L’amour en question piège

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

C’est quoi le plus important pour vous : aimer Dieu ou aimer son prochain ? Attention, il y a un piège… Il vaut mieux réfléchir un peu avant de répondre au risque de se planter.

Jésus, lui, est un habitué des questions pièges. Il commence à avoir l’habitude de la perfidie des pharisiens. La semaine dernière, il devait choisir entre Dieu et César. Il est de nouveau pris dans un piège aujourd’hui : est-ce l’amour de Dieu ou l’amour du prochain qui est le plus grand commandement ?

Si Jésus répond que c’est aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, alors les pharisiens lui reprocheront d’aimer un peu trop les gens, d’aller chez les publicains, de se laisser oindre par une femme en public, de perdre son temps à la table des pêcheurs plutôt que d’aimer Dieu.

Si Jésus répond que le plus grand commandement de la Loi, c’est aimer son prochain, alors il contredit la grande prière juive du Shema Israël : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout ton esprit » (Dt 6, 4-5).

Alors, quel est le plus grand : l’amour de Dieu ou l’amour du prochain ? Pour Jésus, si le commandement de l’amour de Dieu est le plus grand et le premier, celui de l’amour du prochain, tout en étant second (mais pas secondaire), lui est semblable. Voilà comment Jésus déjoue le piège tendu par les pharisiens, en liant l’amour de Dieu à l’amour du prochain, et l’amour du prochain à l’amour de Dieu.

Mais cette réponse est lourde de conséquence, conséquence assumée par Jésus et que nous devons assumer, nous, les croyants. J’en vois deux : la première, c’est qu’il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer son prochain, la seconde, c’est qu’il n’est pas possible d’aimer son prochain sans aimer Dieu, au moins d’un amour divin que l’on appelle la charité.

1. Il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer son prochain. Saint Jean l’affirme : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu » et qu’il déteste son frère, c’est un menteur » (1 Jn 4, 20). Un chrétien qui sortirait de la messe en ignorant un pauvre qui lui tendrait la main serait un menteur. La foi au Christ qui ne débouche pas sur la charité est foi morte : « Quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1 Co 12, 2). Il ne suffit pas d’être en règle avec Dieu : oublier son prochain, c’est grave. La foi au Christ ne dispense pas le chrétien des œuvres de charité au service de ses frères et du prochain. Mes sœurs, mes frères, nous qui venons à la messe parce que nous aimons Dieu, cet amour doit se traduire dans nos gestes et nos paroles. Tous ceux qui ne fréquentent pas nos églises devraient voir l’amour de Dieu dans nos mains et sur notre bouche. C’est cela la foi vivante, la foi agissante, celle qui se voit car elle aboutit à l’amour de Dieu dans les actes du chrétien. C’est cela le témoignage chrétien : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces, et que cet amour se manifeste dans nos relations aux autres. C’est cela la charité : aimer son frère et son prochain du même amour que Dieu nous aime.

2. S’il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer son prochain, alors il n’est pas non plus possible d’aimer son prochain sans aimer Dieu. Alors je paraphrase saint Jean : « Si quelqu’un dit : « J’aime mon prochain » et qu’il déteste Dieu, c’est un menteur ». Vous me répondrez certainement que beaucoup de personnes dans notre monde se dévouent par amour pour les autres et n’agissent pas nécessairement au nom de leur foi : les humanitaires, les philanthropes, les personnes investies corps et âme dans les associations de lutte contre les injustices, contre la pauvreté, et qui font un travail formidable. Toutes ces œuvres au service de l’humanité, tous ces actes de bonté ont une vraie valeur. Cela semble montrer qu’il est possible d’aimer son prochain sans aimer Dieu.
Alors, c’est quoi le plus important pour vous : aimer Dieu ou aimer son prochain ? Je vous avais dit qu’il y avait un piège…

En réalité, tout amour humain n’est pas charité. Il est possible d’aimer l’autre d’un amour humain qui ne soit pas un amour de charité. Cela n’enlève rien à la sincérité de l’acte, mais quand Jésus nous parle d’amour, il nous invite à vivre de charité, et à aimer le prochain d’un amour de charité qui prend sa source en Dieu.

La charité, c’est Dieu qui, en moi, aime le monde. La charité, c’est cet amour dont Dieu nous aime et qu’il nous donne pour aimer notre prochain et pour l’aimer en retour. La charité est bien plus que nos pauvres amours humaines. Sans charité, l’autre n’est qu’un frère en humanité, mais il n’est pas encore mon prochain. C’est la charité qui me permet de reconnaître l’autre comme mon prochain et de l’aimer en vérité, et c’est la foi, inséparable de la charité, qui me fait reconnaître l’autre comme mon frère en Christ, fils du même Père par l’Esprit.

Aimer d’un amour de charité le prochain n’est pas réservé aux seuls chrétiens. Regardez tout simplement comment agit le Bon Samaritain. Il est étranger à la foi d’Israël, il pourrait être un humanitaire, il se penche sur l’homme blessé et prend soin de lui dans un acte de charité. Dieu lui donne cette grâce de la charité, et de la foi qui lui est toujours associée, et le Bon Samaritain accueille cette grâce qui lui permet de reconnaître en l’autre son prochain, et même son frère. Dieu offre sa grâce à tous, mais tous ne l’accueillent pas : il suffit de voir le prêtre et le lévite de la parabole qui passent leur chemin en voyant l’homme blessé à terre, exemple-type d’une foi morte sans charité.

Jésus lie l’amour du prochain à l’amour de Dieu. L’amour du prochain dépend de l’amour de Dieu parce qu’il s’agit du même amour, de la même charité. L’amour du prochain demande d’être enraciné dans la source de tout amour, en Dieu lui-même. C’est le Christ qui nous le révèle : en lui, Dieu se fait proche de l’homme, il se fait notre prochain. Quand j’aime mon prochain, j’aime Dieu lui-même.

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