La parabole des deux fils perdus

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Nous est-il arrivé de revoir un grand ami ou une grande amie après de longues années sans contact ? Si oui, n’avons-nous pas alors laissé dans le passé les incompréhensions ou tensions, petites ou grandes, qui étaient apparues autrefois ? Dans notre joie de rencontrer cet ami, n’avons-nous pas alors entrevu, plus ou moins consciemment, que nous avions, de fait, pardonné à l’autre et que l’autre nous avait pardonné ?

Dans la parabole des deux fils, notons que de retour à la maison paternelle, le fils cadet déclare : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. » Il avait l’intention d’ajouter : « Traite-moi comme l’un de tes ouvriers », mais le père l’interrompt. Comme pour le fils prodigue, c’est une bonne chose, c’est même nécessaire de reconnaître son péché, en disant : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi », alors que « Traite-moi comme l’un de tes ouvriers » est une conséquence qui ne s’impose pas du tout ; c’est pourquoi le père ne laisse pas le temps à son fils d’exprimer cette conséquence erronée. Le père n’est pas intéressé à entendre son fils lui dire : « Traite-moi comme l’un de tes ouvriers », et il n’hésite pas à le traiter comme son fils.

Remarquons aussi que l’attitude du fils aîné n’est pas tellement différente de celle du fils cadet. En effet, les deuxfils sont pris dans une logique étroite de faute et de punition. Le plus jeuneest enfermé dans un manque d’espérance, dans une résignation : « Traite-moi comme l’un de tes ouvriers » ; le fils aînéest enfermé dans une colère au cours de laquelle il refuse à son frère cadet la possibilité d’être reconnu de nouveau comme fils par son père.

Le contraste est prononcé entre l’aîné, qui refuse la fête que son père vient d’organiser, et le père, qui lui réplique : « Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! » De même, le père sortà la rencontre non seulement du fils prodigue, mais aussi à la rencontre du fils matériellement fidèle. Ce fils aîné, bien que matériellement fidèle, est, lui aussi, spirituellement perdu car, dans sa routine, il a perdu de vue ce que son père vient lui rappeler : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » La parabole doit donc s’appeler, d’après moi, « la parabole des deuxfils perdus ».

En ce qui nous concerne, quand le pardon de Dieu nous est offert, il importe d’entrer dans une démarche de pénitence, c’est-à-dire dans un regret sincère face au tort qu’on a fait au prochain et, indirectement à Dieu, qui se soucie du bien-être de ce prochain. Pourtant, dans cette démarche de pénitence, le regret a besoin d’aller de pair avec de la reconnaissance devant le grand amour d’un Dieu qui pardonne et ouvre un avenir. Cette reconnaissance ne peut être qu’admiratrice et joyeuse ; elle ouvre à la fête.

Cette parabole des deux fils me semble être le texte central, dans la Nouveau Testament, qui explique l’insistance que le pape François met sur la miséricorde. Ce que le pape actuel envisage, ce n’est pas une miséricorde fade, insignifiante, superficielle, qui consisterait à tolérer le mal que les autrescommettent et qui consisterait également à excuser le mal que nouscommettons. C’est, au contraire, une miséricorde exigeante, qui entraîne un changement d’attitude face à nos frères et sœurs. Si nous avons reçu et vécu cette miséricorde venant de Dieu, comment nous serait-il possible de la refuser aux autres ?

Il reste cependant qu’il y a de nombreuses façons d’accorder cette miséricorde aux autres ; il n’est pas toujours nécessaire de l’exprimer verbalement. Face à un problème, nous pouvons en parler avec quelqu’un d’autre, reconnu comme sage ; nous pouvons prier pour ceux qui nous font du tort ; nous pouvons signaler certaines de leurs qualités, en leur présence ou en leur absence ; nous pouvons leur rendre service et collaborer avec eux ; nous pouvons demander à l’Esprit Saint de nous aider à tenir compte de leurs limites, qui expliquent leurs comportements agaçants ou même blessants. De toute façon, il nous faut prier pour acquérir ou conserver l’humilité de personnes qui connaissent leurs propres limites.

En terminant, nous pouvons méditer sur ces paroles rapportées dans la première lettre à Timothée : « Bien-aimé, je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère, moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. »

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