Avez-vous rencontré le Christ ? Vous ne savez pas ? — Arrêtez de chercher, écoutez… Pour Paul, il n’y a pas de doute. Baptisés dans le Christ Jésus, nous avons été plongés en lui. Peut-on connaître contact, rencontre plus totale, relation plus profonde et plus intime ? — Le Christ nous rejoint, il nous touche en tout ce que nous sommes.
Paul a de fortes expressions. Baptisés dans le Christ nous vivons de lui, avec lui, en lui, par lui. Nous vivons pour Dieu. Ailleurs, il dira : vous avez revêtu le Christ. Et encore, vous êtes le corps du Christ. Le baptême est rencontre du Christ en son Corps-Église. À plusieurs…, différents…, mais tous abreuvés du même Esprit, nourris du pain vivant, réconciliés dans l’amour. Une vie nouvelle !
Ça, pour Paul, c’est le don de la toute-puissance du Père. En Jésus, Dieu se plonge dans l’humain, ses misères, sa mort. Au baptême, il nous plonge en lui. Avec le Christ, il nous fait passer de la mort à la vie. Sa grâce appelle notre foi. Sa rencontre est source d’une multitude d’autres. La vie nouvelle, jusque dans l’éternité de Dieu.
Est-ce vrai, réel ? Qu’en sait-on ? — Matthieu dessine une piste. La vie nouvelle des baptisés s’actualise, se transmet, se vérifie au quotidien. Parole de Jésus : Qui vous accueille m’accueille et accueille le Père qui m’a envoyé. La vie nouvelle est là. Que l’Esprit, lumière de notre baptême, nous fasse reconnaître et accueillir le Christ dans l’autre, dans les autres.
L’Évangile selon Matthieu met de l’avant l’idée de récompense. Pur moralisme ? — Non, chemin de la foi qui s’incarne dans toute attention, toute compassion, tout geste de bonté, fût-ce un simple verre d’eau. Dans l’accueil des autres à cause du Christ, le partage, la solidarité, l’Esprit fait surgir en nous la vie nouvelle du Ressuscité. Il nous ajuste au Christ, nous rend dignes de le suivre.
Souvent, l’accueil des autres provoque, dérange. Sans prétentions, ils nous sont la Présence qui appelle au dépassement de soi, à la conversion. Se pourrait-il que nos attitudes, nos choix de vie, notre fidélité à l’espérance dans un monde qui désespère aient un semblable impact prophétique ?
Selon le récit du 2e livre des Rois, l’accueil que font la shunamite et son mari à Élisée, l’homme de Dieu, porte en elle-même sa récompense. Pour leur couple stérile, c’est la venue d’un improbable enfant. Prions pour que l’Esprit qui nous anime fasse de nos rencontres avec les autres des lieux qui nous rendent toujours plus dignes de suivre le Christ et un gage de fécondité en vie éternelle. Pour ceux et celles que nous rencontrons, que ce soit à tout le moins une ouverture vers la vie nouvelle que le Christ apporte au monde.
Cette vie nouvelle dans le Christ est aussi rupture. Des ruptures difficiles, souvent coûteuses, pour être libérés des égoïsmes, des convoitises, de la peur et du péché qui nous menacent d’esclavage. Quand Matthieu rapporte qu’il faut prendre sa croix pour suivre Jésus, perdre sa vie pour la garder, il ne fait pas de jeux de mots. Il a sous les yeux la condition des premiers chrétiens. Mis au ban de leur communauté, de la société, souvent même rejetés par leurs familles.
Plusieurs souffrent aujourd’hui de l’indifférence de leurs proches et de l’hostilité larvée du monde ambiant pour la fidélité qui fait le cœur de leur vie… L’été, les vacances sont des signes, des lieux de liberté. Puisse l’Esprit, force de notre baptême, nous donner le courage de renouveler les choix qui nous libèrent. Enfants de lumière, que nous devenions toujours plus dignes de marcher à la suite de Jésus et d’être pour lui des témoins crédibles.
Fr. Jean-Marc Perreault O.P.
2 Rois 4,8-11.14-16b ; Psaume 88 ; Romains 6,3-4.8-11 ; Matthieu 10, 37-42