L’âne et le bœuf (conte de Noël)

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Un âne et un bœuf étaient en train de brouter dans un champ près du village de Bethléem.

Le bœuf dit à l’âne : « As-tu entendu dans le village ces gens qui racontent que celui que nous attendons depuis si longtemps doit venir bientôt ? »

L’âne lui répond : « Bien-sûr que j’ai entendu, je ne suis pas sourd. Mais je n’en crois pas un mot. Et toi, monsieur le bœuf, qui attends-tu ? »

Le bœuf dit : « Un chef aux pleins-pouvoirs, un roi glorieux qui trône et qui gouverne, un sauveur qui libère et qui impose la paix. Bref, j’attends Dieu, il n’y en a pas d’autre, celui qui doit venir avec puissance pour imposer son règne de justice. Devant lui, je fléchirai le genou, ou plutôt le jarret. »

En entendant cela, l’âne est à deux doigts de s’étouffer. Le bœuf lui tape un peu dans le dos pour que l’âne reprenne un peu ses esprits : « Pourquoi t’étouffes-tu ainsi ? En attends-tu un autre, toi ? »

L’âne lui répond : « Moi, je n’attends personne. Le jour où ton soi-disant sauveur fera des miracles, alors oui, peut-être, je croirai. S’il guérit les malades, je croirai. S’il redonne la vue aux aveugles, je croirai. S’il purifie les lépreux, je croirai. Bref, je crois qu’on peut toujours attendre. »

Les deux compères continuèrent la dispute en broutant, mais il se faisait tard et déjà le jour baissait. Une grosse étoile commençait à briller dans le ciel. Ils décidèrent de rentrer à l’étable se mettre au chaud. Au loin, l’âne crût apercevoir un homme et une femme enceinte qui avaient l’air perdu. Ils se dirigeaient eux-aussi vers l’étable, probablement pour y passer la nuit.

Le bœuf semblait dérangé par ces itinérants sans toit et partagea son courroux à son ami l’âne : « Elle est bien jeune pour être enceinte celle-là ! Encore une qui a fait pâques avant rameaux. Ça ne m’a pas l’air très catholique. »

L’âne rétorqua justement : « Sois charitable. Accueillons-les pour la nuit. Imagines si c’était celui qu’elle porte en son sein le sauveur que tu attends. »

Le bœuf, un peu vexé, lui dit : « Tais-toi, tête d’âne, tu es saoul comme une bourrique. J’attends un prince, un roi, un libérateur, un sauveur, pas un pauvre bébé pas encore né ! Il n’est pas celui qui doit venir, j’en attends un autre ! »

L’âne lui fit part de sa déception. Il pensait au contraire que l’histoire serait plus belle si ce bébé était le sauveur qui doit venir, pauvre, humble, qui ne triomphe pas comme les grands de ce monde. Lui n’en attendait pas un autre.

Les deux ruminants entrèrent dans l’étable. L’homme et la jeune fille enceinte demandèrent l’hospitalité pour la nuit. Le berger leur fit bon accueil.

Le bœuf interpella la jeune fille : « Quel est ton nom ? ». Elle lui dit : « Mon nom est Marie, et lui c’est Joseph, mon fiancé ». L’âne s’étouffa une deuxième fois : « Quoi ? Vous n’êtes pas mariés ? Et puis, n’es-tu pas un peu trop jeune, toi, pour être enceinte ? » Il interpella aussi le jeune homme : « Et toi, n’as-tu pas honte ? »

Marie prit alors la parole : « Voyez-vous monsieur l’âne et monsieur le bœuf, mon fiancé n’est pas le père de mon enfant ». L’âne s’étouffa une troisième fois. Mais Marie continua : « Attends, je t’explique. Le père de l’enfant, c’est l’Esprit Saint. Il y a neuf mois, il est venu me visiter, il m’a pris sous son ombre, et il a conçu dans ma chair un enfant. Au début, je ne comprenais pas très bien ce qui se passait en moi, mais j’ai fait confiance et j’ai dit oui. C’était aussi très dur pour mon fiancé, au début il a douté de moi, et puis on a choisi de dire oui tous les deux. Depuis ce jour, nous vivons un mystère qui nous dépasse, mais nous savons que l’histoire de l’humanité se joue en ces jours-ci. Je suis toujours vierge, et pourtant, dans quatre jours, je mettrai au monde un enfant, et je serai encore vierge, pour toujours. Le nom de l’enfant est déjà choisi : Emmanuel, Dieu avec nous ; Jésus, Dieu sauve ».

L’âne n’en croyait pas ses oreilles, et le bœuf se demandait s’il n’était pas en train de devenir une vache folle. Le bœuf dit à Marie : « Es-tu en train de nous dire que le roi tout-puissant, glorieux et sauveur, que l’humanité attend depuis des siècles est en ce moment même dans ton ventre de mère ? »

Marie lui répondit : « Exactement. Ça peut paraître fou, mais dans quatre jours naîtra le sauveur du monde, celui qui délivrera chacun des êtres humains de tous les temps, le Messie, le Saint de Dieu, l’unique, le sauveur du monde ».

L’âne et le bœuf discutèrent toute la nuit. Ils décidèrent d’un commun accord de rester à l’étable jusqu’à l’accouchement, car ils voulaient être les premiers à voir l’enfant et à le réchauffer du souffle de leurs narines. C’est ainsi que le soir de Noël, il y avait un âne et un bœuf dans la crèche.

0 Comments

Add a Comment

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.