La semence devient fruit et le fruit semence

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Prendre un enfant dans ses bras… Grand-père vivait chez nous. Souvent, il nous gardait mes frères et moi. Il nous prenait à trois sur sa berçante. Un sur les genoux, deux sur les bras de chaise. Il nous chantait, nous racontait ses histoires. Il était heureux. Nous l’étions aussi, pleins de confiance. Le seul moment redouté, celui où la montre tirée de poche nous envoyait au lit.

Cette grosse montre argentée nous faisait envie. C’était pas rare qu’un des trois demande à l’avoir. “Quand je mourrai”, était la réponse était invariable. Un jour, il en a un qui a osé plus : “Quand vas-tu mourir ?” Celui-là se voyait déjà fier héritier. Il ne savait évidemment pas ce qu’il disait.

Par trois fois, Jésus instruit ses disciples de sa Pâque. Chaque fois, Marc note qu’ils ne comprennent pas ses paroles. Aujourd’hui’ hui, il ajoute même qu’ils ont peur de l’interroger. Ça ne les empêche pas de rêver à l’héritage. Ils en discutent et se demandent qui sera le plus grand. Comme nous, ils visent le meilleur.

La réponse de Jésus est déconcertante. Se faire le dernier, le serviteur de tous pour être premier. Si c’est pure exigence morale, c’est le monde à l’envers, le contraire d’une Bonne Nouvelle. Le rêve brisé. Mais dernier et serviteur n’édictent pas une loi morale. Ils révèlent le mystère de Jésus : l’amour de Dieu pour nous.

Qu’est-ce à dire, dernier ? — Sinon, qu’il s’est dépouillé lui-même prenant la condition humaine. Lui, le Sage et le Juste, mis au rang des pécheurs. Lui, soumis aux outrages, aux tourments, à une mort infâme. Lui, abandonné de tous ; abandonné au Père qui l’a envoyé. Confiant comme l’enfant : vrai Fils de Dieu.

Qu’est-ce à dire, serviteur ? — Sinon que dans ce fils d’homme, Dieu s’est fait proche. Jusqu’à donner sa vie. Pour nous ouvrir le chemin de la vie en plénitude. Pour nous montrer son chemin d’excellence. Serviteur et enfant, ça peut se dire d’un même mot dans le grec de l’évangile. Accueillez-moi par votre vie de ser-vice : devenez comme des enfants et vous vivrez !.

Prendre un enfant dans ses bras… Jésus prend un enfant, l’embrasse, le met au milieu d’eux. Pourquoi un enfant ? — L’enfant, est espérance. Les grand-parents savent combien leurs petits-enfants les font revivre. Pour le chrétien, l’enfant est symbole de vie nouvelle. Signe de la renaissance par la foi qui ouvre l’héritage du Royaume. Signe de l’amour que le Père nous donne en Jésus. Voyez comme il est grand : Dieu nous prend pour ses enfants.

Qui accueille un enfant comme celui-ci m’accueille et accueille Celui qui m’a envoyé. L’accueil de l’enfant, du plus petit, du plus pauvre dans le service n’est pas surtout une exigence morale. Selon son Évangile, c’est un sacrement de l’accueil du Seigneur lui-même. Un sacrement de la vie que Dieu sème en nous. Son amour et sa sagesse semés en nous pour que la vie ne soit plus soumise aux convoitises, aux instincts, aux jalousies et rivalités.

Bien sûr, les histoires de mon grand-père étaient toutes vraies pour nos coeurs d’enfants. Je vous en raconte une aussi vraie. Je la tiens du jésuite Antony De Mello *. Ça se passe sur la place d’un marché de village. Une boutique toute neuve vient d’ouvrir. La première personne qui se présente est très surprise de trouver Dieu au comptoir. Elle demande : Qu’est-ce que vous vendez ? – Nous avons tout ce que votre coeur désire, dit Dieu. La personne ose à peine y croire. Alors, elle demande les meilleures choses : justice, paix, tolérance, compréhension, miséricorde, vérité. Pas juste pour elle-même, pour tout le monde. Dieu sourit. Je pense qu’il y a erreur, dit-il. Nous n’avons pas de fruits ici : nous ne donnons que des semences.

Puissions-nous toujours accueillir avec reconnaissance le don que le Père nous fait en son Serviteur et enfant bien-aimé. Nourri à la table de la Parole et du pain de vie, qu’il nous grandisse de jour en jour. Qu’il transforme nos désirs et nous fasse, par son Esprit, porter des fruits de service, dans le don de nous-mêmes.

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* Antony De MELLO, Dieu est là, dehors ; BELLARMIN – DESCLÉE DE BROUWER 1990, p.161

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