La gloire de Dieu et la foi

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

« Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui » (Jn 2, 11). La gloire et la foi ! Ils sont parmi les grands thèmes qui traversent l’évangile de saint Jean. A la connaissance que je devais présider cette action de grâce du Seigneur pour Lui rendre grâce de la grâce du sacerdoce qu’Il m’a offerte, le 8 décembre passé, j’ai été beaucoup habité par ces deux thèmes.

Jean : le théologien de la foi et de la gloire de Dieu

Théologien de la foi : Jean est connu comme le théologien de la foi, le théologien du croire chrétien. On dirait même un dogmaticien. Pour savoir comment croire au Christ, il est souvent indiqué de lire son évangile qui est un véritable credo chrétien. En effet, dès l’introduction de son évangile, il parle de la foi comme étant la nouvelle condition pour devenir enfant de Dieu :

« Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. 12Mais tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. 13Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. » (Jn 1, 11-13 LIT)

Pour Jean donc, on ne naît pas enfant de Dieu, ni disciple du Christ. On naît enfant de nos parents. On devient enfant de Dieu et disciple du Christ par la foi au Christ. Et c’est dans cet itinéraire de la foi qu’il veut nous conduire, en nous rapportant cet épisode des noces de Cana. Vers la fin de son évangile, il dit encore :

« Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. 31Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom. » (Jn 20, 30-31 LIT)

Autrement dit, cette foi au Christ tout en nous faisant enfants de Dieu nous donne la vie, elle nous donne le salut en Jésus-Christ. Au fait, presque tous les chapitres de son évangile comporte le thème de la foi et du croire, excepté les chapitres 15, 18 et 21.

Théologien de la gloire de Dieu : Cependant, Jean est aussi un théologien de la gloire de Dieu (doxa theou, la shekina), terme qui apparaît plusieurs fois dans son évangile, tant sous sa forme simple que sous celle conjuguée (Jn 1, 14 ; 2, 11, 4.40 ; 7, 39 ; 9, 3 ; 11, 4.40 ; 12, 16.23.28.41 ; 13, 31.32 ; 17, 1-5).

De fait, comme exemples, dès le prologue, il est fait mention de la gloire du Verbe qui est la Parole et le Fils unique de Dieu. «…nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jn 1, 14c) Autrement dit, cette gloire est à la fois celle du Père, du Fils et de leur commun Esprit (cf. Jn 11, 4 ; 12, 16.23.28). C’est la gloire de la trinité, en somme. Rappelons-nous aussi comment, pour l’aveugle de naissance, il dit que sa maladie était pour la gloire ou les œuvres de Dieu (cf. Jn 9, 3). Il dit de même pour la maladie et la mort de Lazare (cf. Jn 11, 4.40). « Je te dis que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » (Jn 11, 40), dit-Il à Marthe de Béthanie.

Gloire de Dieu comme révélation de Dieu aux hommes

En ce sens, manifester sa gloire ce n’est pas seulement faire un miracle, une merveille, un signe en transformant l’eau en vin. À travers cela, il veut se révéler comme Fils de Dieu et Dieu. Autrement dit, la gloire de Dieu est révélation de Dieu aux hommes. Manifester sa gloire c’est se révéler comme Christ, comme Fils de Dieu afin que tous puissent croire en Lui comme tel.

Nous voyons, ici, comment chez Jean les signes sont pédagogiques. Ils annoncent, ils dévoilent quelque chose de profond. Ils n’ont pas leur signification en eux-mêmes. Les signes ou les miracles sont ceux de la gloire de Dieu. Ils sont là pour manifester la gloire de Dieu, c’est-à-dire pour manifester sa puissance, sa présence aimante et joyeuse parmi nous. Ils sont là pour nous révéler son identité. Les signes sont épiphanies de Dieu. Tout l’évangile de Jean est, d’ailleurs, un évangile de la manifestation et de la révélation publiques (cf. Jn 2-12) et privées du Christ (cf. Jn 13-20). Cette gloire se révélera à son sommet à la Croix, avec sa mort et sa résurrection.

La gloire et la foi, la foi et la gloire

« Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui. » (Jn 2, 11) La gloire de Dieu a en vue la foi, pas seulement celle des disciples, mais de tous les lecteurs de Jean. Chaque signe johannique se conclut, généralement, par la foi des bénéficiaires du signe et bien d’autres (cf. Jn 4, 53 ; 6, 14 ; 9, 38 ; 11, 45). Cependant, le plus souvent, chez Jean, la foi précède la gloire qui en est comme une récompense. Les vrais disciples de Jean croient avant d’attendre et de voir la gloire de Dieu se manifester. Autrement dit, on se serait attendu de lire plutôt : « Ils crurent en Lui, et Il leur manifesta sa gloire. » En effet, même dans le prologue, c’est après avoir reçu et cru en le Verbe, la Parole de Dieu, qu’il manifeste sa gloire dans la chair et la laisse voir (cf. Jn 1, 12-12.14).

« Je te dis que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » (Jn 11, 40) Celui ou celle qui croit sans voir voit, sans plus besoin de croire. « Heureux ceux qui croient sa sn avoir vu » (Jn 20, 20), car ils verront ce qu’ils ont cru sans voir : la gloire de Dieu. Cette vision de la gloire, même si elle commence ici-bas, s’accomplit dans la vie béatifique, au Ciel, où nous le verrons tel qu’Il est, comme dit saint Jean (cf. 1 Jn 3, 2).

Manifester la gloire de Dieu par nos dons et nos vies

Que pouvons-nous retenir de tout ce développement théologique ? Quel bien, quelle exhortation peut-on en tirer pour l’aujourd’hui de la foi ? La gloire de Dieu c’est pour qu’on devienne des croyants, des disciples du Christ et, le faisant, que nous ayons la vie par Lui (cf. Jn 20, 31). Pour que nous manifestions la gloire de Dieu, pour que nous soyons des petites épiphanies du divin, il faut que Dieu habite en nous. Pour qu’Il habite en nous, il nous faut croire en Lui, l’espérer et L’aimer.

La foi, l’espérance et l’amour manifestent sa gloire, sa présence en nous. Dieu est plus glorifié quand nous croyons en Lui, L’espérons et L’aimons ainsi que notre prochain comme nous-mêmes. Qui croit en Christ brille de Dieu par sa foi. Qui l’espère et L’aime brille de Lui. Qui le prie et témoigne de Lui brille de sa gloire. Par la foi et le baptême en Jésus-Christ, nous avons invité le Christ en nos cœurs et en nos vies. Nos vies de chrétiens et de chrétiennes doivent être des signes, des épiphanies, des manifestations de Dieu de sorte que nous voyant, les gens puissent voir Dieu à travers nous.

Le Ps 18 (19), 2 dit, en effet : « Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains. 3Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance. 4Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s’entende » (Ps 18, 2-4 LIT) Si le psalmiste avait vécu dans cette partie du monde, il aurait dit volontiers : « La neige proclament la gloire de Dieu. Les fines graines de sa blancheur nous rappellent sa sainteté. Elles nous invitent à être purs comme Il est Pur. »

De la même manière, on devrait pouvoir dire de nous : les chrétiens proclament la gloire par leurs prières, leurs paroles, leurs vies et leurs actes de vie. L’Esprit-Saint nous gratifie de tous les dons possibles. Tous ces dons nous confèrent des fonctions diverses de service, d’enseignement, de prédication, de guérison, de prophétie, etc., pour l’unité et l’édification de l’Eglise (cf. 1 Co 12, 4-11). Tous nos dons, toutes nos fonctions, dans l’Eglise et la société, doivent manifester la gloire de Dieu, parce qu’ils viennent de Dieu.

La prédication de la Parole dit Dieu parce que Dieu est Vérité. La prière dit Dieu parce que Dieu est contemplation. Le service dit Dieu parce que Dieu est, en Christ, le Serviteur des serviteurs. Le sourire dit Dieu, parce que Dieu est joie. Les soins pour les malades disent Dieu parce que la gloire de Dieu c’est l’homme debout et en santé. Il veut le salut de ses enfants.

La gloire de Dieu c’est l’homme vivant

La gloire de Dieu c’est l’homme débout, l’homme vivant, nous disait saint Irénée. Dieu est Dieu, Il manifeste sa présence en relevant sa créature du péché et de toute situation de besoin ou d’échec.  À Cana, Jésus a manifesté sa gloire en répondant au besoin en vin des mariés. Ils n’avaient plus de vin (cf. Jn 11, 4) et Il a manifesté sa gloire en volant à leur secours. Dieu est plus honoré quand ses créatures vont bien. N’est-ce pas pour cela que le Christ, le Verbe, la Parole de Dieu s’est faite chair et vie pour nous ? N’est-ce pas en cela que, comme Sion, comme Jérusalem, nous ne sommes plus des délaissés, mais des épousés de Dieu et ses préférés, comme disait la première lecture (cf. Is 62, 4-5) ? Sa gloire nous donne une nouveauté de vie et d’être (cf. Is 62, 2).

En ce sens, aller au secours des pauvres, de quelle que manière que ce soit, c’est manifester la gloire de Dieu. Excusez-moi de paraître socialiste dans mon homélie. Je viens du monde d’en-bas, celui des oubliés de la globalisation. Les pauvres, on en parlera jamais assez parce que le Christ en parlé Lui-même et en fait le cœur de son message de salut.

C’est pour cela que, dans une interview accordée à l’Osservatore Romano, le cardinal Ouellet disait : « Oublier les pauvres c’est oublier l’Evangile. » Pour notre propos, c’est oublier la gloire de Dieu parce qu’aujourd’hui, la gloire du Christ se manifeste en eux. Oui, la charité dit Dieu parce que Dieu est charité, Il est Amour (cf. 1 Jn 4, 8.16).

L’Eucharistie : table de la gloire de Dieu

De plus, depuis les jours du Christ jusqu’à ce qu’Il revienne, la Table eucharistique est devenue la Table de la manifestation de la gloire de Dieu. Là, Il ne transforme pas seulement l’eau en vin comme à Cana, ou des petits bouts de pains en quantité multiple, comme lors de la multiplication des pains (cf. Jn 6, 1-14). Il fait plus que cela. Il transforme le pain en Pain de Vie, en son Corps. Il transforme le vin en Vin du Royaume éternel, en son précieux Sang. En mangeant son Corps et buvant son Sang, nous devenons donc des missionnaires de la gloire de Dieu, dans le monde.


Fr Jean Paul Tagheu, Prédication donnée à la paroisse saint Jean Baptiste d’Ottawa, couvent dominicain, pour les prémices de mon ordination sacerdotale, le 20 janvier  2019.

One Comment

  1. Stéphanie Doyon says: · ·Répondre

    Merci cher Prêtre du Seigneur, qu’Il vous enveloppe constamment de Sa Sainte Présence. Amen

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