La révolution de la Pentecôte

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Nous terminons aujourd’hui le temps pascal avec une très grande fête, la Pentecôte. La semaine dernière, c’était l’Ascension. Dimanche prochain, ce sera la Sainte Trinité et le dimanche qui suit, la fête du Corps et du Sang du Christ. Tout au cours de l’année liturgique, nous allons de fête en fête, et chaque année nous recommençons le même cycle. Pourquoi l’Église attache-t-elle une telle importance à toutes ces fêtes ? Je dirais qu’en dehors de toutes visées pédagogiques et catéchétiques, c’est avant tout pour ne pas nous habituer au mystère, car c’est là une voie sur laquelle il est tellement facile de s’engager. L’être humain a cette capacité de s’habituer à presque tout dans la vie, s’habituer dans le sens de ne plus voir, de ne plus entendre, de ne plus se réjouir, même devant les choses les plus merveilleuses qui meublent sa vie.

J’ai eu le bonheur de vivre pendant près d’une année au Rwanda où, pour l’étranger que j’étais (le muzungu), les journées se ressemblent toutes; semblables à la journée que nous avons connue hier à Ottawa. Au début, quand on arrive dans ce pays, l’on s’émerveille sans cesse de sa météo clémente et toujours ensoleillée ; c’est extraordinaire de se lever ainsi chaque matin. Mais après quelques mois, on en parle de moins en moins, ça devient quelque chose que l’on tient pour acquis. Il est ainsi parfois dans l’amour, ou quand on a la santé, ou quand on vit dans l’un des pays les plus sécuritaires au monde. On s’habitue, on n’y prend plus garde, notre sens de l’émerveillement finit par s’émousser. On oublie de rendre grâce.

Mais il ne doit pas en être ainsi pour les grands mystères de notre foi, et c’est ainsi que la liturgie de l’Église aujourd’hui fait mémoire de l’incroyable don de l’Esprit Saint, dans le prolongement de la résurrection et de l’Ascension du Christ. La Pentecôte, c’est là une révolution inouïe dans l’histoire de l’humanité. Pour en rester à l’exemple de la météo, rapportez-vous à certaines journées grises et froides de la semaine dernière, et comment vous avez réagi devant l’éclatement soudain de l’été, de cette journée gorgée de soleil que nous avons connu hier ? Le don de l’Esprit Saint est comparable à un tel passage dans la vie d’une personne.

Comme c’était beau hier de voir les gens déambuler dans les parcs, assis sur les terrasses, heureux tout simplement de vivre en pleine communion avec cette chaleur de l’été, comme si c’était là notre véritable nature. Bien sûr, dans quelques semaines nous commencerons à nous plaindre qu’il fait trop chaud, mais cela c’est une autre histoire…

Mais si je prends cette analogie de la météo, c’est afin de décrire le passage incroyable que nous fait vivre le Seigneur Jésus Christ dans notre vie spirituelle. De son incarnation à sa résurrection, de sa vie donnée sur la croix au don de l’Esprit Saint, c’est un même mystère qui se déploie, et qui atteint son achèvement, telle la finale d’une grande symphonie avec la Pentecôte. À travers ce mystère du don incommensurable de l’amour de Dieu pour nous, c’est notre identité, c’est le « qui nous sommes » qui est affirmé à la Pentecôte, et qui prend en quelque sorte son envol, tel le papillon qui sort de son cocon au printemps.

Nous sommes enfants de Dieu, comme nous le rappel saint Paul dans sa lettre aux Romains, puisque désormais, en Jésus Christ, l’Esprit Saint vient faire sa demeure en nous. Il vient nous redire que nous sommes les filles et les fils bien-aimés de Dieu. La Pentecôte, voyez-vous, c’est célébrer le printemps de Dieu dans nos vies, Lui qui nous donne de nous émerveiller, de rendre grâce et de nous écrier : « Abba! Père ! »

Il me revient en mémoire cet évêque allemand que j’ai entendu un jour alors que j’étais de passage à la communauté de San Egidio de Rome, une communauté laïque engagée dans l’œcuménisme et auprès des plus pauvres. Cet évêque était venu en curieux pour la prière du soir et il se tenait, anonyme dans l’assemblée, avec son imperméable sur le dos. C’est alors que l’un des animateurs le reconnut et l’invita à venir nous adresser la parole. Cet évêque s’exécuta bien malgré lui, mais de bon cœur, devant une assemblée de près de deux cents personnes, surtout des jeunes et des familles. Il commenta alors la Parole de Dieu. Nous étions la veille de la Pentecôte. Voici ce qu’il disait :

« Je suis fils de Dieu ! Avant même que le monde soit créé, Dieu pensait à moi. Il m’aimait déjà et il voulait me créer. Et ce monde avec ses galaxies a été créé pour MOI, car JE suis fils de Dieu. Et il me demande de m’y engager avec tout cet amour qu’Il a mis en moi, car JE suis fils de Dieu ! »

Frères et sœurs, voilà le dynamisme de vie que la Pentecôte vient actualiser dans nos vies. Nous sommes établis fils et filles de Dieu, porteurs d’un souffle nouveau qui a sa source dans la vie et la mort de notre Seigneur Jésus Christ. C’est là le rêve de Dieu que l’Esprit Saint vient achever en nous, nous donnant de nous reconnaître comme enfants d’un même Père, appelés à vivre un éternel printemps auprès de Lui.

Voilà, sœurs l’extraordinaire mystère que nous célébrons en cette fête aujourd’hui, mystère d’amour que nous n’aurons jamais fini d’approfondir et qui devrait toujours être source d’émerveillement pour nous. Bonne fête de la Pentecôte.

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