La rencontre du Christ dans ses frères et sœurs

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

De même qu’il m’est revenu de présider l’une des premières messes du confinement, le dimanche des Rameaux, il me revient de clore la trop longue série des dimanches sans assemblée. La semaine prochaine, la paroisse St-Jean-Baptiste rouvrira ses portes aux fidèles.

Aussi, puisque nous sommes entre nous, je me sens un peu plus libre dans ma prise de parole.

C’est que, voyez-vous, à la lecture des textes de la messe d’aujourd’hui, il y a deux choses dont je ne veux clairement pas parler :

La première, c’est le pape. Dieu sait que je n’ai rien contre le pape, mais il n’est pas si certain que ce fameux passage sur Pierre soit au sujet du pape. Les communautés protestantes de même que l’Église orthodoxe n’ont jamais eu de difficulté au long des siècles pour lire ce passage autrement. Ça veut donc dire que c’est possible.

Je voudrais juste dire ceci. Si on pense trop vite au pape et si on parle trop vite du pape, il me semble qu’on pourrait perdre de vue l’Église, la communauté des croyants au long des siècles. Que ce texte puisse mener au ministère du successeur de Pierre, tout le monde l’admet dans l’Église castholique, mais il me semble qu’il faut élargir nos horizons.

La deuxième chose dont je ne peux pas parler, c’est la « rencontre » (entre guillemets). La fameuse rencontre avec Jésus Christ, la rencontre transformante. Certains croyants ont eu à un moment ou l’autre de leur vie, une expérience forte de rencontre avec le Christ, qui a marqué leur vie et l’a transformée. Pour ceux-là, Jésus le « christ, le Fils du Dieu vivant » s’est comme imposé.

Comme les apôtres qui ont vécu avec Jésus lors de son ministère, ce qui les a amenés à confesser sa véritable identité.

Mon problème avec cette « rencontre », c’est que c’est loin d’être l’expérience de la grande majorité des croyants. La plupart des croyants que je connais n’ont jamais fait l’expérience de la « rencontre » transformante avec Jésus Christ. Pour la grande majorité des croyants, dont je fais partie, la foi a toujours fait partie de la vie, a toujours été « naturelle » ou « normale ». C’est petit à petit, jour après jour, que la foi au Christ s’est bâtie et développée.

Si c’est le cas, à nous aussi Jésus demande de dire ouvertement qui il est pour nous.
Je ne peux certainement pas répondre pour ceux qui, comme moi, n’ont jamais eu la rencontre, mais il me semble que j’approcherais la situation de la façon suivante.

Si on accorde trop d’attention à la pierre sur laquelle Jésus construit son Église ou encore sur les clés qui ouvrent ou ferment une porte, c’est peut-être qu’on ne regarde pas assez la maison.

Quand on veut bâtir une maison, une grosse maison, la base ou le fondement, ou le solage comme on dit ici, c’est très important, mais ce n’est que cela. Une base. La maison est bien plus importante. Elle sera solide, certes, parce que le fondement est solide, mais c’est quand même dans la maison qu’on habite et qu’on vit.

La même chose vaut pour la porte. Que je sache, personne ne fantasme sur les portes. Ou sur les clés. La porte ouvre justement sur la maison. C’est là l’importance de la porte; rien que ça.

C’est la maison qui est importante, c’est la communauté de l’Église.

Or, il me semble que pour les pauvres croyants comme moi et tant d’autres qui n’ont pas été choyés par la rencontre transformante, il me semble que la rencontre du Christ Fils du Dieu vivant se fait « en Église ». Les croyants ordinaires qui n’ont jamais eu l’expérience transformante peuvent rencontrer le fils du Dieu vivant dans la communauté de l’Église.

C’est dans la maison, dans la communauté des croyants, que le Jésus se fait connaître et reconnaître Christ et Seigneur, à l’œuvre aujourd’hui comme hier.

C’est peut-être même aussi en dehors de cette maison, chez ceux qui ne sont pas certains de leur confession ou de leur opinion sur Jésus, que la rencontre est possible.

Je ne crois pas, bien-aimés du Seigneur, que vous mesuriez le chemin parcouru que cela montre en moi et en d’autres. Il fut un temps où j’aurais parlé longuement du pape ou du pouvoir des clés. La vie dominicaine et sacerdotale, la vie tout court si vous préférez, m’a fait voir plus large et plus grand.

Je peux porter témoignage que c’est mon expérience. Dans la vie dominicaine et le ministère pastoral, dans chaque frère, chaque sœur, rencontré et accompagné de tant de manières différentes, dans la miséricorde donnée et reçue, dans l’amitié, dans l’amour, dans le support, dans l’aide mutuelle, c’est là qu’est la pierre solide sur laquelle la communauté de l’Église est fermement construite.

C’est là qu’on rencontre, aujourd’hui encore, « le Christ, le fils du Dieu vivant » et que son identité se construit et s’affermit.

Est-ce que ça vaut une expérience forte de rencontre transformante? Il ne s’agit pas de comparer les chemins ou de les évaluer. Chaque chemin de croyant est unique.

Mais la rencontre du Christ dans ses frères et sœurs, dans la maison de l’Église solidement établi sur la confession des premiers croyants, il me semble que c’est un chemin de foi valable et authentique.

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