Dieu au coeur des détresses humaines

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Le texte de l’évangile de ce dimanche nous parle de fin de vie, de deuil. Lazare, l’ami de Jésus, est mort. Ses sœurs, amis et connaissances, portent son deuil. Quand on lit le début du récit du retour à la vie de Lazare, on  peut croire que Jésus est indifférent et même anti-empathique. Il ne se presse pas à descendre au chevet de son ami malade. Il passe encore deux jours à Jérusalem (cf. Jn 11, 6). Il le laisse mourir, il vient pleurer après et ensuite le ressusciter. On pourrait bien se demander pourquoi Jésus a fait cela. Pourquoi n’avoir pas ordonné, à distance, une parole de guérison comme Il le fait pour certains cas similaires dans l’Évangile (Jn 4, 46-54) ? Pourquoi pleurer sachant qu’il allait le ressusciter ? Dans l’évangile de Jean, aucun acte et geste de Jésus n’est gratuit. Tout est au service de sa mission et de la foi en Lui. On pourrait ainsi avoir du texte un regard anthropologique et théologique

Larmes de compassion devant la détresse humaine

« Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » (Jn 11, 21-32) Seigneur, si tu avais été là, on n’aurait pas eu tant de milliers de décès du coronavirus 19, du corona des guerres et de la pauvreté dans le monde. Le plus souvent, on croit que Dieu est absent de nos deuils, qu’il est indifférent de nos souffrances et misères. Pourtant, la présence et les larmes du Christ, au deuil de Lazare, nous confirment de la solidarité de Dieu à nos souffrances et misères, avec nos joies et peines. Elles sont une révélation de son humanité.

Jésus a renoncé de faire un miracle à distance parce qu’il a tenu d’être là. À tout répondre par les miracles, ce serait comme s’il était étranger à nous, ne sentant pas dans sa chair les misères et les détresses existentielles des humains. Or, l’Écriture dit qu’Il a porté sur Lui toutes nos souffrances, toutes nos infirmités (cf. Is 53, 5; 1 P 2, 24 ; He 2, 18 ; 4, 15) et même notre mort (cf. He 2, 9bc).

Le Christ Jésus s’est fait chair (cf. Jn 1, 14). Il est là avec nous et auprès de nous. Il pleure pour nous et avec nous, la détresse humaine. Il le fera davantage à la Croix, où il a porté le deuil, les funérailles de chaque personne, en particulier, et de toute l’humanité en général. À ce sujet, Victor Hugo écrivait au bas d’un crucifix :

« Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car Il pleure./

Vous qui souffrez, venez à Lui, car Il guérit./

Vous qui tremblez, venez à Lui, car Il sourit./

Vous qui passez, venez à Lui, car Il demeure.» (Victor Hugo).

« Voyez comme il l’aimait » (Jn 11, 36)

La compassion et l’action de Jésus vient du fond de son cœur, de son amour pour Lazare, son ami, et ses sœurs (cf. Jn 11, 3.5.11.36). « Voyez comme il l’aimait » (Jn 11, 36), dit la foule. Saint Jean définit la mission du Christ sur terre comme une mission d’amour. « Dieu, dit-il, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.» (Jn 3, 16) Il nous a aimés jusqu’à bout (cf. Jn 13, 1) et a pleuré pour nous. Il dit son amour par les larmes.

Révélation de la gloire de Dieu et de son Fils (11, 4.40)

Par trois fois, le texte fait allusion à la gloire de Dieu et de son Fils (cf. Jn 11, 4.40). La gloire de Dieu, la doxa, c’est sa présence aimante au milieu de son peuple. C’est la manifestation de sa puissance en sa faveur. C’est sa révélation. Les signes, en Jean, sont pour manifester le Christ. Il est Dieu. Il n’est pas seulement un homme d’émotion, mais aussi d’action. Sa passion est active. Compassion suppose action. « Lazare, sors ! » (Jn 11, 43), dit-Il.

Il redonne vie à Lazare, preuve qu’il voulait vaincre plus la mort qui l’enveloppait, depuis quatre jours, que guérir sa maladie. La mort, en effet, est la maladie humaine suprême qu’il faille guérir. C’est la preuve aussi qu’il est le Tout-Puissant, et que même si c’est depuis 1000 ans qu’on est mort, Il est la puissance de la résurrection parce qu’Il est la Vie.

Signe pour une foi approfondie (11, 15. 43)

« Seigneur, si tu avais été là. » Il s’agit, pour les sœurs de Lazare, d’un cri de détresse profond. C’est la désolation totale de leur part, tout comme avec la pandémie du covid-19 que nous vivons. Une désolation, une angoisse humaine normale, mais qui traduit notre limite dans la connaissance de la personne de Jésus-Christ. Elles le connaissent, certes, et elles croient en Lui. Il est l’ami de la famille. Mais, elles ne le connaissent pas encore comme : « la Résurrection et la Vie » (Jn 11, 25). Le miracle opérer doit approfondir leur degré de connaissance et de foi, elles, mais aussi les disciples et la foule présente (Jn 11, 14-15. 42-43) « Oui, Seigneur, confesse-t-elle, je crois que tu es le Christ, celui qui vient dans le monde. » (Jn 11, 27) C’est pourquoi, le récit de Lazare cache celui du Christ, de sa mort et de sa résurrection à venir. Il est prophétique.

Le Christ est notre Résurrection et notre Vie

Portons au Seigneur tous nos deuils intérieurs, toutes ces personnes qui nous sont chères, toutes ces victimes du corona-virus, du corona de la pauvreté, de la faim et de la soif ; du corona des guerres et de toutes sortes de maux qui endeuillent l’humanité depuis sa création. Confions tout cela aux larmes du Christ qui ne sont pas seulement des larmes d’émotion mais, aussi, un « kyrie » au Père pour l’humanité en détresse.

En effet, si la mort circule en nous et parmi nous à cause du péché, des maladies et des infirmités humaines, la résurrection y circule aussi à cause. Or, la résurrection du Christ est plus forte que la mort. C’est cela l’un des enjeux de l’exhortation de Paul aux Romains (Rm 8, 10-11) :

« Si Christ est en vous, votre corps, il est vrai, est voué à la mort à cause du péché, mais l’Esprit est votre vie à cause de la justice. 11Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous. » (Rm 8, 10-11)

Le Christ est notre Résurrection et notre vie dans nos morts et dans nos deuils si, du moins, nous croyons en Lui. « Je suis la Résurrection et la Vie: celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; 26et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11, 25-26) Oui, Seigneur, nous croyons, mais viens encore au secours de notre foi, de notre espérance et de notre amour pour toi.

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