Prêcheur de la Parole et Donateur de Pain et de Vin
Le Christ n’était pas seulement le Prêcheur de la Parole, comme si ses auditeurs étaient des esprits purs, désincarnés. Il était aussi le Donateur du pain et du vin en abondance. Les miracles de multiplication de pains et le miracle de la transformation de l’eau en vin, aux noces de Cana, le montrent bien (cf. Jn 2, 7-9). Il sait de quoi nous sommes faits (cf. Ps 103(102), 14). Comme notre Créateur et Sauveur, Il sait que nous sommes faits de corps, d’âme et d’esprit. Par conséquent, notre nourriture ne peut être seulement la nourriture spirituelle qu’est la Parole de Dieu (cf. Mt 4, 4). Elle est aussi une nourriture matérielle, une nourriture physique, le pain et le vin ordinaires pour nourrir notre corps.
En cela, Jésus connaissait bien l’impératif de l’action humanitaire, devant les besoins de ses concitoyens. On pourrait bien interpréter ses miracles dans la perspective de l’action humanitaire. Il a de la compassion envers la foule, il prend soin des malades en les guérissant (cf. Mt 14, 14) et il pourvoit du pain et du poisson pour les nourrir (cf. Mt 14, 18-20). Il montre que Dieu est le Dieu des affamés. Sauf que, chez Jésus, l’humanitaire est en vue de Dieu et du Royaume de Dieu. C’est pour ouvrir les êtres humains au salut de Dieu.
Jésus met à l’épreuve notre foi, notre cœur
« Donnez-leur vous-même à manger. » Cette parole du Christ, lors de la première multiplication des pains, met à l’épreuve les disciples. On peut présumer la riposte de ceux-ci à sa demande par ces paroles de la deuxième multiplication des pains : « D’où viendra-t-il dans le désert assez de pains pour rassasier une telle foule ? » (cf. Mt 15, 33 ; Mc 8, 4 ; Jn 6, 5) Plus encore, continuent-ils, « Deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun reçoive un morceau. » (Jn 6, 7 ; Mc 8, 37) Mais le Chris leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Cette parole du Seigneur met aussi à l’épreuve notre foi, notre espérance et notre charité dans le règne de la faim et de la soif, de la misère et de la pauvreté qui dévorent le monde. Voyez-vous ! Il n’y a pas que les feux qui brûlent les forêts d’Europe et de l’Amérique du Nord. On ignore le plus souvent les feux de la pauvreté et de la misère, de la famine et de soif qui brûlent dans le silence et tuent par milliers. « Donnez-leur vous-même à manger. » Cette parole du Christ interpelle notre foi chrétienne. La foi qui croit c’est aussi la foi qui donne. Les mains de la foi sont la charité. L’espérance est le cœur de la foi, l’espérance en le Dieu qui pourvoit À la mesure de notre compassion et de notre charité envers les autres. « Donnez-leur vous-même à manger. »
Cette parole du Christ interpelle nos greniers, nos frigos, nos cartes et comptes bancaires, nos possessions et nos avoirs. Elle interpelle nos ressources de vie, pour les besoins existentiels humains. Car « Donnez-leur vous-même à manger » veut dire aussi : donnez-leur aussi à boire selon que l’eau et même le vin font partie du repas. Cette demande s’étend aux œuvres de la miséricorde (Mt 25, 35-36) et autres besoins vitaux humains.
L’urgence du pain et de l’eau
En multipliant les pains, Jésus sait bien que le pain et l’eau sont cliniques c’est-à-dire médicaux. Ils sont les premiers médecins et les premiers médicaments des êtres humains. Nous sommes plus que jamais dans l’urgence du pain et de l’eau et même du vin, dans un monde malade, violent et en guerre, avec les injustices, les misères et les pauvretés qui vont avec. Je rends grâce à Dieu pour tous vos efforts, efforts pour pouvoir au pain et à l’eau. Beaucoup d’entre vous restent parfois affamés afin de rassasier les autres, ici ou ailleurs.
La fin de la scène de multiplication rapporte qu’il y a eu reste de douze paniers pleins de pains et de poissons multipliés. J’aurais bien aimé savoir ce que Jésus fit de ces restes, comment Il les a utilisés. Car, sûrement, ils n’ont pas été jetés. Les poubelles sont le réfectoire de milliers de familles au monde. Car, si certaines tables sont garnies en abondance et même surabondance, d’autres le sont moins et mêmes sont vides. Ce ramassage des restes nous interpelle beaucoup, sur la question des restes alimentaires, dans les sociétés et les maisons d’abondance. Que faisons-nous de nos restes ? Vont-ils à les poubelles ou pouvons les offrir au réfectoire des pauvres, comme le faisait le brave prêtre, en France, au siècle passé ?
La nourriture des pauvres
La nourriture des pauvres et affamés est avec nous et chez nous
Elle est dans nos cœurs pour qu’avec eux on partage ce qu’on a
Elle est dans nos pensées pour qu’on pense à eux
Elle est dans nos regards pour qu’on voie leur indigence et compatisse
Elle est dans nos mains pour qu’avec eux on partage les fruits de nos travaux
Elle est sans nos pieds pour qu’on court les secourir
La nourriture des pauvres est avec nous et chez nous
Elle est dans nos maisons / Elle est dans nos frigos
Elle est dans nos greniers / Elle est dans nos plats
Elle est dans nos champs / Elle est dans nos comptes bancaires
Elle est dans nos cœurs / Elle est dans notre compassion
Elle est dans notre attention / Elle est dans nos mains / Elle est dans nos pieds
La nourriture des pauvres et affamés est avec nous et chez nous
Donnons-leur à nous-mêmes à manger.
-Le Livre des cœurs
L’Eucharistie, Pain et Poisson de Vie éternelle
Surtout, donnons-leur le Christ Eucharistie qui est la Nourriture et la Boisson perpétuelle, la Nourriture et la Boisson de Vie, le Pain et le Poisson de Vie. Comme si donner à manger et boire ne suffisait pas, à la fin de son ministère, Il s’est donné Lui-même comme Pain et Vin de Vie (cf. Jn 6 ; 15, 13). Les gestes qu’il pose, dans ce récit de la multiplication des pains, sont semblables à ceux qu’il posait lors de l’institution de l’Eucharistie. Il prit les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, prononça la bénédiction ; puis, Il rompit les pains et les donna à ses disciples qui, à leur tour, les donna aux foules (cf. Mt 14, 20 ; Mt 26, 26-28). Une manière de dire que la multiplication des pains est prophétique de l’Eucharistie, le don de son Corps et son Sang pour la Vie de monde, Vie des affamés de Dieu que nous sommes. Le Christ se donne gratuitement, sans frais (cf. Is 55, 1-3). C’est en cela que l’amour de Dieu est plus fort que tout et que rien ne pourra nous y séparer comme dit Paul (cf. Rm 8, 35.37-39).
Is 55, 1-3 ; Ps 144 (145) ; Rm 8, 35.37-39 ; Mt 14, 13-21