On lit dans la suite immédiate de cet évangile, sans s’en étonner, que beaucoup des disciples de Jésus dirent :’’elle est dure, cette parole. Qui peut l’écouter?’’ et que dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent et ils n’allaient plus avec lui. Et pour cause. Elles sont vraiment dures, ces paroles. Jésus le reconnaît, en leur disant ‘’Cela vous scandalise. C’est l’Esprit qui vivifie. Nul ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père. ‘’
C’est effectivement par la grâce de la foi qu’en définitive, nous pouvons souscrire aux paroles de Jésus. Mais quelle n’est pas notre consolation à pouvoir dire ‘’amen’’, par la grâce de la foi, à cette dure mais en même temps si belle affirmation : ‘’Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture et mon sang est la vraie boisson. ‘’
L’enseignement de Jésus est troublant non seulement en ce qu’il comporte l’exhortation à manger sa chair et à boire son sang, mais il l’est aussi par l’absolu apparent de la relation entre le fait de manger sa chair et de boire son sang, et la résurrection au dernier jour. C’est garanti.
Il y aurait sans doute des nuances à faire, il y aurait beaucoup d’arguments à déployer pour montrer que si l’enseignement de Jésus est troublant, il a pourtant un sens, beaucoup de sens même, si on se réfère aux antécédents dans l’Ancien Testament, l’antécédent en particulier du sacrifice de communion dans l’ancienne alliance. Mais ce n’est pas le moment, dans une homélie, de faire une multitude de nuances et d’avancer une démonstration théologique.
Contentons-nous de considérer combien ça génère d’enthousiasme et d’espérance en nous que d’oser croire que du fait de manger sa chair et de boire son sang, nous demeurons en lui et il demeure en nous. L’évangile de Jean va jusqu’à dire ailleurs que nous chrétiens, de par notre foi, nous vivons déjà de la vie éternelle.
Pensons-y. Nous sommes en pleine communion avec le Fils de Dieu, du fait de notre communion, selon le mot de S. Paul, à son corps et à son sang.
L’extrait du livre du Deutéronome est toujours d’actualité. Notre vie est une longue marche, souvent au désert, que Dieu nous impose pour nous faire passer par la pauvreté qui met à l’épreuve notre foi en lui, notre espérance de salut en lui. Mais il nous donne la manne qui nous maintient vivants durant cette marche. Cette manne prend bien des formes, dont deux principales, que nous recevons lors de la célébration de nos eucharisties. Il nous donne la communion avec son Fils par la manne de son enseignement, contenu dans les évangiles que nous entendons. Et il nous donne la communion à son Fils par la manne de son corps et de son sang, auxquels nous communions, littéralement.
Rendons grâce à Dieu aujourd’hui pour le mystère du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Rendons grâce à Dieu, plus largement, de l’eucharistie que nous célébrons si souvent, cette plus belle de toutes nos prières, par laquelle nous faisons monter vers le Père, par le Fils et dans l’Esprit, tout honneur et toute gloire en nous réjouissant à la pensée qu’ils sont pour les siècles des siècles.
Quand je médite à tout cela, ça me renvoit invariablement au psaume 115, le psaume dit des martyrs, si évocateur de l’eucharistie. ‘’Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait? J’élèverai la coupe du salut. J’accomplirai le sacrifice d’action-de-grâce en invoquant le nom du Seigneur. J’accomplirai mes vœux envers Dieu, oui, devant tout son peuple.’’