évangile de Jean : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui nous ferons une demeure. » C’est tout simple : « si quelqu’un m’aime ». Il n’y a pas d’autre condition que l’amour.
Tout comme le passage de l’Apocalypse décrit une cité céleste au cœur de laquelle Dieu lui-même est devenu sanctuaire, c’est nous dans notre union au Christ qui devenons la demeure de Dieu, grâce à l’Esprit d’amour qui nous habite. Quelle grande destinée nous est ouverte ainsi par le Mystère de Pâques! Mystère par lequel Dieu nous fait communier à la vie du Ressuscité et nous fait ainsi déjà partager, aujourd’hui même, sa propre Vie.
« L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. ». Accueillant Dieu dans notre vie, nous sommes à notre tour envoyés pour porter et témoigner cette Bonne Nouvelle du salut à nos frères et sœurs autour de nous. Acte de l’Esprit qui agit en nous. Acte d’amour qui nous conduit avec d’autres et pour d’autres, à l’expérience de la joie.

Un commentaire

  1. Marthe Arsenault says: · ·Répondre

    Votre homélie, L’Esprit saint et nous m’éclaire sur la signification des trois obligations , Ac 15, 1-2-22-29., m’éclaire aussi sur l’aide de l’Esprit Saint pour saisir ce que Dieu attend de nous, pour discerner Sa volonté et pour nous rendre apte à comprendre et à parler des choses de Dieu autour de nous.
    Merci beaucoup !

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