Jésus regarde le coeur blessé

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

L’épisode de l’évangile de ce 31e dimanche se situe fort peu de temps avant la passion de Jésus. Après Jéricho, Jésus ira à Béthanie, puis à Jérusalem pour y entrer solennellement le dimanche des Rameaux. La réputation de Jésus n’est pas plus à faire : il passe pour le grand prophète, celui que tout le monde attend, le Messie ! Ce matin, nous voyons la foule et à côté d’elle Zachée, qui accourt lorsque Jésus entre à Jéricho.

Zachée a le désir de voir Jésus. À son sujet, le verbe « voir » est cité deux fois. C’est donc pour montrer l’intensité de son désir. Ce qui n’est pas clair c’est le motif de sa fuite. Il ne veut sans doute pas être vu par ceux qui le précèdent, ses compatriotes. C’est tout de même intrigant. Imaginez-vous un homme d’un certain âge, notable à cause de sa fonction, en train de s’agripper aux branches d’un arbre. Luc évoque sa petite taille qui l’empêche de voir Jésus. À mon avis, cet argument ne tient pas. Pourquoi cet homme qui a su se hisser dans les hautes sphères de l’autorité coloniale, ne pouvait-il pas user de sa notoriété pour se frayer discrètement un passage au milieu de la foule ? Cela nous rappelle l’histoire d’Adam au jardin. Alors qu’il avait l’habitude d’être vu nu par Dieu, un jour, il prend cette même nudité comme prétexte pour se cache de Dieu. Simple prétexte pour cacher la vérité ! Alors, pourquoi Zachée veut-il voir Jésus tout en se cachant ?

Pour voir Jésus, Zachée a dû affronter au moins deux défis majeurs. Le premier est la honte. Nous pouvons imaginer ce qui s’est passé dans le cœur de Zachée avant de monter sur ce sycomore : d’une part une bonne curiosité, celle de connaître Jésus ; de l’autre, le risque de faire une terrible piètre figure. Zachée était un personnage public ; il savait qu’en montant sur l’arbre, il serait devenu ridicule aux yeux de tous, lui, un chef, un homme de pouvoir. Mais il a surmonté la honte, parce que l’attraction de Jésus était plus forte.

Vous aurez fait l’expérience des montants exorbitants qu’on paye pour voir un match des NBA ou un match de hockey. On est prêt à y mettre le paquet. Quelque chose de semblable arrive dans le cœur de Zachée, quand il sentit que Jésus était si important qu’il aurait fait n’importe quoi pour lui, parce qu’il était le seul qui pouvait le tirer hors des sables mouvants du péché. Et ainsi la honte n’a pas eu le dessus : Zachée, dit l’Évangile, « courut en avant », « grimpa ».

Zachée a dû faire face à un second obstacle, non plus à l’intérieur de lui, mais autour de lui. Par le fait que Zachée est responsable des impôts, il n’était pas aimé par ses compatriotes qui le considéraient comme un traître enrichi en pactisant avec l’oppresseur. Les péagers étaient des Juifs qui achetaient leurs charges aux occupants romains. Ils leur avançaient les grosses sommes pour leur administration. Ensuite, ils se faisaient rembourser en prélevant sur leurs concitoyens le montant de ce qu’ils avaient avancé. Bien entendu, ils prélevaient bien davantage que ce qui leur revenait de droit. Zachée, lui, était le patron des impôts. C’est dire qu’il était particulièrement riche et qu’il était particulièrement infréquentable. Voici, en partie, pourquoi il voulait passer inaperçu.

Luc, le seul à mentionne cet événement, souligne que tous murmuraient quand Jésus s’invite dans sa maison. Ils ne s’attaquent pas à Zachée, mais à Jésus. Qu’attendaient-ils de lui ? Si Jésus, en tant que Messie, avait dit à Zachée : « Zachée, corrompu, voleur et traître, viens rendre compte de tout le mal que tu as fait à tes compatriotes ! ». Je crois que tous auraient applaudi. C’est la logique humaine du droit punitif que nous brandissons souvent pour exclure les malfaiteurs du monde des vivants. Quelle déception pour la foule et, peut-être, pour aussi ?

Le regard de Jésus va au-delà des péchés et des préjugés : « Zachée aujourd’hui, il faut que je reste chez toi ». Cela, c’est important. Nous devons l’apprendre. Parfois, nous cherchons à corriger ou convertir un pécheur en lui faisant des reproches, en lui jetant à la figure ses erreurs et son comportement injuste.

L’attitude de Jésus avec Zachée nous indique une autre voie : celle de montrer sa valeur à celui qui se trompe, cette valeur que Dieu continue à voir malgré toutes ses erreurs. Mon cher Zachée, tu vaux plus que tes actes condamnables. Cette parole peut provoquer une surprise positive qui attendrit le cœur, et pousse la personne à tirer d’elle-même ce qu’elle a de bon. C’est le fait de faire confiance aux personnes qui les fait grandir et changer. C’est comme cela que Dieu se comporte avec nous tous : il n’est pas bloqué par notre péché, mais il le dépasse par l’amour et nous fait éprouver la nostalgie du bien. Il n’existe personne qui n’ait quelque chose de bon. Et c’est ce que Dieu regarde pour tirer hors du mal. Ici, Jésus a regardé le cœur blessé de Zachée : cœur blessé par le péché de cupidité. Il regarde ce cœur blessé et il va à sa rencontre.

La rencontre avec Jésus se termine par la transformation immédiate de Zachée. Le célèbre pécheur public de Jéricho ne confesse pas ses péchés. Plus que cela, il change radicalement sa vie en s’engageant dans des actes de charité et de réparation de ses torts. Toute véritable rencontre avec Jésus ne peut pas nous laisser indemnes. Elle nous purifie de nos penchants mauvais et nous fait grandir dans la justice et dans l’amour.

À l’exemple de Zachée, cherchons à voir qui est véritablement Jésus. Allons à sa rencontre, laissons-nous transformer par lui et tournons-nous généreusement, sans préjugés, vers nos frères et nos sœurs pour bâtir un monde de justice et de miséricorde.

 

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