À Lourdes, des laïcs s’engagent « pour que l’Église de demain ne soit pas celle d’aujourd’hui »

Une centaine de laïcs ont été invités à participer à l’Assemblée plénière des évêques, à Lourdes, pour des sessions d’échanges autour du rapport de la Commission Sauvé, vendredi 5 et samedi 6 novembre. L’occasion, pour beaucoup, de réclamer davantage de participation dans la gouvernance de l’Église.

« Il a fallu déblayer les agendas au dernier moment. » Avec une centaine d’autres laïcs, Dominique Quinio, présidente des Semaines sociales de France et membre du comité de pilotage de Promesses d’Église, a été conviée il y a une douzaine de jours seulement à venir s’exprimer devant l’Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes, vendredi 5 et samedi 6 novembre. Au programme de cette invitation, lancée dans le contexte du rapport de la commission Sauvé, pas de prises de parole devant l’ensemble de l’épiscopat, mais des travaux en groupes.

Tout choisis qu’ils ont été par les évêques, nombre de ces laïcs comptent avant tout leur exprimer un sentiment de « colère » – le mot revient souvent – devant les faits révélés par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase). « La colère est grande, en particulier chez les piliers d’Église », assure l’une de ces invitées, Sylvie Bukhari, présidente du CCFD-Terre solidaire et engagée au sein de Promesses d’Église.

Les évêques ont d’ailleurs largement puisé au sein de ce « collectif d’organisations catholiques désireux de relever le défi de la transformation ecclésiale », puisque plusieurs dizaines des invités y participent.

Fortes demandes de responsabilisation des laïcs

Les mots sont similaires chez Sabine Adrien, Lyonnaise impliquée au sein des Altercathos. « Dans la foulée du rapport de la Ciase, j’étais partagée entre tristesse et espoir, raconte-t-elle. Mais cet espoir a été très rapidement douché par des déclarations d’évêques, d’où une grande colère, d’autant que la commission relève également des cas très récents de mauvaise gestion. »

Selon le document, deux évêques, l’un en 2019, l’autre en 2020, ont organisé le départ rapide vers l’étranger de deux prêtres Fidei Donum mis en cause pour des abus sexuels. « Une victime m’a dit que, depuis la remise du rapport, elle vivait encore cette ambiance de mépris et de silence », confirme Clémence Pasquier, également lyonnaise.

Un sentiment, mais également une volonté forte d’exprimer le vœu de devenir acteurs « pour que l’Église de demain ne soit pas celle d’aujourd’hui », selon l’expression de Sylvie Bukhari. « Je veux aussi que l’on parle de la suite avec les évêques, reprend Clémence Pasquier. J’aimerais leur dire qu’il y a une grande attente des laïcs quant à la participation aux réformes qui s’ouvrent. » « Les laïcs n’ontpas attendu d’être invités à Lourdes pour alerter et exprimer leur mécontentement, mais aussi leur proposition d’aide, souligne Arnaud Bouthéon, impliqué dans plusieurs mouvements et structures ecclésiaux. Les laïcs sont déjà responsables et autonomes, sans tout attendre de leur hiérarchie. Ils pourront être davantage responsabilisés! »

Pour cela, les idées ne manquent pas : constitution de collectifs diocésains, travail sur l’indemnisation financière, ou encore nomination de laïcs au sein de la gouvernance ecclésiale, « pas seulement en position de conseil, mais de décision », énumère Sabine Adrien. « Partagez, déléguez, entourez-vous davantage d’hommes et de femmes ! », compte lancer aux évêques Dominique Quinio. Et d’ajouter un conseil : « Dialoguez entre vous et ne cachez pas vos différences. »

Deux rassemblements prévus

Mais chez ces invités, une crainte revient souvent : ne pas être entendus, voire, pire, servir de caution. « Je m’interroge sur le processus, glisse l’un d’eux. Tout est-il déjà verrouillé ? » « J’espère que nous ne servirons pas seulement de décoration », prévient une autre. Dominique Quinio – par ailleurs ancienne directrice de La Croix – pointe quant à elle les limites de l’exercice. « Je ne sais pas très bien ce qui est attendu de nous et ce qui en sera fait : les conclusions seront rendues lundi par les évêques et a priori par eux seuls. »

Pour Paule Zellitch, présidente de la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF), l’inquiétude est d’autant plus grande que les invités ont été sélectionnés par l’épiscopat – personne de son mouvement n’a d’ailleurs été convié. « On reste dans l’entre-soi », critique-t-elle, mettant notamment en cause la présence importante de personnes impliquées au sein de Promesses d’Église, « une entité trop bien ancrée dans les structures des évêques ».

Mais, au-delà de ce dialogue avec les évêques, des laïcs comptent bien montrer leur engagement. Le collectif De la parole aux actes, constitué de groupes de victimes et d’écoute, organise deux rassemblements samedi, l’un à Lourdes, l’autre devant le siège parisien de la Conférence des évêques de France (CEF). Des témoignages de victimes y seront prononcés, explique le collectif qui veut mobiliser autour des « 4 R » : reconnaissance, responsabilité, réparation, réforme.

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La lettre du pape aux évêques français

Dans une lettre envoyée avant le début de l’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France à son président, Mgr Éric de Moulins Beaufort, et rendue publique mercredi soir, le pape François évoque « la tempête provoquée par la honte et le drame sur des abus commis dans l’Église sur des mineurs ». « Je vous encourage à porter votre fardeau avec foi et espérance, et je le porte avec vous », assure le pape.

Tout en se disant « certain » qu’ils trouveront « les moyens de rendre hommage aux victimes et de les consoler », il les encourage à « prendre toutes les mesures nécessaires afin que l’Église soit une maison sûre pour tous ». Il les assure aussi de son « soutien », ainsi qu’à « l’immense majorité de vos prêtres qui emplissent leur ministère avec générosité et dévouement et dont la si belle vocation se trouve malheureusement salie ».

Dans un autre message, adressé à des associations italiennes, le 4 novembre, il souhaite également que « la protection des mineurs devienne une priorité de plus en plus grande dans l’action éducative de l’Église ».


SOURCE : Journal La Croix

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