Fin du monde, fin d’un monde !

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Les textes de ce dimanche nous présentent des scènes spectaculaires de fin du monde, de catastrophes terrifiantes à l’échelle planétaire. Ce sont là les passages les plus énigmatiques de la Bible. Même si de tels cataclysmes sont possibles, il est bon de savoir qu’au temps de Jésus et bien avant, ce type de récit est fort populaire dans les cultures du Moyen-Orient et que Jésus et le prophète Daniel empruntent afin de livrer un message. Il s’agit d’un style littéraire appelé apocalyptique, d’où le nom bien connu d’apocalypse. 

Nous aussi nous sommes familiers avec ces scènes de fin du monde, omniprésentes dans les films et les romans de ces dernières décennies. D’ailleurs, tout au cours de l’histoire des derniers millénaires, sont apparus de ces mouvements apocalyptiques, tant dans l’Église, les religions, que les sociétés civiles, prédisant une fin du monde éminente. Que ce soit les mouvements millénaristes prédisant la fin du monde à la fin du premier millénaire, que ce soit Nostradamus, les prophéties des Incas, les Témoins de Jéhovah, les voyants de toute espèce, aucune époque n’a échappé à cette angoisse qui s’enracine dans notre finitude humaine, dans la peur de la mort et aussi dans la peur de Dieu et de son jugement. 

Que veulent alors nous dire ces textes que nous venons d’entendre ? Précisons tout d’abord qu’en rester à l’annonce d’une fin du monde dans les paroles de Jésus ou du prophète Daniel, c’est déformer le sens de leur message qui, paradoxalement, est avant tout un message d’espérance. Le prophète Daniel et Jésus ne nous parlent pas de fin du monde, mais de la fin d’un monde, où Dieu va se manifester et sauver son peuple.

L’époque du livre de Daniel, se situe vers 170 av.J.C., où un certain Antiochus Epiphane règne sur la Palestine. Son nom était d’ailleurs tout un programme : il s’appelait Antiochus IV et il se faisait appeler « Epiphane », ce qui, en toute modestie, signifie « Dieu manifesté » ; mais il était tellement détesté qu’à Antioche, sa capitale, on l’appelait « Epimane », ce qui veut dire le « cinglé » (le mégalomane). 

Antiochus se livre à une effroyable persécution : il interdit toute pratique de la religion juive et exige qu’on lui rende à lui les honneurs qu’on rendait jusqu’ici à Dieu ; […] pour les Juifs, le choix est clair : il faut se soumettre ou bien rester fidèle à sa foi, et, dans ce cas, affronter la torture et la mort.

Daniel leur dit en substance : Michel, le chef des Anges, veille sur vous… apparemment, sur terre, ce que vous voyez, mes amis, ce que vous vivez, c’est l’échec, la mort des meilleurs, l’horreur… la victoire de ceux qui sèment le mal et la terreur. Mais, en finale, vous êtes les grands vainqueurs ! Le combat se déroule à la fois sur terre et au ciel : vous, vous ne voyez que ce qui se passe sur la terre, mais au ciel, dites-vous bien, les armées célestes ont déjà gagné la victoire pour vous. (Thabut)

Dans l’évangile, les paroles de Jésus semblent tourner nos regards vers un avenir plus ou moins lointain où tout sera détruit. Mais le style littéraire apocalyptique ne signifie pas « destruction », mais « dévoilement », « révélation ». 

Ce qui est annoncé par Jésus, c’est un monde nouveau, non seulement pour demain, mais pour aujourd’hui même. C’est la saison de Dieu avec son figuier en fleurs, c’est la nouveauté du Christ, c’est Dieu parmi nous. C’est pourquoi les certitudes des hommes avec leur superbe et leur sentiment de puissance en sont ébranlées, comme si le ciel se décrochait, car c’est le règne de Dieu qui se manifeste. 

Jésus emploie des images puissantes afin de nous faire comprendre qu’il y a un avant et un après avec sa venue parmi nous. Même si le ciel et la terre passent, dit-il, « mes paroles ne passeront pas », puisqu’elles sont promesse de vie, elles sont Paroles de Dieu. Jésus nous invite donc à cette ferme espérance qui n’est pas un banal espoir, mais cette conviction inébranlable que Dieu est avec nous dans ce monde fragile et menacé, avec ses guerres et ses catastrophes, ses masses qui gémissent et ses saisons qui se dérèglent. Dieu est avec nous.

Le Christ se tient là à notre porte et il frappe. Voilà notre espérance. Il nous invite à marcher avec lui. L’espérance chrétienne n’est pas seulement tournée vers un avenir lointain, mais elle est faite pour ici-bas, et elle nous rappelle sans cesse que c’est moins l’homme qui se tourne vers Dieu et qui espère, que Dieu qui se tourne vers nous, puisque c’est lui qui a espéré le premier, en nous envoyant son Fils. (Salenson)

Bien sûr, on nous demandera où elle est cette présence du Christ ? Où elle est cette victoire ? Mais comme le dit le renard au Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec les yeux du cœur. »  La victoire du Christ peut sembler invisible à l’œil nu, et pourtant notre foi nous donne de le reconnaitre, de deviner les signes de sa présence, de le savoir tout proche de nous. C’est là le grand mystère de la foi qui est la nôtre. 

Notre espérance s’enracine avant tout dans le présent. Nous croyons non seulement pour demain, pour aller au ciel, mais avant tout nous croyons et nous aimons pour aujourd’hui, car cette foi en Dieu nous fait nous dresser debout sans cesse dans notre quotidien. Elle transforme notre regard sur le monde, notre relation les uns avec les autres, notre manière de vivre l’épreuve, d’aimer la vie et de nous y engager. La foi en Dieu donne sens à tout ce que nous sommes et c’est pourquoi il est juste de dire que Jésus vient nous sauver, car il est lui le révélateur du véritable visage de Dieu.

« Le christianisme n’en est qu’à ses débuts. Son « programme », appelons-le ainsi, est prévu pour des millénaires ; chaque siècle, chaque époque ne prend dans le christianisme, dans la Bible, que ce qu’elle est en état de percevoir. Nous aussi, à notre époque, nous ne prenons que l’aspect, partiel, que nous sommes capables de percevoir et sur lequel nous réagissons aujourd’hui. Le christianisme est ouvert sur tous les siècles, sur le futur, sur le développement de toute l’humanité. C’est pourquoi il est capable de renaître constamment. Au fil de son histoire, il peut traverser les crises les plus pénibles, se trouver au bord de l’extermination, de la disparition physique ou spirituelle, mais à chaque fois il renaît. Non parce qu’il est dirigé par des personnes exceptionnelles – ce sont des pécheurs comme tout le monde – mais parce que le Christ lui-même a dit : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). […] Il n’a pas parlé de quelques écrits, des Tables de la Loi, de certains signes et symboles particuliers. Il n’a rien laissé de tel, mais il s’est laissé lui-même, lui seul. »

Extrait de Le christianisme ne fait que commencer, d’Alexandre Men, Cerf, coll. « Le sel de la Terre », 1996, p. 253

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