Devenez ce que vous recevez

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

«Berk, du sang! J’haïs ça! J’ai peur! Maman, est-ce que je vais mourir?» – Réactions enfantines, primitives? — Pas tant que ça : pensez-y bien. N’est-ce pas plutôt un réflexe viscéral? Une sorte de conscience spontanée de la vie? Avec le sang qu’on perd, elle se perd, s’écoule et s’en va.

Cette conscience paraît habiter les humains depuis toujours. Le sang c’est la vie, comme l’âme visible de la personne. J’ai été en hémorragie trois fois. La dernière a duré longtemps. C’était grave. Les frères Denis et Thông qui m’ont mené à l’hôpital en ont eu peur. Ma petite expérience est loin d’être unique.

On meurt au bout de son sang. Mais on donne de son sang pour que d’autres vivent. Le sang des règles fait d’une enfant une jeune fille, bientôt femme capable de donner la vie. Certains se font frères-sœurs de sang. Ils sacrifient leur vie, versent leur sang, pour que d’autres aient une vie meilleure, libre et plus humaine.

 

Tout le monde sait aussi la force des liens du sang. Plus forts que le mal, que la mort même! On peut les renier, ils sont impossibles à briser absolument. Pensez aux liens parent-enfant, ils s’arrêtent quand? — Ils sont pleins de sacrifices, de dons, de pardon, de recommencements, de reconnaissance et d’espérance.

Nous voilà de plain-pied avec la perspective dans laquelle la liturgie du jour invite à célébrer l’Eucharistie. Un don de vie. Des liens de vie. Une alliance pour la vie… Action de grâce pour tout ce que nous sommes et avons. Pour tout ce que nous avons déjà reçu. Pour l’héritage éternel qui nous est promis et vers lequel nous conduit le Christ, notre bon Pasteur.

Au pied du mont Sinaï, Moïse refait des gestes séculaires. Des rites de sang sans doute communs aux sociétés d’alentour, vraisemblablement universels. Les aspersions de sang disent et font la communion entre l’autel du divin et le peuple. Leur originalité tient ici aux paroles sur la base desquelles ils signent l’Alliance que le Seigneur conclut avec les fils d’Israël.

Dieu les a libérés de l’esclavage. Au-delà du désert où ils peinent, il les conduira vers une terre d’abondance. De douze tribus, il fait un peuple unifié, son peuple. Il marchera avec eux, sa parole les guidera. Le peuple répond d’une seule voix. Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous obéirons.

La lettre aux Hébreux catéchise la foi de ceux et celles qui veulent suivre le Christ Jésus. D’entrée de jeu, elle l’a dit Fils de Dieu, rayonnement de sa gloire, expression de son être, son ultime parole. Le passage de ce matin commente les rites de l’Alliance. Le Christ en est le grand prêtre, l’artisan. La Parole de Dieu est venue au monde, a dressé sa tente parmi nous. Tente plus parfaite, surhumaine.

Le Fils-Parole s’est fait l’un de nous. Il n’a pas honte de nous appeler ses sœurs, ses frères. Médiateur de l’Alliance nouvelle, c’est lui qui réalise le sacrifice de paix entre nous et Dieu. En répandant son propre sang, il entre une fois pour toutes dans le sanctuaire de la communion de Dieu. Il nous y entraîne avec lui. Il nous sanctifie de nos souillures. Il nous purifie des actes qui mènent à la mort.

Nous arrivons à l’eucharistie du dimanche avec chacun, chacune nos histoires personnelles, nos soucis, nos joies, nos peines, nos espoirs. La Parole de Dieu, le Christ ressuscité, nous rassemble et nous entraîne dans sa Pâque. Elle force nos individualismes à devenir solidarité. Un peuple de frères et de sœurs ouvert, sensible à tous à cause du sang versé pour la multitude des humains en quête de vie. Que dirons-nous en réponse à cette Parole du Dieu vivant?

L’Eucharistie du Seigneur que nous célébrons, Parole de Dieu, Corps et sang de Jésus Christ, actualise l’Alliance nouvelle et éternelle. Présence, vraie, réelle et agissante de l’amour de Dieu donné pour la vie du monde. Si nous ne pouvons prendre cette précieuse présence en nos mains. Recevons-la dans notre cœur pour qu’elle nous habite et nous transforme.

Saint Augustin disait aux fidèles de son Église : «Devenez ce que vous recevez, le Corps du Christ». Soyons donc Corps du Christ en ce monde, irrigués de son Sang, porteurs de sa Vie. Que toute marque d’affection, tout geste d’amitié, de partage, de pardon. Que toute parole fraternelle de compassion, de réconfort, d’entraide ou de libération, soit autant de pas heureux sur la route du Royaume de pleine communion, notre espérance. Soyons déjà réellement, chacun, chacune selon nos moyens, sa présence au cœur du monde!

 

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