Expatrié en mission

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Ce n’est pas d’hier : nos pays occidentaux balayés par un flot inouï d’expatriés.    Sans que ce soit facile, plusieurs refont leur vie de famille ici grâce à l’hospitalité du Canada.    Notre paroisse en bénéficie.    Elle en est transformée.    En mieux, car sa mission d’accueil et de soutien s’élargit. — Il me semble que ça nous met en phase avec de la Parole de Dieu entendue ce matin.    Au fil des lectures, je retiens trois aspects qui tournent justement autour de la mission.

D’abord, la mission de Jésus. — Il part de Galilée et se retire en région païenne.    On dirait qu’il s’est fourvoyé.    Il parait surpris.    Il reste bouche bée, quand une femme venue de là le supplie de guérir sa fille.    Il explique son silence, deux fois plutôt qu’une.    « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël… il n’est pas bon de jeter la nourriture des enfants aux petits chiens ».    La confiance obstinée de l’étrangère lui met le cœur en fête : « quelle grande foi ! »

Selon le récit de Matthieu, cette Cananéenne, une femme de rien, supplie Jésus avec les titres de « Seigneur, fils de David ».    Ceux que les 1ers chrétiens attribuent au Christ ressuscité.    En envoyant les douze en mission, Jésus leur avait donné la même consigne qu’il s’applique à lui-même : « allez vers les brebis perdues d’Israël ». Ressuscité, c’est lui qui va élargir leur mission.    « Allez, de toutes les nations faites des disciples…    Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ».

En 2e lieu, la mission de Paul et de l’Église. —    Paul tient « sa mission d’apôtre des nations » de sa rencontre avec le Ressuscité.    Persécuteur zélé, il est devenu l’instrument de choix pour porter le nom du Seigneur aux nations païennes et aux israélites.    Paul sait très bien de quoi il parle quand il affirme qu’il n’y a pas de différence entre les Juifs, enfants d’Abraham, et les païens.    Ici, aucun privilège, pas de droits acquis.    Dans la foi, « tous sont tributaires de la miséricorde infinie de Dieu ».

Paul exerce son ministère d’apôtre des nations.    Il se désole pour ses frères de race.    Ils ont en héritage l’alliance et les promesses, mais ils se sont mis à l’écart en refusant que tous les peuples y aient, eux aussi, accès.    Paul reste cependant habité par une conviction profonde.    « Les dons gratuits de Dieu et son appel sont irrévocables ».    L’Église, tous ceux et celles qui vivent de la miséricorde du Père par la foi, sont enfants d’Abraham.    Avec mission de témoigner au monde du grand projet d’amour de Dieu pour tous.

Enfin, la mission révèle la justice de Dieu. — Isaïe, le 3e, reprend    au nom du Seigneur, la critique de la religion d’Israël, des prophètes avant lui.    « S’attacher à lui, l’honorer, aimer son nom, le servir, observer le sabbat et tenir son alliance », n’est pas affaire de rites, de pratiques, de sacrifices.    Rien d’autre : « observer le droit, pratiquer la justice ». En d’autres mots, se laisser toucher, transformer par l’amour de Dieu qui rend juste.    Vivre la foi de la Cananéenne : la foi qui agit par miséricorde, par charité pour sa fille malade.    Voilà, ce qui donne sens, rend juste et met en communion avec Dieu.   

Jésus est héritier de cette vision prophétique.    Dans sa dernière grande parabole en Matthieu, il nous dit : « J’étais étranger, affamé, assoiffé, nu, malade et vous m’avez accueilli ». — Je nous regarde.    D’où, que nous soyons Québécois ou Ontariens de souche, Camerounais, Haïtiens, Burundais ou Malgaches, nous sommes tous, plus ou moins, étrangers les uns aux les autres.    Étrangers, avec la même mission de témoigner au monde de la miséricorde infinie de Dieu pour tous.    De son désir de « rassembler tous les peuples sur sa montagne sainte, remplis de joie dans sa maison de prière ».

Qui que nous soyons, il n’est jamais facile de ne pas céder au mépris de l’étranger.    De l’autre qui dérange par son apparence, ses odeurs, ses croyances, ses cris.    Que la table de la parole et du pain vivant où nous apprenons à surmonter nos différences nourrissent en nous l’espérance d’un monde de justice et de paix.    Un monde qui proclame la victoire définitive du Ressuscité sur l’égoïsme et la haine, sur la violence et la mort.    Amen !

Fr. Jean-Marc Perreault O.P.


Isaïe 56,1.6-7 ; Psaume 66 ; Romains 11,13-15.29-32 (Matthieu 4,23) Mt 15,21-28