Homélie pour les funérailles du fr. Denis Régimbald, o.p.

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Il a regardé la photo, a fait un beau sourire, a eu deux mots, la joie ! Les derniers de Denis, ses dernières vraies paroles. Un souhait de vie pour l’enfant prise dans ses bras au baptême. Pince-sans-rire, son humour parfois déroutant est bien connu. Mais comment a-t-il pu parler de joie dans l’état où il était ?

Il n’y a pourtant rien de plus sérieux. Personne ne peut dire ce dont il était encore capable ce dimanche de la mi-mars. Conscients ou non, ces mots reflètent l’axe de tout son être. Une foi sereine dans la grande miséricorde du Père qui nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ.

La longue prière de bénédiction qui ouvre la première lettre de Pierre est paradoxale. Comme la vie est paradoxale. S’y entremêlent épreuves, tristesse, flétrissure, espérance, élans de joie. Et l’amour qui s’attache à l’invisible Amour pour en être transfiguré. En Jésus, Dieu a pris humanité. Comme à Siméon conduit par l’Esprit Saint vers l’enfant de la Consolation, comme Denis aimait le redire, c’est en humanité que Dieu se laisse trouver.

Deux figures bien contrastées humainement parlant ont marqué la vie dominicaine de frère Denis. Son mentor, le père Tillard, l’a guidé vers l’Ordre des frères prêcheurs. Il lui a communiqué sa passion pour l’Église, Peuple de Dieu, tunique du Christ déchirée. Il l’a éveillé à l’œcuménisme, lui a légué un grand respect des autres confessions chrétiennes… et comme une ouverture à toute foi religieuse.

Denis aimait le beau : beaux vêtements, belle musique, bons repas, bons vins. Mais la vie lui avait fait une âme de pauvre. Il avait le sens des pauvres pour aller humblement vers eux, les respecter, se mettre à leur service. Il aurait voulu leur faire une grande hôtellerie sur le territoire de la paroisse cathédrale à Hull… Le frère Jean-Louis Morin, fondateur de Kogaluk, lui était devenu modèle d’un impossible idéal… les souliers de Jean-Louis étaient bien trop grands pour lui.

Non… c’était bien plus qu’un idéal impossible. La pauvreté l’habitait depuis longtemps… comme un mode de vie. Comme un grand vide creusé en lui pour accueillir l’Autre. C’est pourquoi quels que soient les participants ou le thème, la pauvreté a toujours eu une place de choix dans ses conférences de retraite. Christ qui s’est fait pauvre pour être proche de tous. Y avait-t-il un étranger dans notre maison, on pouvait être sûr que Denis au moins irait à sa rencontre. Christ qui fait bon accueil à tous sans discrimination.

Dans toutes ses tâches et fonctions, il s’est donné à fond à sa vocation de prêcheur, au souci d’annoncer la Parole de Dieu. Libre… Il l’a fait sans prétention, directement, presque spontanément. Il l’a fait tout en demeurant à l’écoute, pour se laisser dire la présence et l’amour de Dieu à travers les événements, les personnes rencontrées, les expériences des autres. L’image par laquelle on a pu décrire la spiritualité dominicaine va parfaitement à frère Denis : comme l’aqueduc, c’est en la transportant qu’il a reçu les bienfaits de l’Eau vive .

La pauvreté est venue toucher le au cœur de son être. Sans comprendre, nous avons cru le voir s’affaisser rapidement, brutalement. Le mal s’insinuait en lui depuis un bon moment, quelques années déjà. On peut justement penser que l’Esprit l’a poussé peu à peu à se rapprocher du Christ, Serviteur souffrant. Pour apprendre de Lui se remettre totalement entre les mains du Père. Pour apprendre, en étant peu à peu dépouillé de toute dignité, à mourir avec le Christ pour ressusciter avec Lui.

Denis n’était pas naïf. Il savait critiquer, même regimber selon ce qu’il disait être son nom. Mais sa pauvreté est restée en tout, une pauvreté joyeuse, douce, sans malice. Sauf quand il s’est senti abusé, traité en moins que rien, on ne l’a jamais entendu se plaindre de son sort. Et Dieu sait quels lions rugissants et dévorants combattaient en lui… jusqu’où son âme était bouleversée.

Matériellement, notre frère Denis n’a jamais manqué de rien. S’il s’habillait sobrement, c’était par choix. S’il s’habillait mal, c’est parce qu’il ne savait plus faire autrement. Il se voulait pauvre avec les plus pauvres. Il les a rejoints dans l’extrême dénuement de son être déshumanisé. Pour eux, avec eux, comme Saint-Dominique, il s’est approché et s’est lié à la Croix du Christ.

Maintenant va ! mon cher frère Denis. Nous t’avons remis à Celui que tu as voulu suivre ta vie durant. L’Esprit Saint t’a déjà mené à sa rencontre de bien des manières dans les autres. La communion avec le Christ t’a bâti le trésor d’une foi purifiée par l’épreuve. Qu’il te reçoive dans la maison du Père. Qu’il sèche nos larmes et nous garde nous aussi dans la paix. Qu’il nous remplisse de joie profonde pour une vivante espérance.

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