La louange du Christ
L’été s’est vécu, ces jours-ci, avec beaucoup d’orages dans certains coins du pays. La fête de la Confédération a été mouillée, ici, à Ottawa. On annonçait au Manitoba, je crois, des inondations avec des sous-sols mouillés. Je ne compte pas les catastrophes naturelles comme les tremblements de terre qu’on a eus au Venezuela, au mois passé. Bien sûr les guerres de par le monde ! Les guerres auxquelles nous sommes déjà habitués, avec les vies perdues. Mais, au cœur de ces événements, le Christ nous appelle ce dimanche à la louange : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. 26Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » (Mt 11, 25-26)
Le Christ est bien au courant de tous nos malheurs, de tous nos mystères douleurs existentiels, mais Il loue. Jean, son prophète, vient d’être arrêté et emprisonné (cf. Mt 11, 2). Mais, Il loue Dieu. Lui-même Jésus, vient de connaître un échec missionnaire dans les villes de Chorazin et Bethsaïde ; de Tyr, Sidon et Capharnaüm qui ont refusé d’accueillir son message et de convertir (cf. Mt 11, 20-23).
Il ne s’agit pas de l’indifférence, de la fuite ou du refuge. Non. C’est une posture spirituelle dans les épreuves. Il loue Dieu, plutôt que d’être triste ou découragé. La tristesse ou le découragement ne sont pas des antibiotiques aux malheurs. La prière, au moins la prière, peut aider dans de telles situations. Que de s’inquiéter ou de se lamenter des ténèbres, vaudrait mieux allumer une bougie, prier le Dieu des lumières.
La vie du Ciel ne sera faite que de louanges et d’action de grâce
Le Christ loue donc. Il loue le Père, le Père Tout-Puissant. Il sait qu’à la fin, malgré les événements de malheurs et de douleurs, c’est Lui qui triomphera, comme dit Zacharie (cf. Za 9,9- 10). C’est lui parce qu’il est le Tout-Puissant. Les événements ne pourront jamais être plus puissant que Lui. En toutes circonstances, rendez grâce au Seigneur, dit Paul (cf. 1 Th 5, 18). Pourquoi cela ? Parce que Dieu tire il le bien du mal.
La louange découle de l’action de grâce qui est un acte de reconnaissance de ce que Dieu a fait mais, surtout, de ce que Dieu est. « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange. » On loue Dieu pour ce qu’Il est et pour ce qu’Il a fait. La vie du ciel ne sera faite que de louanges. Jésus nous apprend à être des enfants de louange et d’action de grâce, dès ici-bas. Il ne veut pas que nous soyons seulement des enfants qui demandent mais, aussi, des enfants qui Le louent et qui Lui rendent grâce.
Le Psaume 150, 6 dit que tout ce qui vit et respire chante et loue Dieu. En bref, c’est toute la création visible et invisible qui est appelée à louer Dieu (cf. Dn 3). Car, à force de ne voir que les malheurs, on peut perdre de vue les bienfaits de Dieu dans la création. L’air qu’on respire, l’eau qu’on boit, le soleil qui se lève sur nous, etc. tout doit être instrument de louange et d’action de grâce. C’est aussi cela notre mission en tant que chrétiens. Nous ne sommes pas que des priants demandeurs. Nous sommes aussi priants louangeurs de Dieu, des gens de gratitude et de louange.
Le Dieu des tout-petits et les tout-petits de Dieu
« Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. 26Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. » (Mt 11, 25-26) Ceux qui se croient grands et intelligents de ce monde ne l’ont pas reçu, ni Lui ni Jean le Baptiste (cf. Mt 11, 17-18). En refusant de croire en Lui, d’accueillir son message, ils se sont fermés eux-mêmes à son mystère. Mais, les tout-petits, c’est-à-dire les humbles, ceux qui croient en Lui, ses disciples l’ont reçu.
Dieu s’est fait tout-petit, Lui qui est pourtant le Grand, l’immensément Grand. Ce ne sont que les tout-petits, comme Lui, qui peuvent donc Le reconnaître et L’accueillir. C’est le Ps 8, 2-3 qui dit : Seigneur, jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des tout-petits, des nourrissons. La foi nous rend petits devant Dieu. Elle est une autre manière de confesser sa grandeur et de L’adorer. En Jésus, Dieu se révèle ainsi comme le Dieu des tout-petits, le Dieu de ceux et celles qui croient en Lui. À tous ceux-là, à toutes celles-là, Il leur fait découvrir son mystère d’amour et de bonté. Les tout-petits sont aussi de Dieu.
L’appel de compassion du Christ
C’est principalement à ceux et celles-là qu’Il fait cet appel, dans la deuxième partie du texte : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. 30Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11, 28-30)
L’école de Jésus est une école de vie et d’amour. « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8.16) Elle nous apprend à aimer Dieu et le prochain comme soi-même. Le joug et le fardeau du Christ sont ceux de l’amour. L’amour peut sembler pesant, mais il sauve. Il nous conduit à Dieu qui est amour et nous identifie à Lui. Tout comme le joug mis au cou d’un animal ou de deux les empêchait de s’évader de l’enclos, de se perdre, le joug de l’amour de Dieu et du prochain comme soi-même nous empêche de nous éloigner de Dieu et de son Royaume.
L’école de Jésus nous apprend que le Cœur de Dieu est une clinique, une Patrie du repos, pas seulement le repos physique, mais aussi celui de l’âme et de l’esprit. Entrons-y ! cachons-nous ! Faisons du Sacré-Cœur de Jésus notre chambre, notre maison. Le Seigneur est mon Berger, je ne manquerai de rien. Sur des prés d’herbes fraîches (Ps 23, 1-2), Il me fait reposer. Il est un lieu du Repos de vie. Dieu repose parce qu’il est Amour (cf. 1 Jn 4, 8.16). Il n’y a que l’amour pour mieux nous reposer. Nous avons beau prendre des antibiotiques de relaxation, de calmants ; aller dans les centres de fitness psycho-physique, etc. Seul Dieu repose en vérité. Il repose en soignant les cœurs blessés, dès ici-bas, partiellement et, totalement, là-Haut.
Le Christ nous appelle à Lui parce qu’Il est la Vie et le Chemin de Vie laquelle nous rappelle la Vie éternelle, la Vie du Royaume. C’est pour cette Vie que saint Paul faut cette exhortation : « Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous. » (Rm 8, 11)
L’Église, les peines et les souffrances du monde
Le Ciel est fait de trois mystères : les joyeux, les lumineux et les glorieux. Il n’y a pas de douleurs. La terre, elle, est faite de quatre mystères : les joyeux, les lumineux, les douloureux et les glorieux. Les joies, les lumières et les gloires de la terre sont teintes de douleurs à tous les niveaux, de la conception à la mort. Puissions-nous Lui offrir toutes nos peines, afin de guérir.
Tout comme le Christ, c’est le devoir de l’Église d’être à l’écoute des peines et des souffrances du monde (cf. Gaudium et Spes, 1), surtout de celles des opprimés et de leur apporter la consolation du Christ. Si l’Église se tait ou du moins néglige « les problèmes sociaux, économiques et politiques actuels », elle se rangera, ainsi, « consciemment ou non, du côté des forces d’oppression et d’exploitation [1] ». Ce qui serait un contre témoignage évangélique, parce que le Christ se range toujours du côté des opprimés Il appelle les oppresseurs à la conversion.
« Être chrétien et être Église au XXIe siècle, écrivait Walter Kasper, devraient se caractériser surtout par une solidarité aux dimensions du monde avec les sœurs et frères qui sont dans la détresse, surtout avec les chrétiens persécutés et opprimés dans beaucoup de pays du monde [2]. » C’est de cette manière que nous devons discerner et choisir notre camp social, économique et politique dans le monde. Chaque chrétien est ou devait être un sacré-cœurdien de Jésus. La souffrance du monde interpelle notre cœur, notre compassion et notre amour.
Le joug est ce qui empêche le plein épanouissement en l’humanité et en Dieu. Ne soyons pas, pour d’autres des jougs, des peines, des fardeaux. Soyons, pour eux, des facilitateurs, des Simon de Cyrène. Prions Dieu de nous libérer des chaînes, du joug politique, économique et social du sous-développement : joug de la corruption, du manque d’eau potable, joug du manque de lumière, d’école, d’hôpitaux, etc. Prions contre le joug de la misère et de la pauvreté, des injustices et des guerres de par le monde.
Za 9, 9-10 ; Ps 144(145) ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 5, 25-30
[1] Éloi Messi Metogo, Éléments d’une théologie africaine pour le XXIe siècle, p. 35.
[2] Walter Kasper, L’Église catholique, p. 490.