Carême : mystère de Dieu et de l’Homme.

Paroisse Saint-Jean-Baptiste – Ottawa https://sjb-ottawa.org

Dans sa conférence de Carême, le frère Michel Gourgues nous disait que les évangiles dominicaux du carême, en année C, pouvaient être divisés en deux blocs. Le premier bloc, rassemblant les deux premiers dimanches de carême et le dimanche des Rameaux, rappelle l’expérience vécue par Jésus. Le deuxième bloc, rassemblant les 3 dimanches suivant, concerne ce que les croyants sont invités à vivre . Ceci pour nous dire que le carême est le mystère du Christ Sauveur et de l’Homme qu’Il vient sauver. Si les deux premières semaines de carême mettent l’accent sur les expériences vécues par Jésus c’est parce qu’elles sont fondatrices et déterminantes pour notre carême et pour toute notre vie chrétienne. C’est à partir d’elles que nous définissons et orientons nos propres expériences.

Le premier dimanche de carême est connu comme étant le dimanche des tentations du Christ. C’était dimanche dernier. Ce deuxième dimanche de carême parle de la transfiguration du Christ. C’est sur elle, la transfiguration, que nous allons méditer en lien avec le carême.

D’un visage à l’autre : le mystère de la transfiguration

Bientôt la neige va finir. Ô blanche neige ! Jusqu’au prochain hiver ! Nous verrons alors comment au printemps, en un clin d’œil de temps, les arbres d’hiver vont redorer tous leurs feuillages et la nature redonner toute sa verdure. Le visage du pays va changer, qu’on ne le reconnaîtrait plus comme étant un pays de neige.
En cela, les néo-platoniciens, comme Augustin, ont raison quand ils nous disent que tout ce dont Dieu fait dans la réalité spirituelle, a son reflet dans le monde sensible. C’est-à-dire que les réalités divines comme la passion, la transfiguration, la résurrection, ont leurs images dans la nature, aussi imparfaites qu’elles soient.

D’un visage à l’autre, le changement se note aussi même dans la personne humaine. De l’œuf à l’embryon, de l’embryon au fœtus, la personne humaine prend plusieurs visages. De l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à la jeunesse, de la jeunesse à la vieillesse, le corps humain prend plusieurs figures, plusieurs formes, dans sa croissance. Seule l’âme humaine reste intacte, parce que l’âme, comme réalité spirituelle, ne grandit pas. Elle peut être purifiée, mais elle ne connaît ni d’enfance, ni de jeunesse, ni de vieillesse.

La transfiguration fait partie des mystères de lumière, dans la vie apostolique de Jésus. C’est pourquoi le psalmiste peut dire : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut » (Ps 26 (27), 1). Notons bien que le Christ est transfiguré dans son humanité. C’est en tant qu’homme qu’il est transfiguré. Comme Verbe, la Parole de Dieu et Dieu, il n’y a pas de changement ou de transformation en Lui. Dieu est immuable. Tout comme le corps humain change de visage, change de morphologie, à différent stage de sa croissance, sans que l’âme humaine ne se modifie, de même, le Christ dans sa nature divine propre, ne peut ni être défiguré, ni être transfiguré.

Transfiguration comme témoignage au Fils

Dans la scène de la transfiguration, nous notons deux parties principales : une pour Jésus (cf. Lc 9, 29-31) et l’autre pour les trois disciples, Pierre, Jacques et Jean que le Christ a amenés avec lui (cf. Lc 9, 32-36). Dans la partie du Christ, l’on note que pendant que Jésus priait, son visage changea, il devint différent ou autre (ètèrov, de ètèros), tandis que son vêtement devint blanc d’une blancheur éclatante, c’est-à-dire d’une blancheur de la lumière (cf. Lc 9, 29) ou de la neige. Il est aussi dit qu’Elie et Moïse, deux personnages importants de l’Ancien Testament, apparurent et s’entretenaient avec Lui à propos de son départ pour Jérusalem, c’est-à-dire à propos de sa passion, sa mort et sa résurrection (cf. Lc 9, 22, 51 ; 13, 33).

Élie, on le sait, est le représentant de la tradition prophétique, de tous les prophètes de l’Ecriture. Moïse, quant à Lui, est le représentant de la Loi. C’est à Lui que Dieu donna la Loi qui est comme la constitution de la foi juive et de la nôtre, dans l’Ancien Testament. Moïse avait dit, dans la Loi, qu’il fallait le témoignage de deux personnes au moins, afin de reconnaître ce qui est juste et vrai devant Dieu (cf. Dt 17, 6 ; 19, 15 ; Nb 35, 30 ; Mt 18, 16 ; Jn 8, 17 ; 2 Co 13, 1 ; 1 Tm 5, 19). Les deux sont là en tant que témoin du Christ, le Messie de Dieu, qui doit souffrir et ressusciter pour le salut de son peuple. Autrement dit, la Loi et les prophètes, c’est-à-dire toutes les Ecritures, témoignent ainsi qu’Il est le Messie envoyé par Dieu (cf. Jn 5, 39) .

Dans la partie concernant les disciples, il est dit qu’ils dormirent comme ils feront, justement, à Gethsémani (cf. Lc 9, 32 ; 22, 45-46) et même le jour de Pâques où, ce seront des femmes qui s’étaient rendues de bonheur à la tombe vide, qui leur annonceront la Résurrection (cf. Lc 24, 1-12). Sortis du sommeil qui les écrasait profondément, ils virent la gloire du Christ transfiguré, et les deux hommes qui étaient avec Lui (cf. Lc 9, 32). Autrement dit, ils témoignèrent aussi de Lui, comme Messie. Et, dans leur émerveillement, Pierre demande à établir trois tentes de contemplation correspondant aux trois personnages (cf. Lc 9, 33). C’est alors que la nuée les recouvrit et une voix venue de cette nuée dit : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le. » (Lc 9, 35 LIT)
Transfiguration comme révélation du Fils par le Père

Au-delà du merveilleux qui l’entoure, la transfiguration est révélation du Fils. Dans les passages précédents, il était question d’une enquête sur l’identité de Jésus au milieu des foules qui le prenaient pour Elie, Jean le Baptiste ou l’un des prophètes ressuscité (cf. Lc 9, 18-19). À travers la transfiguration, Dieu le Père nous révèle son Fils et confirme la confession de foi de Pierre qui, à Césarée, affirma que Jésus est « le Christ de Dieu » (Lc 9, 20). Nous révélant son Fils, Dieu nous dit aussi comment faire avec Lui.

« Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi. » (Lc 9, 35 LIT) Voilà la révélation ! « Ecoutez-le. » (Lc 9, 35) Voilà ce dont nous devons faire ! Le carême nous donne donc de méditer sur le Fils bien-aimé et son amour pour nous. Autrement dit, il n’est pas encore question de construire des tentes, comme si on était déjà dans la vision béatifique. Jésus est la Tente, la Demeure de Dieu, parmi les hommes (cf. Jn 1, 14 ; Ap 21, 3). De plus, au Ciel, dans la vision de gloire, nous n’aurons plus de tentes, comme au désert. Dieu sera notre Tente et sa gloire nous illuminera (cf. Ap. 21,22). Il est question d’écouter le Christ. Il y a encore du chemin à faire pour notre conversion, pour notre transfiguration dans le Christ. Tous nos exercices de carême, la prière, le partage et la pénitence doivent nous conduire au Fils et à l’écoute du Fils.

Ce temps de carême nous est donné donc comme un moyen de plus pour méditer sur son chemin de vie qui s’acheva dramatiquement à Jérusalem, et pour témoigner de sa vie, sa passion, sa mort et sa résurrection. Il est un temps où nous allons reconnaître, comme le dit Marthe Robin, que le Christ s’est épuisé pour notre baptême, pour notre salut et Lui en rendre grâce.

Transfiguration : mystère d’anticipation pascale et de la vision béatifique

La transfiguration nous situe aussi dans le mystère d’anticipation. Son objet est hautement pascal. C’est pourquoi il est dit que pendant la transfiguration, Elie et Moïse apparus en gloire s’entretenaient avec Lui à propos de son départ à Jérusalem où il doit souffrir, mourir et ressusciter (cf. Lc 9, 30-31). La lumière, la blancheur et la gloire dont il est fait mention nous anticipe, nous projette aussi déjà dans la vision béatifique où « nous le verrons tel qu’Il est », comme nous dit Jean (cf. 1 Jn 3, 2). Dans la vision béatifique, une fois délivrés des yeux de chair et ses limites, nous réaliserons, avec les disciples, qu’Il est plus que ce qu’Il nous a manifesté sur la montagne.

La transfiguration est une anticipation de la gloire de la Résurrection et de la Victoire, le troisième jour. Le chiffre 3 (trois) présent dans le texte n’est pas, en cela, gratuit. Il y a trois disciples présents : Pierre, Jacques et Jean. Il y a deux personnalités de l’Ancienne Alliance qui sont Elie et Moïse, et une Personnalité du Nouveau Testament qu’est Jésus. Cela fait un total de 3 personnes. Pierre demande à dresser trois tentes (cf. Lc 9, 33). Ce chiffre « 3 » semble bien révélateur de la passion, mort et résurrection du Christ, le troisième jour.

Même la promesse et l’alliance du peuplement faite par Dieu, à Abraham, peut se lire dans cette anticipation. À travers la descendance multiple que Dieu lui promet et à laquelle il a cru (cf. Gn 15, 5-6. 17-18), Dieu anticipait déjà sur le mystère de la renaissance pascale, avec le peuple du salut acquis par le Sang de la Croix, gage de la Nouvelle Alliance. Du coup, nous pouvons comprendre la promesse de la descendance faite à Abraham comme une transfiguration de la stérilité à la fécondité, de la vieillesse à la jeunesse perpétuelle que sera l’Eglise du Sauveur.

Toutefois, pour y arriver, le Christ doit d’abord souffrir et mourir. Il doit d’abord être défiguré dans son humanité, à Jérusalem. En ce sens, la transfiguration qui est un mystère de lumière, annonce la défiguration, dans les mystères de la douleur, de laquelle jaillira la Résurrection.
La vie chrétienne est une vie de transfiguration

Les disciples sont tenus de garder le silence jusqu’à ce que ce mystère s’accomplisse, le Dimanche de Pâques, date où ils commenceront à prêcher et témoigner de tout ce qu’ils avaient vu à la suite du Christ. Ce n’est qu’après cela qu’ils pourront, comme Paul, prêcher la Croix du Christ sans honte, et devenir même des amis de la Croix dans l’espérance que le Christ transformera leurs corps mortels en corps glorieux, par la puissance active de sa Résurrection (cf. Ph 3, 18.21). La cité terrestre est triste et douloureuse, avec nos souffrances, nos maladies, nos croix existentielles. Mais, tout comme Paul, gardons confiance en l’Homme de la Croix et tenons ferme.

La transfiguration du Christ, qui est la Tête de l’Eglise, annonce aussi celle de son Corps et de ses membres que nous sommes. Toute existence, disait-elle, est un Gethsémani. Chacun, chacune, a son « vendredi saint », ses mystères douloureux, mais, qui laisseront place, un jour, aux mystères glorieux si nous suivons le Christ. Il y a donc, dans ce message de la transfiguration, un appel à l’espérance et à la confiance que Jésus nous donne. Il nous exhorte à ne pas avoir peur de la croix, de sa Croix qu’Il doit subir à Jérusalem et de la nôtre, dans cette vallée de larmes.

Pour être transfiguré, il nous faut suivre le Chemin de la transfiguration. La vie chrétienne est une transfiguration quotidienne à la suite du Christ. Certes, le péché nous défigure au quotidien. Mais, sa grâce nous relève. Par nos prières, nos jeûnes, notre partage, notre vie et engagement au Christ, dans l’Eglise et dans la société, le Christ nous transfigure en Lui chaque jour. Cette transfiguration ne se fait pas physiquement. Il s’agit d’un acte spirituel. Il s’accomplira totalement, au Ciel, dans la vision béatifique, quand nous Le verrons face à face.

L’Eucharistie que nous recevons est le Pain de la transfiguration. En le recevant, nous nous engageons, comme dit Augustin, à devenir ce que nous recevons, à devenir le Christ. Nous le mangeons afin d’être transfigurés, c’est-à-dire de changer nos mystères douloureux en mystères lumineux et glorieux.

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