Crise d’ado contre papa

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Tous les parents s’arrachent les cheveux quand les ados font leur crise. La crise d’ado, c’est le moment où les enfants grandissent et remettent en cause l’autorité parentale.

Les parents pensaient que leur bébé ne grandirait jamais. Tout petit, un enfant est admiratif de son papa, il le voit comme son héros, et « tout ce que papa dit est vrai, parce que c’est papa qui l’a dit ». Un enfant obéit à la parole de son père, toujours dans le respect de son autorité et la confiance totale en ce qu’il dit.

Mais les enfants grandissent trop vite, ils changent. Un jour, leur chambre devient un capharnaüm et puis ils s’opposent aux parents : « Papa est trop autoritaire, il m’empêche d’être libre. En plus, il comprend rien au monde d’aujourd’hui. C’est un vieux croûton, un ringard, un baby-boomer incapable de tweeter, de tiktoker et de matcher sur Tinder. Bref, trop la honte les parents ».

Du côté des parents, la crise d’ado est rarement bien comprise. Elle est souvent vécue comme une trahison injuste. Alors qu’ils ont tout donné, de l’amour, du temps, de l’argent, de l’énergie, l’ado n’a aucune reconnaissance. Les parents se sentent rejetés, ignorés, parfois méprisés. Leur autorité est mise à mal, elle n’a plus aucun effet. Et les parents se retrouvent nostalgiques de ce temps où leur enfant était mignon, obéissant, respectueux de l’autorité, mais aussi moins boutonneux et moins poilu.

Et si les ados, c’étaient les gens de la synagogue de Capharnaüm ? Jésus enseignait et tout le monde « était frappé par son enseignement », admiratif, respectueux, « car il enseignait en homme qui a autorité ». Les gens regardaient Jésus avec des yeux d’enfants. Ils l’écoutaient comme un petit enfant écoute son papa. La foule voyait en lui un héros, un magicien des mots. Tout ce qu’il disait semblait vrai. Quand Jésus disait à un esprit impur : « Tais-toi ! Sors de cet homme », l’esprit impur obéissait et sortait de l’homme tourmenté. Jésus commandait « aux esprits impurs, et ils lui obéissaient ». Tout ce qu’il faisait semblait vrai.

Mais les yeux admiratifs de la foule qui admirait Jésus se transforment très vite en un regard méprisant d’un ado grincheux et mal dans sa peau. Après les premiers succès des prédications de Jésus, après les premiers succès de ses guérisons et de ses exorcismes, les foules vont cesser de le suivre et de lui obéir. Les foules vont le rejeter, l’ignorer, et même le mépriser. L’autorité de Jésus n’aura plus aucun effet sur eux, elle ne sera plus reconnue malgré ses paroles de vérité, malgré les signes pourtant clairs des guérisons et des exorcismes. Jésus sera rejeté par les siens, par celles et ceux qu’il aimait pourtant comme un père. Jésus sera rejeté comme un ado rejette son père.

Et si les ados, c’étaient nous ? Nous aimons Jésus et nous l’acclamons comme la foule de Capharnaüm. Nous sommes frappés par son enseignement, ses paroles de sagesse, de paix et d’amour. Mais comment nous comportons-nous face à son autorité, et comment voulons-nous lui obéir ? Comme des ados comprenant mal le lien qui les unit à leur père, ou comme des adultes dans la foi qui cherchent à aimer mieux ?

Peut-être comprenons-nous mal l’autorité de Jésus. Son autorité n’est pas à l’image des régimes autoritaires de notre planète. Jésus n’est pas un chef intransigeant, violent, qui piétine les libertés de ses sujets en imposant des mesures non négociables. Il n’a rien non plus d’un papa autoritaire qui impose des règles strictes à ses enfants, ceux-ci se sentant alors brimés et incompris. Non, rien de tout cela.

En réalité, Jésus est notre Dieu. Il agit avec autorité parce que sa parole est efficace. Elle réalise ce qu’elle signifie. Le psalmiste l’affirme : « Il dit et cela est. Il commande et cela existe » (Psaume 33, 9). Jésus dit à un esprit impur : « Tais-toi ! Sors de cet homme », et l’esprit impur sort. Jésus commande aux esprits impurs, et ils lui obéissent. Quand Jésus dit une parole à un malade, celui-ci guérit. Sa parole est efficace parce qu’il est le Verbe fait chair, la Parole du Père faite chair. La parole de Jésus est vraie car elle sort du plus profond de son être divin. C’est la même parole qui créa la terre et le ciel, les océans et les rivières, l’homme et la femme. Une seule parole de Dieu fait jaillir la vie de tout un univers. C’est cela son autorité.

Et aujourd’hui, l’autorité de Jésus est encore réelle car sa parole est encore efficace. Quand le prêtre reprend les paroles et les gestes de Jésus sur le pain et le vin, il dit et cela est, il commande et son Corps et son Sang existent. Quand le prêtre reprend les paroles et les gestes de Jésus sur une personne qui vient confesser ses péchés, il dit et cela est, il commande et le pardon existe.

Croyons-nous que la parole de Jésus est encore efficace aujourd’hui ? Ou remettons-nous en cause son autorité, comme des ados grincheux, contestataires et sans enthousiasme ?

L’adolescence est un passage obligé. Mais on en sort le jour où l’on découvre que son père avait raison.

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