Les évangiles de l’Avent 2019

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Introduction : le sens de l’Avent

Rappelons comment la fête de Noël s’est fixée dans les premiers siècles de l’Église. Dans l’hémisphère nord, la lumière du soleil diminue depuis le solstice d’été le 21 juin jusqu’au solstice d’hiver le 21 décembre. Le jour est donc de plus en plus court et la nuit de plus en plus longue jusqu’à ce que le mouvement inverse reprenne. Les Romains de l’époque impériale, aux premiers siècles de notre ère, célébraient la fête du sol invictus, le « soleil invaincu ». Alors que le soleil est de plus en plus bas à l’horizon, le chrétien ravive son attente de la vraie lumière du monde, Jésus Christ. Il est apparu dans sa double venue : la première à Bethléem, la seconde à la fin des temps.

L’Avent est le temps du désir de Dieu. Dieu aussi attend, lui qui est entré dans le temps et dans l’histoire. Il attend et espère la réponse à son offre en Jésus Christ, il espère le plein développement chez ceux qui l’ont déjà accueilli. Les lectures sont semblables à celles des deux dernières semaines du temps ordinaire avec un ton apocalyptique. On y parle aussi beaucoup de l’espérance, de temps nouveaux. Les anciennes prophéties ne nous rapportent pas à un passé révolu mais éclaire notre présent en donnant une direction et un sens à notre attente. L’appel des prophètes appelle à la conversion, à l’attention, à la vigilance, au discernement. Les textes nous disent que le Seigneur qui est venu vient encore et viendra encore. Ils nous invitent à l’accueillir dès maintenant, sans tarder.

Le temps de l’Avent occupe donc les quatre dimanches avant Noël. Si la fête de Noël tombe un lundi, le temps de l’Avent ne dure que trois semaines.

Le passage entre le long temps ordinaire et le temps de l’Avent se fait subtilement et presque subrepticement. En effet, les deux dernières semaines comportent le thème de la fin du monde, à partir du 33e dimanche, on lit des livres comme 1-2 Maccabées, Daniel, l’Apocalypse. Le dernier dimanche du temps ordinaire, le Christ Roi, est orienté vers le règne éternel et universel de Jésus Christ à la fin des temps, qu’on appelle de son nom grec, la Parousie.

Pour les évangiles, on lit ce qu’on appelle le « discours eschatologique » de Jésus. Il s’agit de Mt 24; Mc 13 et Lc 21. Dans ce discours qui se trouve chez les trois évangiles synoptiques, Jésus opère un télescopage. C’est-à-dire qu’il part d’un événement précis qu’il élargie et universalise. L’événement, c’est la prise de Jérusalem par l’armée romaine et la destruction du temple. L’élargissement, c’est la fin du monde. Jésus passe donc de la fin d’un monde à la fin du monde. La fin d’un monde, le monde juif, à la fin du monde entier. L’un étant considéré comme le signe ou le précurseur de l’autre.

Rappelons quelques dates :

  • Le premier temple a été construit par le roi Salomon, fils de David, autour de l’an 950 avant notre ère. Il a été plusieurs fois restauré et remanié au cours des siècles suivants.
  • Ce premier temple a été détruit par le roi Nabuchodonosor et les armées babyloniennes en 587. C’est la période de l’exil.
  • À la faveur du passage à l’empire perse, les exiles peuvent rentrer et construire le second temple en 515.
  • C’est ce petit temple que le roi Hérode le grand va restaurer et agrandir. C’est le temple qu’a connu Jésus.
  • Lors de la révolte juive de 68 de notre ère, les armées romaines mettent le siège devant Jérusalem et la prennent en l’an 70. Ils détruisent le temple, qui ne sera jamais plus rebâti.

On va dire que Jésus n’a pas connu la destruction du temple, qui a eu lieu en 70. Mais Jésus se présente en prophète qui entrevoit à la fois le destin prochain du temple, à savoir sa destruction, et son destin lointain, à savoir la destruction du monde.

Il faut mesurer l’impact de cette destruction sur le judaïsme. Pendant des siècles, le temple a été au cœur de la vie juive. C’est surtout vrai pour la période du premier temple, où la religion juive reposait en grande partie sur les sacrifices. Or, juste avant l’exil, la réforme du roi Josias qui n’admettait de sacrifices que dans le temple ainsi que la synagogue, au retour de l’exil, avaient changé la relation avec le temple. Désormais la vie juive se déroulait autant en prières et lectures des textes bibliques qu’en sacrifices. Le résultat fut que la destruction du temple par les Romains ne fut pas une si grande catastrophe et que le judaïsme a pu survivre en se concentrant sur la Torah et la prière.

Le problème, c’est que, dans le discours eschatologique, Jésus passe d’un plan à l’autre sans toujours nous avertir ou nous permettre de faire la transition, d’où une certaine impression d’étourdissement parce qu’on n’est pas certain où on se trouve. Cela explique qu’il y ait des survivants.

Le temps de l’Avent est divisé en deux parties. La première partie va du premier dimanche jusqu’au 16 décembre. On y continue la médiation sur la fin des temps sous le thème du second et définitif retour du Christ. L’année liturgique commence donc comme la précédente avait terminé sans choc perceptible. L’Église attend la venue de son Seigneur, l’avènement de celui qui viendra dans l’avenir. Nul ne sait ni le jour ni l’heure, mais il faut que se maintienne l’attente et l’espérance. Aussi, au dernier dimanche du temps ordinaire, on lit une partie du discours eschatologique d’un évangéliste, disons comme cette année Luc, pour passer au premier dimanche de l’Avent à une partie du discours eschatologique d’un autre évangéliste, Matthieu cette année. C’est subtil mais un peu mêlant.

La deuxième partie du temps de l’Avent va du 17 au 24 décembre et est orientée plus directement vers la première venue du Christ en Jésus de Nazareth. Cette partie est donc davantage orientée vers la célébration de Noël. On y lit les prophéties messianiques majeures. L’évangile est pris dans les évangiles de l’enfance de Matthieu ou Luc.

Entre ces deux dimanches, le premier et le quatrième, il y en a deux. Ces deux dimanches sont centrés sur la figure de Jean Baptiste, le précurseur. Il faut s’arrêter un moment pour bien comprendre son rôle. Il y a deux aspects à considérer :

  • Arrivée du roi, Parousie. « Pensons ancien ». Qu’il me soit permis de le dire au moins une fois. À l’époque, il n’y avait pas d’internet, pas de télévision ou de téléphone, pas de journaux ou de réseaux sociaux. Les nouvelles voyageaient lentement. Les personnalités importante n’étaient pas bien connues. On savait bien qui était le roi, mais comme sa photo ou des vidéos de lui ne passaient pas par milliers sur les réseaux sociaux inexistants, le roi pouvait se promener dans une foule sans que personne ne le reconnaisse jamais. Quand le roi se déplaçait, cela suscitait tout une organisation. Préparer sa venue signifiait réunir les officiels et gens importants, décorer la ville ou le palais, préparer un somptueux repas pour plusieurs invités, etc.
  • C’était donc le rôle de « héraut » de proclamer des messages publics (sans micro!) et de faire les annonces importantes. C’était aussi son rôle de désigner les personnes importantes.
  • C’est ce que fait Jean Baptiste. Il annonce la venue du roi et la préparation que cette venue requiert.
  • Dans le judaïsme, il y a quelque chose de plus à considérer. Annonce de la venue du Messie et du retour d’Élie. Les prophéties annonçaient la venue d’un messie fils de David qui allait restaurer le royaume de David. Comme signe annonciateur, le prophète Malachie (3,23-24), mais surtout la tradition juive postérieure, affirmait le retour du prophète Élie avant la venue du Messie.
  • Pourquoi Élie? Parce qu’Élie est le premier et le plus grand des prophètes yahwistes de l’Ancien Testament. C’est lui qui a poussé à strict yahwisme (1 R 18). Lors de la transfiguration, ce sont Moïse et Élie qui se trouvent aux côtés de Jésus. Moïse représente la loi, Élie représente les prophètes.
  • Ce sont les bases du choix des lectures du temps de l’Avent.

La distribution des lectures des quatre dimanches

  • Dimanche 1 : fin des temps, transition subtile avec les derniers dimanches du temps ordinaires.
  • Dimanche 2 : Jean Baptiste
  • Dimanche 3 : Jean Baptiste
  • Dimanche 4 : évangiles de l’enfance dans Matthieu ou Luc.

L’année liturgique

  • Cycle dominical de trois ans : Matthieu année A; Marc année B; Luc année C.
  • Jean est réparti dans le temps pascal des trois années.
  • L’année liturgique 2019-2020 sera l’année A, où on lira l’évangile de saint Matthieu,

1er dimanche de l’Avent, 1er décembre 2019 : Is 2,1-5; Ps 121; Rm 13,11-14a; Mt 24,37-44

Venue du Seigneur à la fin des temps.

Après avoir lu le discours eschatologique selon l’évangile de Luc dans la dernière semaine du temps ordinaire, le 1er dimanche de l’Aven propose un passage de ce même discours dans l’évangile de Matthieu, puisqu’on commence son année, l’année A.

Cet évangile comporte deux parties : d’abord un rappel de la destruction par le déluge, puis la première des trois paraboles sur l’attente vigilante.

Jésus y compare sa venue avec le déluge. Rappelons ce que tout le monde sait. Le récit du déluge se trouve en Gn 6-9 et décrit comment le monde entier a été détruit par une immense inondation. Seul Noé et sa famille ont survécu dans une arche où il avait amassé tous les vivants afin d’assurer leur pérennité.

Il est important de bien évaluer la signification du récit du déluge. Nous ne posons pas ici la question de l’historicité, qui dépasse notre propos. De toute façon, cette question n’est même pas soulevée ici. Bien sûr, il s’agit de la destruction du monde. Mais, le déluge, c’est bien plus que cela.

Le récit des 11 premiers chapitres de la Genèse est comme une histoire continue où les événements s’appellent les uns les autres.

  • Gn 1 présente ce que nous appelons la « création du monde » comme une émergence d’un chaos aqueux. Si on lit bien le texte, tous les êtres sont comme contenus en germe dans ce chaos primordial duquel Dieu les fait sortir.
  • Gn 2-4 présente les trois relations fondamentales de l’humain. 1- Avec Dieu; 2- Avec les autres humains; 3- Avec la terre. Gn 2 les pose, Gn 3 présente la brisure de la relation avec Dieu; Gn 4 la brisure de la relation avec les autres humains.
  • Gn 6-9 présente le déluge comme un châtiment divin à cause de la méchanceté des humains. Une lecture attentive du texte montre que le monde retourne au chaos originel. Il s’agit en fait d’une « décréation » en vue d’une « recréation ».
  • Il faut insister sur le but ultime de toute l’entreprise. Ce n’est pas tant la destruction du monde, que sa recréation sur de nouvelles bases, afin de mieux repartir.

Ce qui pourrait surprendre ici, c’est que la description de la fin ne semble pas correspondre pas à une fin. « L’un sera pris, l’autre laissé ». Comment ça? Est-ce que la fin du monde ne tuera pas tout le monde? Les commentateurs suggèrent de comprendre « être pris » ou « être laissé » par rapport au règne de Dieu. Ceux qui auront accepté le règne de Dieu dans leur vie seront pris avec la Fils de l’homme lors de sa venue. Quant à ceux qui ne l’ont pas accepté, ils seront laissés en dehors du règne de Dieu qu’ils ont refusé.

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus insiste donc surtout sur l’aspect soudain ou inattendu de la fin. Les exemples qu’il donne représentent en effet des actes pour la continuation de la vie. Manger, boire, avoir des enfants, tout indique que personne n’entrevoir la fin prochaine et que tout le monde prévoit continuer à vivre. La deuxième partie de l’évangile continue la méditation sur l’aspect inattendu de la venue finale du règne.

C’est surprenant. En effet, le discours eschatologique est connu pour sa liste des signes avant-coureurs, comme les guerres, les épidémies, les catastrophes naturelles. Les gens « fragiles » (appelons-les comme ça) se plaisent à déblatérer sur ces signes et à montrer comment ils sont présents et à l’œuvre aujourd’hui, signe évident (!) que la fin est toute proche. Mais le texte conclue en affirmant : « Mais ce ne sera pas encore la fin ».

Cette insistance de Jésus sur l’aspect inattendu du retour final est rafraîchissant, il me semble. Ce signifie qu’il ne faut pas s’énerver avec l’interprétation des signes. Quoi qu’il en soit, quoi qu’il arrive, le règne arrivera de façon tout à fait inattendue.

En effet, dans la version de Matthieu, le discours eschatologique de Jésus est suivi de trois paraboles sur l’attente attentive et vigilante. La première de ces trois paraboles est celle sur le maître de maison qui ne savait pas quand le voleur viendrait. La deuxième parabole est bien connue, la parabole des vierges folles et des vierges sages. Quant à la troisième parabole, elle est aussi bien connue, c’est la parabole des talents.

Le message de ce premier dimanche de l’Avent est donc de ne pas relâcher notre garde et d’être toujours prêt, toujours en attente parce que personne ne sait quand Jésus viendra.

 

2e dimanche de l’Avent, 8 décembre 2019 : Is 11,1-10; Ps 71; Rm 15,4-9; Mt 3,1-12

Premier des deux dimanches sur le précurseur, Jean Baptiste.

Comme les dimanches de l’Avent l’emportent liturgiquement sur toute autre fête, la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie est reportée au lendemain, lundi 9 décembre.

L’entrée en scène du précurseur, celui qui, comme nous disions, annonce la venue du roi, est pleine d’allusions théologiques.

  • D’abord une citation d’Is 40,3 légèrement modifiée (« voix qui crie : dans le désert préparez » vs « voix qui crie dans le désert : préparez »).
  • Ensuite une allusion à Élie grâce au vêtement et à la nourriture (2 R 1,8).
  • Baptême par Jean dans le Jourdain. Rite nouveau dans le judaïsme, peut-être d’origine essénienne.
  • Conversion qui se traduit dans des actes concrets.
  • Solidité de la foi, comme un grand arbre. La fin est présentée comme un grosse hache qui va éprouver la solidité de l’arbre.

Le mot clé est « conversion », c’est-à-dire « retournement, changement ». Prise de conscience.

 

3e dimanche de l’Avent, 15 décembre 2019 : Is 35,1-6a.10; Ps 45; Jc 5,7-10; Mt 11,2-11

Second des deux dimanches sur le précurseur, Jean Baptiste.

Il semble bien que, si Jean Baptiste n’a pas de doute, du moins se pose-t-il des questions. Comme on voit souvent dans les évangiles, Jésus ne correspondait pas toujours en en tout au messie attendu. On connaît, en effet, les ambiguïtés politiques de l’attente messianique. Écrasés par la domination romaine, les Juifs étaient à l’aise avec un Messie guerrier et vengeur pourvu qu’il libère son peuple de l’empire romain.

Jésus lui répond en faisant la liste de ses œuvres bonnes. On affirme généralement qu’il y a une série de citations d’Isaïe indiquant l’arrivée des temps messianiques.

Puis il conclut avec une phrase énigmatique : « Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ». On sait que le mot ici est, en fait, « scandale ».

Jésus semble conscient que le bien n’est pas nécessairement ce que les gens veulent et attendre. Au lieu de la guérison des malades et de la justice pour les pauvres et les opprimés, certains préfèrent la mort des oppresseurs et l’expulsion des méchants. C’est paradoxal, mais l’évangile de paix n’est pas ce que tout le monde veut. Il est possible que certains soient « scandalisés » par Jésus et son message. Jésus espère que non, mais c’est une possibilité. Jésus espère bien que Jean Baptiste, surtout, ne sera pas scandalisé par lui et acceptera son message.

Le reste de l’évangile discute la mission de Jean Baptiste. Pour déplacer les gens au désert, il faut une bonne raison. Si tant de gens allaient voir Jean Baptiste au désert, c’est que Jean Baptiste en valait la peine. Non?

Encore une fois, c’est l’ambivalence de Jean Baptiste qui ressort ici. D’un côté, il plaît, d’un autre côté, il déplaît. D’un côté, il attire; de l’autre, il repousse. On peut le voir dans le récit du martyre de Jean Baptiste dans la version de Marc (6,17-29). On veut sans vouloir, on avance à reculons.

Encore ici, Jean Baptiste est confirmé dans sa mission de prophète et dans son identification au prophète Élie qui doit venir, grâce à la citation de Malachie 3,1.

Le texte conclue par une hiérarchie. Le plus petit dans le Nouveau Testament est infiniment plus grand que le plus grand dans l’Ancien Testament. Cela pourrait être considéré comme très choquant aujourd’hui, à une époque de dialogue inter-religieux.

 

4e dimanche de l’Avent, 22 décembre 2019 : Is 7,10-16; Ps 23; Rm 1,1-7; Mt 1,18-24

Ce dimanche est toujours dans le seconde partie de l’Avent, la neuvaine préparatoire à Noël. On y lit un texte des évangiles de l’enfance de Matthieu ou Luc.

En cette année A, on lit évidemment l’origine de Jésus dans l’évangile de Matthieu. Matthieu concentre cette première partie de son évangile, non pas sur la figure de Marie, comme Luc, mais sur celle de Joseph. C’est une perspective plus juive, plus patriarcale, commune à l’époque.

On a ici le texte qui suit immédiatement la généalogie de Jésus qui ouvre l’évangile de Matthieu. Matthieu résume en une phrase ce que Luc raconte plus longuement dans sa version de l’évangile de l’enfance. Il faut comprendre que, dans la société juive ancienne, les fiançailles liaient déjà les époux et requéraient leur fidélité mutuelle.

Ensuite, le texte décrit ce qui est arrivé quand Joseph s’est aperçu que sa fiancée était enceinte. Le texte ne dit pas comment, mais ce n’est pas difficile à imaginer. Quand une femme est enceinte, ça se voit rapidement. Ceux qui connaissent les évangiles apocryphes se rappelleront la réaction violente de Joseph quand il apprend que Marie est enceinte.

Ici, rien de tel. Joseph « qui était un homme juste » ne voulait pas la dénoncer publiquement. Cette affirmation est surprenante. En effet, si Joseph avait été un homme juste, il aurait dû dénoncer Marie publiquement, comme le lui demandait la loi. La renvoyer en secret la condamnait à une vie d’errance et de pauvreté. Mais Joseph aurait lavé son nom et son honneur. Toute une justice, n’est-ce pas?

En fait, il faut comprendre le texte à partir de la loi ancienne. Si Joseph dénonce Marie, elle sera convaincue d’adultère et elle sera lapidée. C’est cela que Joseph, semble-t-il, voulait éviter. Faut-il en conclure à l’amour entre Marie et Joseph? Sans doute. La solution qu’il choisit est un moyen terme qui peut paraître acceptable.

C’est alors qu’intervient l’ange du Seigneur qui, encore une fois, dérange le sommeil de Joseph. L’ange annonce le projet divin à Joseph, qui accepte. Non seulement Joseph est juste, mais il est aussi humble.

L’ange du Seigneur indique aussi le nom à donner à l’enfant : Jésus. C’était un nom assez commun à toutes les époques. Dans l’Ancien Testament, on le retrouve dans Josué, Isaïe, Osée, etc. L’étymologie des noms de personne n’a généralement pas beaucoup d’importance pour nous aujourd’hui. Mais ici elle indique toute une mission. Une mission de salut et de rémission des péchés. Autrement dit, l’enfant portera bien son nom.

Pour justifier cet événement, l’ange théologien cite le prophète Isaïe, la fameuse prophétie de l’Emmanuel (Is 7,14). Le contexte original du prophète Isaïe lors de la guerre syro-éphraïmite de 734 où les roitelets de Syrie et d’Israël s’étaient coalisés pour forcer le roitelet de Juda à entrer en alliance contre la toute-puissante Assyrie. Le signe donné par le prophète Isaïe était alors le roi Ézéchias.

Le texte d’Isaïe vient de la Septante grecque qui porte explicitement « une vierge », alors que le texte hébreu avait « jeune fille », qu’on supposait vierge évidemment. Cette différence permet à Matthieu de souligner la naissance inhabituelle de Jésus.

Par cette citation, c’est toute la longue tradition de l’attente messianique qui est résumée.

Il y a encore des gens qui demandent comment c’est possible que le Messie s’appelle à la fois dans ce texte Jésus et Emmanuel. Non, l’un n’est pas le nom propre et l’autre le nom de famille. Il ne s’agit pas de M. Jésus Emmanuel. Emmanuel est un nom symbolique qui tire son sens de son étymologie. Dans son livre, ainsi que dans le livre d’Osée par exemple, plusieurs enfants reçoivent un nom symbolique afin d’en montrer la mission. Le Messie s’appellera donc Jésus et il sera la façon dont « Dieu sera avec nous ».

Le texte se conclut sur l’obéissance de Joseph. C’est donc la figure de Joseph qui ressort de ce récit, Joseph juste, humble et obéissant.

 

0 Commentaires

Ajouter un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *