Jusqu’où pardonner ?

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Jusqu’où pardonner ? — La question de Pierre n’étonne pas. Tôt ou tard, c’est celle de tout un chacun. Tant nous avons besoin de pardonner et d’être pardonnés. Tant le vrai pardon est difficile. La parabole qui l’exige est limpide. Mon cœur l’est moins, il peine à oublier, cherche des excuses, une esquive.

Si notre quotidien affronte rarement l’insurmontable, il fourmille de petits riens qui usent la patience. Des déceptions briment la confiance. Des doutes et incompréhensions trahissent les fragilités. De vieilles blessures se réveillent : infidélités, égoïsmes, mesquineries, violences. D’obscures rancunes et désirs de vengeance larvés… Jusqu’où faut-il donc aller ?

Jusqu’à 7 fois ? — Pierre pense sans doute proposer le chiffre magique, la perfection, le maximum. La réponse de Jésus fait tout éclater. Pas 7 fois, mais 70 fois 7 fois : pardon inconditionnel, sans limite aucune. Pourquoi ? Comment est-ce possible ?

La parabole n’épingle pas nos difficultés et blocages. Elle oriente vers la source, le chemin. Ne devais-tu pas à ton tour avoir pitié́ ? — Pardonner est d’abord affaire de reconnaissance. Reconnaître ce que j’ai reçu. Tout ce que je suis. Tout ce qui m’a été donné gratis. Tout ce qui m’a déjà été et me sera encore remis. Ma dette d’amour est incommensurable !

Le pardon est difficile, surhumain. Ben Sira le dit : indulgence et guérison. Il va au-delà̀ des bonnes intentions. Il passe par-dessus les sentiments. Parce qu’une dette d’amour nous lie les uns aux autres, à nos proches et à toute personne, notre humain prochain. Parce que notre Père du ciel s’est lié d’une alliance éternelle et nous reçoit à la table des noces de son Fils. Aimez-vous donc comme je vous ai aimés.

Le pardon est surhumain. Il est affaire de reconnaissance. Reconnaître avec gratitude ce que nous sommes. Le lien vital qui nous unit au Christ depuis notre baptême. La Lettre aux Romains suggère que le pardon est victoire de l’amour de Dieu en nous. Victoire du Christ, en nous, sur le mal et la mort. Nous lui appartenons, c’est lui qui vit en nous. Dès aujourd’hui, nous sommes ressuscités avec lui !

Si nous pardonnons, ce n’est pas que nous soyons meilleurs, plus généreux que les autres. C’est qu’il y a en nous, la force d’une vie nouvelle, celle du Christ ressuscité qui nous entraine avec lui. Parce qu’il y a en nous, la force d’un Esprit nouveau qui nous fait agir en enfants de Dieu. Le pardon est accueil et action de grâce pour ce que nous sommes.

Le pardon de Dieu est toujours 1er, toujours inconditionnel. Mais il dépend toujours de nous. Il ne nous guérit pas sans nous. Impossible d’en vivre, sans pardonner aussi à son frère, sa sœur, de tout son cœur. On dirait les deux mouvements inséparables d’une respiration. J’inspire, j’expire. Je reçois, je donne. Je donne ce que je reçois. Je reçois parce que je donne…

Le pardon nous dépasse toujours. Il nous appelle toujours au dépassement parce que l’oubli de soi est difficile. Parce que l’oubli des torts subis est impossible. Le pardon ne peut être que l’œuvre de Dieu, que la vie du Christ en nous. Mais il est aussi en même temps, inséparablement, accueil de son amour. Notre décision, notre conversion jamais complète, jamais parfaite, toujours à refaire. Le pardon est toujours don de Dieu. Mais en même temps, inséparablement, c’est aussi mon choix conscient, difficile et souffrant.

Rendons grâce pour le pardon qui est le chemin de notre Pâques avec le Christ. Prions pour que l’Esprit nous apprenne à le vivre chaque jour. Prions pour que même ceux qui ne savent pas, se laissent aussi guider par l’Esprit du Ressuscité qui est l’indulgence de notre Père du ciel à l’œuvre dans le monde.

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