Le premier fruit de la Résurrection.

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Sœurs et frères, pendant la semaine qui suit Pâques, l’octave, nous nous laissons aller à la joie. C’est tous les jours Pâques. C’est la semaine de la Création nouvelle et saint Jean qui nous parle ici d’une apparition du ressuscité aux disciples le soir de Pâques évoque les grands trésors du monde nouveau : La Paix soit avec vous — c’est à dire la plénitude de la vie et de la joie ; la guérison de nos liens abîmés, une harmonie universelle avec soi, les autres, l’univers et Dieu. C’est le premier fruit de la résurrection.

Et ce n’est pas tout : nous découvrons que la proximité de Dieu montrée en Jésus, la surabondance de son pardon, l’intensité de sa tendresse pour le monde ne s’arrêtent pas avec la glorification du Christ : cela doit se prolonger à travers les disciples de Jésus. Voilà pourquoi, déjà, l’Esprit-Saint est donné pour soutenir la mission la plus essentielle : remettre les péchés, libérer les humains de leurs entraves, proclamer que Dieu aime gratuitement. Pour cette responsabilité de prolonger sa mission, Jésus compte sur nous. Elle est si grande que saint Jean va jusqu’à dire qu’ils pourraient maintenir leurs péchés à certains : Cela ne signifie pas qu’il faut le faire, mais qu’en Église nous avons la responsabilité de manifester à l’univers la grande tendresse de Dieu et sa Grâce.

C’est dire que la tendresse divine ne quitte pas le monde, avec la glorification du Christ. C’est ce que tous les récits d’apparition lus cette semaine font comprendre : l’amitié divine qui s’est montrée en Jésus de Nazareth n’a pas changé. C’est l’expérience des premiers témoins sur laquelle notre foi est bâtie. C’est émouvant et troublant : ils ont mangé avec lui !

C’est émouvant et troublant de voir Jésus montrer ses blessures : là encore, ça signifie que sa glorification n’a pas effacé son histoire intime avec l’humanité, histoire faite de fraternité, de violence et de souffrance.

Le Christ ressuscité, ce n’est pas le Logos divin rétabli dans sa divinité inaltérable, celle d’avant l’incarnation : Le Christ ressuscité, c’est Dieu altéré, qui ne sera plus jamais « comme avant », Dieu qui a pris en lui notre histoire — en particulier cette souffrance et cette douleur — car il n’a pas fait comme si. Les blessures sont la trace éternelle des douleurs de Jésus, et la trace de tout ce qui touche Dieu : car il s’est laissé toucher par son ami humain, il s’est laissé blesser, altérer, atteindre.

En ce sens les blessures du Christ nous parlent comme une écriture, comme les Écritures. Et que disent-elles ? Elles disent les promesses de Dieu depuis le commencement : elles disent sa promesse de vie pour l’univers, pour l’humanité, pour les pécheurs, pour qui pleure, qui a faim de justice, pour l’innocent bafoué, pour moi, pour chacune et chacun.

Elles disent que la Parole divine se risque dans notre histoire, se confronte à notre violence, se laisse engloutir par la mort, et intègre nos croix, au cœur de Dieu.

Le corps de Jésus blessé n’est-il pas comme le Livre ouvert où se concentre toute l’Écriture, toute la promesse, le logos qui crée et qui relève, qui pardonne et guérit, qui enseigne et juge, qui console et bénit, qui recueille même notre cri à la façon des psaumes ?

Alors quand saint Thomas avance son doigt vers le côté ouvert et les mains blessés du ressuscité, j’oserai dire qu’il fait comme les rabbins dans les synagogues quand ils suivent de leur doigt les lignes écrites sur les rouleaux de la Torah afin de lire. Car il s’agit bien de lire et de relire encore les Écritures où la Promesse divine est enclose, de lire le corps crucifié qui dit cette promesse avec une force inégalée. C’est le génie de saint Jean, qui a compris que lire la Promesse dans le creux des blessures de Jésus, c’est oser le toucher – et pas seulement manger avec lui – car le sens du toucher est le seul à être toujours réciproque : on ne peut toucher sans être touché. Alors l’Incarnation prend tout son sens.

Il est important de nous référer à cette Promesse de Dieu manifestée dans les Écritures et en Jésus, de l’écouter attentivement si nous voulons un jour croire en la résurrection. Car le vrai problème des disciples incrédules et de tous ceux qui pensent que l’évidence d’une apparition serait la clef de la foi, c’est de faire de la vision un argument imparable qui ne laisse plus le choix. Mais ça, ce n’est pas la foi. La foi reste libre. Si Jésus et les prophètes reprochent à leurs auditeurs d’avoir le cœur dur en réclamant toujours des signes, c’est parce qu’ils aimeraient que ces auditeurs apprennent à écouter la Parole et à comprendre que Dieu tient sa Promesse.

Croire sans avoir vu, ce n’est pas croire aveuglément, par obéissance : c’est croire après avoir écouté la promesse de Dieu, librement ; c’est découvrir que la résurrection n’est pas à croire parce qu’elle est merveilleuse et éclatante, imposante, mais parce qu’elle est la réponse, la réalisation de la Promesse, la clef qui donne cohérence à ce monde et à nos vies.

La résurrection est l’aboutissement de la Parole que Dieu dit à l’humanité depuis toujours. Promesse recueillie par un peuple particulier, elle en est l’accomplissement pour l’univers et chacun de nous. Ah ! Si tous les Thomas du monde pouvaient entendre cette promesse ! S’ils voulaient bien lire l’Écriture gravée sur le corps crucifié, ils pourraient, peut-être, s’éveiller librement à la possibilité de croire. Rencontrer des disciples de Jésus qui prolongent son geste libérateur les entraînerait peut-être ? Alors le souffle de Dieu, l’Esprit-Saint qui a relevé Jésus d’entre les morts se fera sentir sur leurs visages, comme pour les façonner en des êtres vraiment vivants et capables de devenir, eux aussi, pour ce monde, visages de la réconciliation.

fr. Jean-François Bour, o.p.

0 Commentaires

Ajouter un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *